L'Union Paysanne 23 novembre 2012 à 09h36 | Par Guillaume Demichel

Bovin - «Il faut arrêter de parler de dépense mais plutôt d’investissement»

Les Éleveurs du Pays Vert organisent régulièrement des journées d’information sur la prévention des maladies respiratoires chez le veau et le broutard. Un message parfois difficile à transmettre.

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À l’heure actuelle, un éleveur sur deux vaccine contre les maladies respiratoires. Parmi eux, 60 % ne vaccinent qu’une partie des veaux.
À l’heure actuelle, un éleveur sur deux vaccine contre les maladies respiratoires. Parmi eux, 60 % ne vaccinent qu’une partie des veaux. - © Guillaume Demichel

Le mois dernier, les Éleveurs du Pays Vert (groupe Altitude) et le laboratoire Pfizer ont organisé une journée d’information technique sur la prévention des maladies respiratoires chez le veau et le broutard. Une énième journée pour tenter de convaincre les éleveurs locaux que la vaccination est aussi bien une sécurité pour les naisseurs qu’une nécessité pour les engraisseurs. «Nous souhaitons mettre en place un protocole sanitaire avec les éleveurs adhérents afin d’éviter au maximum les problèmes pulmonaires qui surviennent chez les bovins entre dix jours et un mois après leur arrivée en Italie», lance en préambule Benoist d’Etiveaud des Éleveurs du Pays Vert.

 

Des animaux handicapés respiratoires de nature

Point de départ de la réflexion, un souci sanitaire rencontré sur quelques animaux limousins de la zone qui partent vers l’Italie (environ 50 sur 16.000 par an). «Les animaux partent le plus souvent sains mais peu de temps après leur arrivée, ils développent des problèmes pulmonaires qui engendrent, pour les engraisseurs italiens, une hausse de la mortalité et des frais, une baisse des marges et une fragilisation économique des ateliers», explique Benoist d’Etiveaud. «Les bovins sont des animaux handicapés respiratoires de nature car leurs poumons ne se développent pas en fonction de l’augmentation de leur masse. Pour exemple, un cheval de course de 400 kilos possède une capacité pulmonaire de 40 litres contre seulement 12 sur une vache de 500 kilos. De fait, le bovin produit davantage d’efforts pour compenser cette faiblesse respiratoire, ce qui entraine une fragilisation importante et une immunodépression du système respiratoire. Et cette fragilité s’accentue avec des facteurs de stress tels que le sevrage, l’allotement ou encore le transport qui favorisent le mélange des microbes», précise Patrice Ratier du laboratoire Pfizer.

Problème, nombre d’éleveurs sont encore réticents à vacciner leurs animaux avant de les vendre. À l’heure actuelle, un éleveur sur deux vaccine contre les ma-ladies respiratoires. Parmi eux, 60 % ne vaccinent qu’une partie des veaux. «Il faut arrêter de voir la vaccination comme une dépense mais plutôt comme un investissement. Vacciner les animaux coûte de l’argent c’est vrai mais il permet surtout d’en gagner davantage que si les animaux viennent à tomber malades. La France, et surtout la Corrèze sont encore en position de force en termes d’exportation vers l’Italie car la demande existe. Il y a une véritable relation de confiance à instaurer entre les naisseurs et engraisseurs afin que l’Italie n’ait pas un jour à s’orienter vers de nouveaux pays exportateurs», constate depuis de nombreuses années Patrice Ratier.

 

Former sur le protocole de vaccination

Aujourd’hui, les moyens d’action passent par une véritable réorganisation de toute la filière. «Les ateliers d’engraissement demandent une certaine qualité d’animaux et nous devons tous travailler sur une même volonté de produire un animal prêt à l’engraissement», explique le représentant des Éleveurs du Pays Vert. «Nous devons trouver des financements pour l’ensemble de la démarche, notamment pour l’allotement des animaux de manière spécifique. Sur cinquante qui arrivent, tous ne partent pas du même endroit, c’est l’une des causes de propagation des virus. Et il y a aussi un gros travail de confiance à faire auprès des italiens qui ne croient plus aux vaccinations des animaux qui arrivent chez eux». «Il faut davantage encadrer le protocole de vaccination. Nous avons réalisé une enquête auprès d’un panel d’éleveurs qui vaccinent et les chiffres montrent que près de 50 % d’entre eux ne le font pas correctement et que dans plus de 30 % des cas, les animaux avaient été vaccinés lorsque la maladie s’est déclarée». Dans plus de 70 % des cas, la désinfection du matériel est la cause de non efficacité du vaccin. «Nous préconisons l’utilisation de seringues à usage unique. De plus, il faut désinfecter uniquement à l’aide d’eau bouillante. Pas avec de l’alcool, de l’eau froide et parfois même de l’eau de javel comme cela se voit et qui n’a comme conséquence que de rendre le vaccin totalement inefficace», déplore Patrice Ratier.

 

Info Plus : Protocole de vaccination

 

La première injection intra nasale contre le RSB ou le PI-3 peut se pratiquer à partir de neuf jours sur un veau. Elle est efficace au bout de dix jours et offre une protection de douze semaines. Au bout de trois mois, deux injections de vaccin intra musculaires offrent quatre à six mois de protection supplémentaires. À dix mois, au moment de la vente, une simple piqûre de rappel assure ainsi la bonne santé de l’animal.

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