L'Union Paysanne 25 mai 2012 à 09h57 | Par D'après Agrapresse

Agriculture - Stéphane Le Foll nouveau ministre de l’Agriculture

Longtemps pressenti comme possible ministre de l’Agriculture d’un gouvernement de gauche, Stéphane Le Foll a été nommé à ce poste le 16 mai.

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François Hollande et Stéphane Le Foll le 21 janvier, à l’occasion d’une interview accordée à Agra.
François Hollande et Stéphane Le Foll le 21 janvier, à l’occasion d’une interview accordée à Agra. - © Rodolphe de Ceglie

Il hérite d’un ministère «de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire» ce qui est plus une nouveauté dans la dénomination et l’annonce d’une politique que dans la réalité du portefeuille. Sa nomination a été accueillie plutôt avec satisfaction par les organisations qui se sont exprimées dans les heures qui ont suivi. Reste que l’ampleur des enjeux et les demandes souvent contradictoires émanant de la diversité des organisations professionnelles promettent un état de grâce, s’il a lieu, de courte durée.

Présenté comme ministre de l’Agriculture potentiel depuis de nombreux mois, Stéphane Le Foll a pourtant risqué de voir le poste lui échapper sur la dernière ligne droite. Au coude à coude avec le député de la Dordogne Germinal Peiro, le nom du député européen né au Mans, dans la Sarthe, fut finalement retiré de la liste des favoris la veille même de sa désignation. Quelques signes ont même auguré d’un retrait définitif. Dont un départ, dit-on, précipité, après la cérémonie d’investiture du nouveau président de la République, de l’ancien enseignant agricole vers ses terres sarthoises, avec en substance ce mot d’ordre «passe tes législatives d’abord». Puis, ce sont les noms d’Arnaud Montebourg, d’Alain Rousset, de Marylise Lebranchu et surtout du président du Parti radical de gauche, Jean- Michel Baylet qui ont tenu la corde ce 16 mai. Stéphane Le Foll a bien semblé revenir dans la course, un temps, mais sur une tout autre fonction : la promesse du poste de premier secrétaire du Parti socialiste s’il était élu dans la Sarthe. Une intervention de Martine Aubry aurait remis les pendules à l’heure, passant Jean-Michel Baylet – à qui la proposition de ministre de l’Agriculture aurait été officiellement faite – à la trappe. S’excluant du gouvernement faute d’en être le chef, elle exigeait qu’un proche devienne n°1 du parti, ce qui ramenait Stéphane Le Foll dans le cercle gouvernemental.

On veut penser que le choix du spécialiste a finalement primé sur le choix politique. Un coup de pouce de la FNSEA dont le président, Xavier Beulin, n’a pas caché son enthousiasme pour le député européen a sans doute fini par convaincre.

C’est en tout cas bien à Stéphane le Foll, le premier pressenti, que Jean-Marc Ayrault a remis, le 16 mai, les clés du ministère de l’Agriculture.

 

L’Europe sur le bout des doigts

Malgré ces dernières heures tourmentées, le choix du Manceau d’origine bretonne n’a pas étonné. Si la presse généraliste l’estime «discret» et ignoré par la majo-rité des Français, l’homme avec son 1,90 mètre est une figure connue du monde agricole. La quasi totalité des syndicats qui se sont exprimés dans les heures suivant sa nomination ont d’ailleurs salué son arrivée au ministère. Interlocuteur privilégié du PS sur les questions d’agriculture notamment auprès des syndicats, c’est aussi lui qui fut régulièrement envoyé aux débats et conférences consacrés au secteur durant la campagne présidentielle pour représenter François Hollande. Il faut dire qu’en sa qualité de député européen membre de la commission de l’agriculture et du développement durable, par ailleurs conseiller technique en 1997 auprès de Louis Le Pensec, ministre de l’Agriculture dans le gouvernement Jospin, et naguère enseignant au lycée agricole de Rouillon dans la Sarthe puis d’économie au lycée de la Ferté Bernard et enfin à l’Université de Nantes, l’homme est non seulement un fin connaisseur de l’agriculture mais il la connaît aussi et surtout dans son contexte européen. Il a été d’ailleurs l’auteur d’un rapport d’initiative sur la Pac, voté au printemps 2010, démontrant le rôle que pouvait jouer l’agriculture dans la lutte contre le dérèglement climatique. Parlant couramment l’allemand, tout comme son prédécesseur, Stéphane Le Foll aura désormais – et rapidement – à prouver ses talents de négociateur notamment auprès des voisins outre-Rhin. La partie n’est pas aisée : il défend, pour les points majeurs, un renforcement du verdissement de la Pac et une répartition des aides tenant compte des emplois, tout ceci, à l’instar du président de la République, dans un contexte de recherche de croissance. Deux axes qui ne figurent pas non plus parmi les priorités du syndicalisme agricole français majoritaire alors qu’ils intéressent les syndicats minoritaires. En revanche, il est à la tête d’un ministère qui réaffirme expressément son rôle vis-à-vis de l’industrie agroalimentaire, dénomination et politique qui sied à la FNSEA mais heurte de front la Confédération paysanne et la Coordination rurale.

 

François Hollande à portée de main

Stéphane Le Foll possède un atout majeur : son poids personnel auprès du président de République. Les deux hommes font en effet route ensemble depuis des années : il est devenu en 1997 le directeur de cabinet de François Hollande, alors premier secrétaire du Parti socialiste. Membre du bureau national du PS en 2007, il a été désigné directeur de campagne de François Hollande lors de la primaire présidentielle socialiste de 2011. Et le 17 novembre 2011, il est devenu responsable de l’organisation de la campagne de François Hollande pour l’élection présidentielle. Il serait difficile alors de ne pas parler de confiance entre ces deux hommes. Reste à savoir si cette confiance peut durablement survivre aux enjeux politiques d’hommes au pouvoir.

 

Doit faire ses preuves

«Il est l’un des meilleurs spécialistes de l’agriculture, en France et en Europe», a eu l’occasion de vanter François Hollande à plusieurs reprises durant la campagne, notamment lors de déplacements dans sa région des Pays de la Loire. Mais si Stéphane Le Foll semble présenter de beaux atours pour défendre l’agriculture française, il possède l’handicap d’avoir été mis à la tête d’une famille qui a voté à 81% pour le candidat de droite lors du second tour des présidentielles. Outre ses interlocuteurs européens, il devra donc convaincre aussi sur le terrain de la proximité. À commencer par l’échéance des 10 et 17 juin : Jean-Marc Ayrault a en effet d’ores et déjà prévenu que tout ministre battu lors des législatives devra quitter le gouvernement. En 2007, Stéphane Le Foll a été sorti dès le premier tour par François Fillon en recueillant 30,22 % des voix contre 53,3 % pour le candidat UMP. Le terrain semble lui être toutefois plus favorable cette année : outre l’annonce de l’ex-Premier ministre de ne pas se représenter dans la Sarthe mais à Paris, le département a par ailleurs voté en majorité pour François Hollande à 52,67% au second tour des présidentielles, alors que Nicolas Sarkozy y était sorti en tête en 2007. Et puis, déjà élu député européen, le nouveau ministre de l’agriculture n’a pas une absolue obligation de se présenter au suffrage des législatives.

 

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