L'Union Paysanne 02 février 2011 à 10h15 | Par Henri DEMONTJEAN

Comité du noyer et du châtaignie - Noix - châtaignes : un coin de ciel bleu

Réunis à Ussac dans un cadre interprofessionnel, les producteurs de noix et châtaignes se sont accordés pour se satisfaire de la situation actuelle.

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Les responsables autour du président Jacky Leymat et du maire d’Ussac Gilbert Rouhaud.
Les responsables autour du président Jacky Leymat et du maire d’Ussac Gilbert Rouhaud. - © DR

Voici quelques jours se tenait à Ussac la traditionnelle assemblée générale du Co-mité Interprofessionnel du Noyer et du Châtaignier du Bas Limousin. Une occasion de faire un point d’actualité sur deux productions qui se distinguent parmi l’éventail des spéculations agricoles corréziennes. C’était aussi l’occasion de saluer et de remercier la municipalité d’Ussac et son maire Gilbert Rouhaud en particulier pour avoir sauvé du béton la parcelle de Migoule où existe une collection de châtaigniers de toute première importance.

 

Migoule

Après un mot d’accueil, Jacky Leymat cédait la parole au maire d’Ussac Gilbert Rouhaud, lequel se disait particulièrement heureux d’accueillir sur ses terres les principaux responsables corréziens des filières noix-châtaignes. La raison : l’acquisition par la commune, voici quelques mois, d’une parcelle où existe une collection variétale de châtaigniers de tout premier plan.

En effet, fidèle à ses racines paysannes, Gilbert Rouhaud a très rapidement engagé la collectivité Ussacoise vers l’acquisition de cette parcelle qui sans cela semblait vouée à l’urbanisation. Certes, Ussac, commune de

4 000 habitants, très proche de Brive, n’a plus une très grande vocation agricole (cinq exploitations encore en activité seulement). Mais, clin d’œil à l’histoire, la municipalité s’est lancée vers un aménagement du site pour lui laisser son caractère patrimonial tout en faisant un lieu ludique pour tous publics en particulier un espace loisir – découverte pour les enfants.

 

Jacky Leymat : «Conservons les racines de l’arbre emblématique de la Corrèze».

Après l’ouverture de la séance et le mot d’accueil du maire, Jacky Leymat revenait rapidement sur le cheminement du dossier Migoule et singulièrement sur les bonnes relations et surtout les racines terriennes qui animent cinq personnes à l’origine de cette réalisation à savoir Gilbert Rouhaud, Jacky Leymat, Paul Chaumeil, ingénieur DDT en retraite, René Planade, conseiller municipal délégué et Henri Demontjean.

 

Noix : récolte 2010

Poursuivant son rapport moral, Jacky Leymat débutait par l’activité noix, singulièrement la récolte 2010. «Dans la morosité ambiante où beaucoup de nos productions, particulièrement animales, sont en grande difficulté, la noix traverse une période faste. Depuis deux-trois ans, les prix sont orientés à la hausse particulièrement cette année où nous avons assisté à une progression importante que l’on peut estimer de 20 à 30 %. Certes les volumes récoltés sont en baisse mais la qualité était au rendez-vous avec très peu de déchets tant à la ferme que dans les stations de conditionnement. Une météo favorable a permis de récolter rapidement dans de bonnes conditions ce qui a contribué à la qualité finale.»

 

Concertation

Poursuivant, Jacky Leymat rappelait l’action initiée et conduite avant la campagne par les trois comités Lot, Dordogne et Corrèze, avec Hervé Cledel qui en a été le principal animateur. « Nous avons pensé qu’il était important que les producteurs soient informés au plus juste de la situation du marché afin que les prix pratiqués départ culture soient au plus près de la réalité du commerce qui est aujourd’hui complètement mondialisé.

A cette communication que l’on a voulu large et ouverte, ont été associés nos amis producteurs de noix de Grenoble au travers de la section noix de la FDSEA de l’Isère ainsi que des FDSEA et JA de nos trois départements Lot, Dordogne et Corrèze.

Ce communiqué a eu pour mérite de sensibiliser les producteurs sur la tendance du marché afin de défendre le juste prix en fonction de la qualité de leur récolte en mettant en avant les AOC Noix du Périgord et de Grenoble.

Cette action a eu un impact certain sur les prix et doit être chaque année renouvelée.

L’évolution favorable du commerce de la noix qui semble être durable peut s’expliquer par plusieurs éléments :

- L’amélioration constante de la qualité à la production «Le Made in France» est de plus en plus reconnu. Les deux AOC ou AOP, quoi qu’en pensent certains, jouent un rôle important et doivent être développées.

- La dynamique de nos structures commerciales particulièrement l’export est largement reconnue.

- La tendance forte des consommateurs dans le monde à consommer des fruits secs que ce soit par tradition mais aussi de plus en plus pour leur bienfait sur la santé.

Enfin particulièrement cette année en début de campagne, la parité «Euro - Dollars» était favorable aux exportations.

La principale ombre au tableau reste le marché français où la consommation ne décolle pas. Chaque français mange 200 grammes de noix en coque alors que nos voisins espagnols en consomment deux kilos. Cette situation doit interpeller et conduire l’AOP «Dynamique Noix», qui regroupe la quasi-totalité des groupements de producteurs de France, à engager des actions efficaces pour redonner envie aux français de mettre des noix dans leur caddy.»

 

 

 

De gauche à droite : Henri Demontjean, René Planade, Paul Chaumeil, Gilbert Rouhaut, Henri Breisch et Jacky Leymat.
De gauche à droite : Henri Demontjean, René Planade, Paul Chaumeil, Gilbert Rouhaut, Henri Breisch et Jacky Leymat. - © DR

Développer les plantations

«En conclusion et à la vue de l’analyse que je viens de présenter, il me paraît urgent de promouvoir le développement des plantations. J’invite les candidats à bien réfléchir leur projet car il ne s’agit pas de planter des noyers n’importe où et n’importe comment comme on a pu trop souvent le constater par le passé.

C’est la raison pour laquelle la Station Expérimentale de Creysse a mis en place une étude appelée « caractérisation des terroirs favorables au noyer » afin d’éviter des erreurs qui coûtent cher.

Dernier point très important pour la réussite d’une plantation, c’est la qualité des plants. Il est indispensable de commander les plants un an à l’avance pour faciliter le travail du pépiniériste ce qui permet ensuite d’être exigeant au moment du choix.»

 

Noix fraîches

Pour ce qui est de l’activité noix fraîches, pour Alain Soulié, président du syndicat, «la campagne 2010 pour la noix fraîche aura manquée de quantité en fonction des secteurs, mais aura été en partie compensée par l’augmentation des prix significative. Moyenne Promonoix : 1,30 à 1,40 € pour Marbot et 1,60 à 1,70 € pour Lara.

Prix moyen des noix sèches, Marbot : 2,30 € et Franquette 2,50 €.

Espérons que cette tendance de prix pourra être reconduite pour la prochaine campagne et souhaitons que les volumes soient aux rendez-vous.»

Evoquant ensuite le forum de la noix à Terrasson, Alain Soulié note une forte participation des producteurs du Sud-Est conduite par Yves Borel, ce qui a donné l’occasion de réunir en sa présence les trois présidents des Comités du noyer Lot, Dordogne et Corrèze. Cette rencontre a permis une position commune sous forme de communiqué, laquelle a été déterminante pour une augmentation des cours de 20 à 30 %. A signaler également outre le forum de Terrasson, la traditionnelle fête de la Noix à Saillac et la foire primée au marché de Cana.

 

Châtaignes

Côté châtaignes, Alain Chauffour, président de la Section châtaignes, revenant sur la campagne écoulée, il la résumait ainsi «petite année en quantité mais bonne en qualité (entre 3,20 et 1,70 €/kg)».

Niveau collecte, «outre les négociants privés, trois coopératives se partagent le marché : Capel, Limdor et Périgourdine.

A noter la toute dernière Écolim à Vignols, reconnue Organisation de producteurs en châtaignes et fruits rouges. Enfin au niveau châtaignes traditionnelles, la société Inov Châtaignes basée à Mussidan dispose d’une capacité importante.

Autres sujets à mettre en avant l’arrivée du cynips en Sud-Est, la promotion de l’agroforesterie qui consiste à planter des châtaigniers en lignes (distantes de 40 à 50 mètres dans des surfaces en prairie). Egalement pour faire face au désengagement de l’Etat au niveau recherche et expérimentation, les structures Hortis et Cirea ont fusionné courant 2010 pour donner naissance à Invenio. Invenio dépend des filières fruits et légumes d’Aquitaine et sa mission doit répondre aux besoins des producteurs qui assurent son financement.»

Enfin Alain Chauffour a remercié «à son tour la municipalité d’Ussac d’avoir pris la décision d’acheter la châtaigneraie de Mi-goule, véritable patrimoine départemental.»

 

 

Technique

Puis c’était au tour de Florence Chanut, technicienne noix-châtaignes à la Chambre d’agriculture, d’évoquer les points d’actualité.

Niveau châtaignes tout d’abord, la filière châtaigne s’organise autour d’Invenio (voir par ailleurs les éléments de cette nouvelle structure). Autre évènement marquant, l’arrivée du cynips dans le Sud-Est, il faut s’attendre à une invasion prochaine dans nos régions. Par ailleurs «évoquons l’accompagnement technique et les aides aux plantations du Conseil Général, sans oublier la découverte de l’agroforesterie, la réalisation et la diffusion de la Lettre du châtaignier ainsi que la participation à la foire primée de la châtaigne à Beynat.»

Niveau noix, Florence Chanut a apporté son appui aux producteurs de noix fraîches, a accompagné à la demande les producteurs qui ont de nouvelles plantations ainsi que ceux qui veulent s’orienter vers l’agriculture biologique, sans oublier la diffusion des techniques alternatives au désherbage chimique.

Côté publications, Florence Chanut contribue à l’élaboration du Bulletin technique noix du sud ouest, au bulletin de la Station expérimentale de Creysse «L’écho du noyer». En règle générale, elle assure une veille technique au service des producteurs et apporte son concours aux manifestations de la filière (fête de Saillac, forum de Terrasson, suivi de la progression de la mouche du brou).

 

L’arbre à pain

Au terme d’un débat riche et porteur, René Planade, conseiller municipal délégué auprès du maire d’Ussac, saluait les travaux de la journée. A son tour, il se faisait l’écho des élus ussacois pour la sauvegarde du site de Migoule et son aménagement en cours. «Le châtaignier n’est rien d’autre que l’arbre à pain de nos ancêtres et il faut que nous le fassions savoir». Ainsi l’office du tourisme du Pays de Brive est intéressé.

 

Passionnants et passionnés

«Le noyer et le châtaignier sont deux arbres passionnants conduits par des gens passionnés» précisait Michel Courteix, chargé de mission Economie et territoire à la DDT.

«Le châtaignier est un arbre compliqué avec un dépérissement fréquent peut-être lié au climat» poursuivait-il.

Néanmoins selon lui, «la filière châtaigne a besoin de se structurer car beaucoup de chantiers sont ouverts, en particulier : la qualité des plants, l’organisation de la filière, la surveillance sanitaire, la valorisation du produit : la châtaigne est un produit de qualité insuffisamment valorisé.»

En terminant il saluait «le rôle déterminant du comité et de son président Jacky Leymat en particulier pour le travail conduit sur ces deux productions qui ont la chance d’avoir actuellement une conjoncture porteuse au sein du désarroi des autres spéculations

Les participants devant l'un des châtaigniers séculaires.
Les participants devant l'un des châtaigniers séculaires. - © DR

 

Migoule

Sur le terrain, il revenait à Henri Breisch, ingénieur Ctifl, spécialiste châtaignes et l’un des derniers ayant travaillé sur le site, le soin de retracer l’historique de cette parcelle de collection.

Appartenant à M. Du Fresnoy, ingénieur agronome, ce dernier en a fait don au ministère de l’Agriculture afin de conserver ce patrimoine constitué de châtaigniers de type exotique de variétés pures ou issues d’hybridation.

C’est ainsi que se trouve sur le site le pied mère d’une des plus célèbres variétés aujourd’hui cultivées, la Marigoule 15 (M15 : contraction de Marron de Migoule). Citons aussi Marsol, Maridone, Précoce Migoule, Bouche de Bétizac, etc.

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