L'Union Paysanne 16 décembre 2011 à 10h17 | Par SF

Chambre d’agriculture - Un consensus qui a su prendre de la hauteur

La session de la compagnie consulaire s’est déroulée dernièrement.

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Les coupes budgétaires sont des choix politiques qui ont pénalisé l'ensemble de l'économie agricole.
Les coupes budgétaires sont des choix politiques qui ont pénalisé l'ensemble de l'économie agricole. - © SF

Jamais session n’aura été, sur le plan professionnel, aussi consensuelle. Si chacun a salué l’action de la FDSEA destinée à fournir, à meilleur coût, de la paille pour les éleveurs, c’est sur les moyens financiers dégagés par le Conseil général que se sont cristallisées les réactions. «Crédits insuffisants pour la profession… Nous avons défini des priorités plutôt que d’effectuer du saupoudrage, dans un contexte de restriction budgétaire», précise Jacques Descargues, le représentant du Conseil général.

 

Une conjoncture qui se redresse

Saluant une conjoncture qui se redresse, le président de la compagnie consulaire précise dans la foulée qu’il reste du chemin à parcourir. Les prix à la production dans le secteur de l’élevage se sont améliorés, notamment en viande bovine, concrétisation, certes avec du retard, des annonces faites l’an passé. Pour contrecarrer la spirale de la compétitivité, reste à produire plus, en maitrisant les coûts, car des retournements de conjoncture ne sont pas à exclure. Et de revenir sur le GIE export issu de la dernière crise, pour conquérir de nouveaux marchés. Sans omettre au plan local la nécessité de développer l’engraissement de jeunes bovins contractualisés. Rejoint en ça par le président de la FDSEA pour lequel «nous devons donner de nouvelles perspectives aux éleveurs».

 

Re-couplage de la PMTVA

Ce projet nécessite encore bien des négociations et des arbitrages… notamment le budget, sujet douloureux, tant les Etats ont des points de vue divergents, dans un contexte crise économique. Les décisions qui ne seront pas sans conséquence directe sur l’agriculture corrézienne. Si la gestion des marchés reste la préoccupation principale, les seuils de déclenchement des mesures de sauvegarde sont exagérément bas. Mais le verdissement des aides en l’état actuel pose de nombreux problèmes, comme le non retournement des prairies permanentes, incompatible avec les objectifs d’autonomie fourragère que les éleveurs se sont assignés. Le recouplage de la PMTVA accompagné du complément national doivent rester comme des acquis indiscutables tant ils conditionnent la poursuite de l’élevage dans nos régions et l’économie liée, d’autant avec la remise en cause du périmètre des zones à handicaps. Ce projet de réforme doit inévitablement être amendé pour conjuguer compétitivité, sécurité alimentaire, régulation des marchés, aménagement de l’espace, respect de l’environnement. Si le long processus de codécision est lancé, nous devons tous, à nos niveaux respectifs, faire valoir nos propositions.

 

Nous devons nous adapter au changement climatique.
Nous devons nous adapter au changement climatique. - © SF

 

La sécheresse : un fait marquant

«Outre la reconnaissance du caractère de calamité, les deux, trois millions d’euros qui vont arriver dans les exploitations au titre de l’indemnisation vont apporter un peu de baume au cœur des exploitants. Les diverse opérations collectives menées par la FDSEA et les JA (paille, maïs ensilage, mélasse, etc.), tout comme l’opération ray grass pilotée par notre compagnie ont permis de palier l’important déficit fourrager. Autant de mobilisation et d’initiative qui nous permettaient d’attendre une autre considération de la part du Conseil général», a sur ce point développé le président de la chambre d’agriculture à l’attention de Jacques Descargues représentant le président François Hollande. «Vous avez prélevé 85 000 € sur la dotation annuellement attribuée à la Chambre d’agriculture, ce qui représente tout de même 41 % de l’enveloppe, annulant ainsi 40 000 € relatifs aux opérations de zonage agriculture/forêt. Les changements climatiques, s’ils paraissent inéluctables, vont se reproduire plus fréquemment, une situation pour laquelle les éleveurs doivent se préparer.» D’où davantage d’intensification fourragère en jouant sur la fertilisation, le rythme de retournement, les «nouvelles espèces culturales» légumineuses, maïs, etc., la réalisation de retenues collinaires, la reconduction plus fréquente d’opérations de solidarité, l’établissement d’un fond professionnel d’intervention en complément des procédures existantes.

 

Les perspectives 2012 dans un cadre budgétaire restreint

Le budget, compte tenu du con-texte énuméré ci-dessus va s’orienter autour d’une réduction des projets d’investissements des agriculteurs, la remise en cause des études zonage agriculture/ forêt, une concurrence accrue entre les diverses prestations de services. Ceci tout en gardant la cohérence, ainsi que la volonté d’accompagner le développement de notre agriculture et plus particulièrement le service aux agriculteurs tant sur le plan technique que territorial. «Mes souhaits pour 2012, indique le président, doivent inévitablement rejoindre les vôtres, une conjoncture agricole en hausse, une agriculture plus productive, une future Pac mieux adaptée, un exercice du métier moins contraignant.»

Les interventions

Loin de toute polémique, les différents intervenants ont pris dans ce contexte conjoncturel difficile «une certaine hauteur» pour tracer de nouvelles perspectives pour les agriculteurs.

 

Tony Cornelissen, président de la FDSEA

Si le dernier recensement est la photographie de l’agriculture corrézienne, il n’en est pas moins le curseur de l’économie de la première entreprise du département. En dix ans nous avons perdu deux mille emplois directs, 8 % du cheptel de vaches allaitantes, 27 % d’ovins, 25 % de porcs… Derrière les productions et les hommes, c’est une perte généralisée des outils de transformation, de l’emploi indirect, plus globalement de l’économie, du pouvoir de décision.» Mais au-delà des chiffres cités (tels les 97 % de surface toujours en herbe, la faible utilisation des herbicides), le président de la FDSEA s’interroge sur l’opportunité et la nécessité dans nos zones de vanter la qualité environnementale. «Que nous a-t-elle apportée en termes économiques ? Je dirais plutôt qu’elle nous coûte cher, fort cher, voire une certaine sclérose de l’économie et de la dynamique. Pour moi les pistes sont simples, plus de volumes et de meilleures conditions de travail. En soi redonner des perspectives d’avenir, oublier le pessimiste ambiant que chacun d’entre nous peut dégager. Les charges sont l’éternel frein à la compétitivité de nos exploitations.

Sur la sécheresse et le manque évident de stocks dans les exploitations, je ne voudrais pas laisser supposer, les agriculteurs encore moins, que nous sommes actuellement excédentaires en fourrage. Tous les jours malgré les actions conduites par les uns ou les au-tres, nous avons une demande incessante de marchandises destinées à passer le cap hivernal.»

 

Pascal Coste, membre de la Chambre d’agriculture 19

«La conjoncture en France est globalement bonne. Toutefois le Massif central a de gros soucis avec l’épisode de la double sécheresse. Si le Conseil général a eu la sagesse d’attendre pour éviter la spéculation au titre d’une prise en charge des transports, il est à mon goût inacceptable d’avoir zoné les aides aux bénéfices des jeunes. Et que dire de l’obole faite aux exclus du bénéfice des calamités ! 350 000 € pour une telle sécheresse, c’est de la désinvolture et une méconnaissance totale de l’activité agricole du département ; somme à laquelle il convient d’ajouter la ponction de 10 % faite sur l’ensemble des lignes budgétaires allouées auparavant à l’agriculture. Je voudrais au passage saluer l’opération paille élaborée par la FDSEA, opération que je qualifie de remarquable».

 

Joël Soursac, président de la Chambre régionale d’agriculture

«Les changements climatiques sont évidents», insiste le président de la Chambre régionale du limousin, «arrêtons de pleurnicher. Cherchons plutôt les nouvelles impulsions à donner en matière de production d’herbe et de fourrages. L’autonomie des exploitations impose plus d’agronomie, plus de retournement des sols, plus de prairies temporaires. En ce sens il convient de revoir les positions du ministère sur ce point précis. Que dire de la gestion de l’eau ? Ce dossier passe par une véritable politique, plus ambitieuse, comprenant retenues collinaires, citernes. L’abreuvement des animaux, l’irrigation ne sont pas des obstacles à la gestion de l’eau. Celle-ci doit être maîtrisée notamment en période hivernale. J’appuie personnellement les propos du président de la FDSEA qui vient de prôner le retour à de vraies perspectives.»

 

Gilbert Delmond, membre de la Chambre d’agriculture 19

«Outre la problématique des Etablissements Gaye et l’avenir des éleveurs qui leurs sont liés, il me paraît nécessaire de revenir sur le redressement de la conjoncture notamment bovine. Redressement qui est inexorablement dû à l’export d’animaux vivants sur pays tiers. Mais je voudrais insister sur une problématique récurrente dans le pays de Brive, qui est la gestion et l’utilisation du foncier. Nos élus politiques ne cessent pas de construire, sur des terres à fortes valeurs agronomiques, de créer des zones d’activités, sans se soucier du devenir des exploitants et des activités agricoles. Réellement il y a souci. Nous devons sur ce point travailler à des solutions au-tres que le simple fait de toujours grignoter du terrain cultivable.»

Il est rejoint sur cette problématique par Anne Chambaret, qui souhaite une cartographie des espaces à forts potentiels agricoles.

 

Mathieu Jimenez, président des JA

L’installation est le dossier par excellence des Jeunes agriculteurs sur lequel leur président a mis l’accent «en souhaitant une remise à plat de la charte à l’installation ». Ce renouveau, vu le succès de la récente rencontre au lycée agricole de Naves entre cédants et futurs éleveurs étudiants en BTS, doit passer par une semaine de stage obligatoire destinée à mieux appréhender ce type de reprise. Mais c’est surtout sur l’enveloppe allouée aux jeunes que le président s’est montré le plus acerbe à l’encontre du Conseil général en interpellant le représentant de la collectivité départementale. 200 000 € pour les jeunes agriculteurs et les exclus du dispositif général des calamités, c’est bien peu comparé au million d’euros dégagé en 2003 pour une sécheresse équivalente. «Floués sur le zonage et le différentiel, déçus des montants unitaires ainsi dégagés, nous entendons le faire savoir vendredi 6 décembre aux élus de ce département et au premier d’entre eux qui ambitionne de hautes fonctions nationales, au travers d’une manifestation à laquelle nous invitons toutes les forces agricoles à se joindre au mouvement pour dénoncer le peu de considération «économique» qui nous est fait.»

La lettre ouverte de Mathieu Jimenez au président du Conseil général est à lire en page 5.

 

Alain Berger, membre de la Chambre d’agriculture 19

«La sécheresse, tout le monde en parle, c’est bien ! Mais n’oublions pas que c’est grâce au maïs que bon nombre d’exploitations vont en partie se sauver cette année, même sans irriguer. Aujourd’hui les producteurs de fruits sont préoccupés par le remboursement des plans de campagne fruits. Condamné par l’Europe, le ministre a toujours dit "pas de problème. Vous n’aurez rien à payer." Si ce n’est que les intérêts courent et que les remboursements se font de plus en plus pressants. Ce dossier doit être revu en haut lieu et traité comme il se doit. Il y a urgence. Il en va de la vie des exploitations touchées et des outils économiques qui leurs sont liés.»

 

Jacques Descargues, vice-président du Conseil général

Se félicitant du débat de fond très ouvert, le vice-président du Conseil général, vu les attaques de toutes parts sur les coupes budgétaires, est rapidement rentré dans le vif du sujet. Et de souligner que «les diminutions des crédits qui vous mécontentent sont à la fois des obligations et des choix que nous assumons pour éviter tout saupoudrage. Les

350 000 € dégagés par redéploiement sont bien supérieurs aux moyens alloués dans les deux au-tres départements limousins. En déficit de onze millions d’euros, au titre des divers transferts de compétence désormais alloués au département, la politique d’investissement et les charges inhérentes nous obligent à revoir les soutiens économiques considérés par l’Etat comme non obligatoires.» Et de préciser «l’harmonisation des soutiens entre les différentes compagnies consulaires, compte tenu du fond de réserve qui avoisine pour votre compagnie les cent vingt jours alors que la norme légale est de soixante jours». Il conclut sur un retour à l’équilibre, «chose qui ne sera pas aisée».

 

Propos de Sophie Thibalt, préfet de la Corrèze

«Si le recensement agricole est une photographie comportant des éléments quantitatifs, son interprétation reste entière. Cet outil est une aide à la décision, aux orientations à définir. Mais nous résistons mieux que le reste de la France, ce qui indique que nous avons des atouts et qu’il convient de positiver.» Reconnaissant qu’elle a la chance d’être là cette année dans une conjoncture «bonne». La gestion collective de l’eau reste la préoccupation du moment dans ce contexte de sécheresse. L’Etat, les collectivités, les professionnels doivent aborder sereinement tous les aspects de ce dossier, pas seulement le coût ni la seule réglementation. Quantité, qualité, vie économique, maintient des productions pour les agriculteurs sont essentiels. L’eau est un bien universel, dont la raréfaction se confirme. Sans élucider la question des épandages aériens, la loi fixe les conditions d’utilisation. «La loi en Corrèze, en tout point, a été respectée», précise-t-elle ! «Et je l’appliquerai.» Se parler, vivre en bonne intelligence semble être le crédo du nouveau préfet, qui n’a pas manqué de fustiger les faiblesses souvent externes, alors que les forces nous sont propres ne sont pas valorisées.

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