L'Union Paysanne 17 novembre 2010 à 11h54 | Par FDSEA 19

Blocage des abattoirs Bigard - Un «plan d’action» pour une revalorisation progressive du prix

Un accord global a été arraché, le 10 novembre, entre la FNSEA, la FNB, les JA et le groupe Bigard. Divers mécanismes regroupés autour de l'offre et de la demande doivent permettre un redressement des cours.

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Palettes, copeaux... pour se réchauffer. (© FDSEA 19) Pierre Chevalier, président de la FNB, s'emploie à détailler le plan avant la levée du blocus. "Une première marche pour aller  vers l'objectif d'un redressement des cours." Un premier barrage à l'entrée des bureaux. Passage de Patrick Benezit (FNB) pour réconforter et expliquer les négociations en cours. Un auditoire qui ne demande qu'à être convaincu ! Pierre Chevalier "les médias ne parlent que de la partie émergée de l'iceberg... mais un train peut en cacher un autre".

Il aura fallu trois jours de blocage de ses abattoirs pour que le groupe Bigard revienne à la table des négociations au sein de l'interprofession.
Il connaît désormais la détermination du réseau syndical ! Avertissement qui vaut pour l'ensemble des entreprises du secteur mises sous surveillance du syndicalisme agricole.
La filière est désormais consciente que si les engagements ne sont pas tenus, nous avons la capacité à revenir s'il le faut !
Il convient désormais et sans plus attendre à vérifier les conditions de mise en œuvre de ce plan, annoncé par le ministre et décliné par l'interprofession afin de produire rapidement l'effet de levier sur les cours. Situation qu'attendent tous les éleveurs.

Les détails de l'accord

Transparence des transactions
Engagement de l'ensemble des acteurs de la filière à implanter (bon de commande à signer dans le mois qui suit) la machine à classer les abattoirs de plus de 3000 T. Un même classement dans toute la France sans distorsions peut se traduire par 50 à 70 € aux producteurs !
Refonte des cotations
Elle permettra de fournir à l'ensemble des acteurs de la filière des indicateurs de prix fiables et représentatifs, et non manipulables.
Renforcement de l'export
Les opérateurs de la filière vont renforcer leur action pour améliorer les capacités d'export des produits nationaux, et ainsi rechercher une meilleure valorisation du produit et une amélioration de l'équilibre de marché. La cellule export qui devrait être composée de représentants des trois ministères concernés (Agriculture, Commerce Extérieur et Affaires Etrangères) accompagnera toutes ces démarches et doit tout mettre en œuvre pour favoriser l'export (levée notamment des freins réglementaires et administratifs selon les destinations).
Redynamisation de VBF
les acteurs de l'aval de la filière, notamment la grande distribution se sont engagés à mettre en avant VBF qui identifie la viande produite issue d'animaux, nés, élevés et abattus en France. En complément, une action renforcée de promotion des races à viande sera mise en place pour rétablir les segments de prix.
Dynamisation de la consommation par la mise en œuvre de deux programmes de communication interprofessionnelle, l'une générique et la seconde mettant en avant les réponses de l'élevage aux demandes sociétales.
En parallèle, le ministre s'est engagé à une modification législative sur les dispositions relatives aux appels d'offre publics, pour favoriser une production et des circuits de proximité pour l'approvisionnement de la restauration collective. Ui représente 29 % de la consommation de viande bovine soit 420 000 tonnes dont 92 % sont importées (380 000 tonnes).
Rappel à la restauration collective de son obligation d'étiquetage de l'origine et renforcement auprès de ce type de restauration des actions visant à mieux valoriser la viande bovine.
Meilleure valorisation de l'offre par une adéquation offre-demande améliorée
Les acteurs de la filière s'engagent à mettre en avant les démarches de segmentation et de contractualisation qui favoriseront une meilleure adéquation de l'offre à la demande en qualité et quantité - régularité, ce qui aura un effet positif sur le prix général de marché.
La contractualisation fera l'objet d'un travail approfondi au sein de l'interprofession.
l'évaluation de la réalité de la situation de marché devra aboutir à la définition d'indicateurs de marché et de coûts de production pertinents et objectifs, reconnus par tous.
Regrouper l'offre doit nous permettre de peser dans les négociations commerciales afin de reconquérir un vrai pouvoir de marché et de récupérer de la valeur pour le producteur.

 

 

Suite du mouvement

La FNSEA, les JA, et la FNB considèrent que des évolutions positives sont à noter sur les points définis pour le plan d'action sur :
- la prise de conscience par l'aval de la filière, abatteurs et GMS notamment, et plus particulièrement par le groupe Bigard de la réelle détresse économique des producteurs et de l'impasse où ils se trouvent si une nouvelle logique n'est pas mise en œuvre dans l'interprofession.
Le premier mérite de notre action est d'avoir rappelé «que les éleveurs ne sont pas des pions et des variables d'ajustement». Les éleveurs peuvent être en conséquence fiers de la mobilisation qu'ils ont mise en œuvre et du "bras de fer" mené avec le plus gros opérateur de la filière, qui jusqu'à présent les avait plutôt traité par le mépris en jugeant "absurdes" leurs demandes.
- une nette avancée sur la question de la transparence des transactions avec la décision sur la machine à classer.
C'est un point clé car il n'y a pas de relations de partenariat et d'indicateurs de marché si l'on ne parle même pas un langage commun sur le classement des carcasses.
- le plan d'action de la filière qui combine une série d'actions qui ont toutes pour objectif la meilleure valorisation de la production, c'est-à-dire l'augmentation du prix au producteur.

 

 

Quelle concrétisation de l'objectif d'augmentation de prix, base de l'action ?

Les prix ne se décrètent pas, l'objectif n'était pas de sortir de l'action avec une hausse «fixée» à 50 ou 60 cts d'euros/kg.
Pour la profession dans cette action il convient d'affirmer « que le marché ne doit pas être artificiellement verrouillé », ni faussé.
Le fait d'obtenir une mobilisation de la filière pour une amélioration de la situation de marché, par une hausse progressive et pérenne des prix, la réforme des cotations, indicateur clé pour la filière, la valeur du produit est en soit une reconnaissance.
Ce n'est donc pas (même si la presse généraliste n'a repris que cet aspect là) la "première amor-ce" que nous avons obtenue de Bigard dans sa grille de prix (+ 2 et + 5 cts sur les femelles) qui doit être retenue pour mesurer l'effet de notre action.
Le bilan de cette action doit s'observer dans le temps, dans les grilles de prix d'achat des opérateurs, et en conséquence dans les prix pratiqués auprès des éleveurs et traduites dans les cotations.
La communication du groupe Bigard atteste de sa prise de conscience d'un ensemble de points et notamment de son rôle de leader au plan national et européen, et d'autre part de la gravité de la crise de l'élevage. C'est un changement de positionnement total par rapport aux discours habituels.
Il est important de noter et de rappeler que depuis le début de la mobilisation fin août (le blocage des sites Bigard n'était qu'une phase de notre mouvement), les cotations ont progressé de 28 cts euros par kg en JB et de 13 cts d'euros par kg en vaches allaitantes grâce déjà à notre action (GMS, présence active en commissions de cotations pour une hausse conforme à l'amélioration du marché, ...).

Informer le réseau

La rapidité de circulation de l'information aux manifestants sur les sites était donc indispensable pour la compréhension du travail syndical et les avancées obtenues par nos responsables nationaux.
Mais ce n'est pas suffisant.
Nous allons au plus tôt au sein de la FDSEA effectuer localement ce travail d'explication avec l'ensemble des adhérents pour garder l'indispensable cohésion du réseau car les blocages sont "suspendus" et pas "levés", nous y retournerons si les engagements ne sont pas tenus.
Cette mobilisation fut au plan départemental et national réussie. Le dossier n'aurait pas eu de telles avancées sans la forte présence et détermination de vous tous, nos adhérents.
Si le groupe Bigard en doutait, il est désormais conscient du poids de son interlocuteur, mais des piqûres de rappel seront certainement nécessaires.
Sachons expliquer largement pour faire partager l'ampleur de la tâche, le besoin de la mobilisation et de l'adhésion de tous à notre projet, dans les cantons, les communes, les sections.

 

 

Editorial

Un premier pas... qui suspend l'action en attendant la revalorisation des prix

Les actions de blocage de l'abattoir de CHARAL Egletons et de dix autres sites en France devraient aboutir à des avancées positives sur l'augmentation du prix de la viande bovine qui passe par un certain nombre de mesures avec notamment :
- nomination d'un médiateur,
- l'entreprise Bigard réintègre l'interprofession,
- le ministère est prêt à fluidifier le marché,
- tous les opérateurs interprofessionnels doivent accentuer la promotion de VBF,
- le ministre somme les abattoirs de se mettre en règle sur les machines à classer normées avant le 31.12.2010,
- toutes les règles françaises de distorsion de concurrence doivent être identifiées.
Ces mesures qui vous seront beaucoup plus détaillées, ne doivent pas nous faire perdre de vue que du fait de notre mobilisation sans précédent, nous ne devons pas baisser les bras. Les barrages n'ont été que provisoirement levés afin que d'ici quelques semaines des signes probants sur la remontée des cours interviennent, si tel n'était pas le cas nous devrons à nouveau préparer de nouvelles actions.
Avant de conclure nos propos, nous adressons nos plus sincères remerciements aux manifestants venus de tout le Limousin et des départements limitrophes qui nous ont permis de tenir une mobilisation 24 heures sur 24, allant de 40 à 150 personnes sur le site. Remerciements plus particulièrement à nos amis corréziens qui se sont investis et relayés jour et nuit.
Un remerciement à Henri Mazeau, délégué cantonal FDSEA d'Egletons et à son équipe cantonale, ainsi qu'aux agriculteurs de Sarran et Vitrac, qui nous ont permis d'avoir toute la logistique nécessaire pour que la manifestation puisse durer dans le temps, à savoir prêt de tracteurs, remorques, camionnettes, petits matériels, groupes électrogènes, sanitaire, chauffage...
Enfin une salutation toute particulière aux agricultrices du secteur qui ont confectionné les repas et boissons chaudes sous le chapiteau prêté par les JA corréziens nous permettant ainsi la tenue du siège de Charal.
Enfin nous souhaitons un prompt rétablissement à notre président, Tony Cornelissen qui dès le début de la manifestation a été victime d'un accident pour défendre notre cause.
Restons mobilisés.
Jean-Paul Merpillat, Secrétaire Général FDSEA
Daniel Couderc, Secrétaire Général Adjoint FDSEA

 

 

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