L'Union Paysanne 12 mars 2010 à 09h55 | Par S.F.

Assemblée générale de Perlim - De nouveaux défis, après deux années de crise

Une nouvelle présidence doublée d'une nouvelle direction, dans un contexte de crise, 2010 sera assurément une année charnière au sein de la coopérative, à plus d'un titre.

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Les distorsions de concurrence, notamment sur la main-d'oeuvre, problématique française de la compétitivité.
Les distorsions de concurrence, notamment sur la main-d'oeuvre, problématique française de la compétitivité. - © DR

Relevons le passage de témoin à la présidence ou Jean-Pierre Conjeaud après 27 années, a succèdé à Christian Favart arboriculteur à Voutezac. Ensuite relevons la nomination à la direction de Christine Lachèze en lieu et place de Yves Chauffaille, figure emblématique de la coopérative.
Enfin, la conjoncture économique et la concurrence sur un marché quelque peu faussé par des stocks mal évalués donnent quelques sueurs froides tant aux responsables de la coopérative, qu'aux coopérateurs.
Pour le président Christian Favart, plutôt sec dans le verbe, "Nous n'avons pas d'autre alternative que de produire ici en Limousin ou de disparaître avec les hommes et les femmes qui s'y rattachent". D'interpeller avec véhémence les décideurs, "battez vous avec nous pour que nous puissions travailler à armes égales avec nos concurrents et tout simplement éviter le zèle franco français". Et de citer quelques exemples tel, l'homologation des produits phytosanitaires, les modalités d'exportation, les redevances pollutions, et surtout la concurrence déloyale en toute légalité du coût de la main-d'oeuvre saisonnière, dont le coût est parfois inférieur de 40 %.
Pour la deuxième année consécutive les prix de vente à la production sont à la baisse, avec à ce jour une situation catastrophique, «le prix net producteur est inférieur au coût de production».
Relevant le fait que la coopérative et les producteurs ont de nombreux atouts à faire valoir, notamment l'AOP, un savoir faire important avec la troisième génération d'arboriculteurs, des techniques adaptés, une station bien entretenue, un parc matériels performant, une gestion rigoureuse, nous devons indique-t-il «asseoir notre notoriété pour devenir incontournable sur le marché». Et de conclure sur «l'hyper libéralisme agricole et la financiarisation des marchés qui montrent aujourd'hui leurs limites. Solidarité, efficacité, mutualisation des risques..., bref le modèle coopératif est le mieux placé pour réfléchir à un nouveau pacte entre agriculteurs et société».

 

 

Analyse du marché 

Dans ces propos la directrice Christine Lachèze s'est attachée à développer et à analyser quelques éléments de la récolte 2008 et 2009 qui font actuellement le marché. 

Si, à la veille de la récolte 2008, les perspectives étaient à priori bonnes, nous ne pouvions que constater la régression régulière des prix de ventes et les difficultés d'écoulement des stocks. Crise économique, baisse de la consommation ? Non ! Simplement mais de taille une inadéquation totale entre le volume récolté et les déclarations communiquées. La Pologne s'est simplement trompée de 36 %, l'Italie de 9 %, l'Allemagne de 11%. Dans ce contexte de production très excédentaire, les productions italiennes et françaises n'ont pu que rester sur les marchés Européens. Les exportations de la Pologne ont inondées la Russie, l'Allemagne et le Royaume-Uni, pour avoisiner parfois les 900 %. Les producteurs de la vieille Europe n'ont pu résister à la forte baisse des prix ainsi imposée. La situation s'est enlisée avec l'arrivée massive, très excédentaire des fruits d'été.
Et la récolte 2009 ? Tonnage élevé, gros calibre, de qualité, mais trop peu de pommes rosés notamment en golden. Une mise en marché par conséquent très compliquée avec des prix de ventes catastrophiques. «Jusqu'à ce jour, il n'a jamais été possible de raffermir les prix. Mais aujour-d'hui nous ressentons plus de fermeté et espérons un marché équilibré dans les mois à venir, en faveur d'un déficit important en agrumes, d'un retard de végétation... Nous observons des évolutions commerciales chez nos concurrents qui manifestement délaissent certains marchés au profit d'autres. L'Italie est l'exemple le plus significatif, elle délaisse l'Allemagne, pour se tourner vers l'Espagne et la Russie. Ceci appelle une vive réaction de notre part».

 

 

Concurrence et distorsion du prix de revient

Premier producteur de pommes en Europe, la Pologne est actuellement de changer «la donne» sur les marchés, notamment à l'export, doublée par de faibles coûts de production. Mais le mal est aussi franco-français, dont le coût de production est constitué à 68 % de frais de main d'œuvre, comparé à nos voisins, pour preuve...la forte distorsion des coûts salariaux (Cf. tableau).
En 2007 : En Italie le taux horaire tout compris est de 8,5 € / heure, comparés à 11,75 € pour la France. Avec pour incidence un coût cueillette de 6 cts €/kg contre 9 cts €/g pour la France. Conséquences, une disparition de 30 % du verger français en 10 ans. La crise actuelle pourrait générer un arrachage supplémentaire de 20 % du verger français.
Ce constat catastrophique relayé par toutes les instances, permettra sur proposition du Ministre de l'Agriculture, selon le texte du projet de loi de finances rectificative, de ramener le coût horaire de la MO saisonnière occasionnelle en 2010 à 10,30 € / heure. Soit une future économie de 1,23 à 1,93 € / h. C'est certes insuffisant, mais le début, peut être d'un plus grand plaisir, qui sait...!
«Dans ce contexte de concurrence commerciale très vive, c'est un combat économique quotidien que livre toute la filière pomicole. La saison 2009/2010 est particulièrement difficile, source de profondes inquiétudes et interrogations sur la place des productions agricoles dans la chaîne économique. La force de la coopérative et des coopérateurs à toujours été de relever les défis des fluctuations économiques, il doit en être de même aujourd'hui...» a conclu la directrice Christine Lachèze.

 

 

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