L'Union Paysanne 09 février 2011 à 10h22 | Par Sophie Giraud

Congrès FNB - Il y a urgence à régler l’urgence des prix

Devant les producteurs de viande bovine, réunis en congrès la semaine dernière à Autun, le ministre de l’agriculture a voulu tenir un langage de vérité. De là à dire qu’il a convaincu…

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Réélu pour trois ans, le président de la FNB s'est prononcé pour une revalorisation des prix à la consommation qui doit servir la profession.
Réélu pour trois ans, le président de la FNB s'est prononcé pour une revalorisation des prix à la consommation qui doit servir la profession. - © Actuagri

Autun, Saône-et-Loire. Au cœur du berceau de la race Charolaise, les représentants de l’élevage bovin viande ont durant deux jours, écouté les cris et les SOS d’éleveurs en détresse. Quatre années de crises successives, c’en est définitivement trop pour se faire entendre dire «soyez plus compétitifs». Le problème est ailleurs.

«Nous sommes dans une situation économique où les plus performants des éleveurs ne peuvent plus vivre normalement de leur activité. Quand on en est là, ce n’est plus le nombre de vaches allaitantes ou de jeunes bovins (JB) engraissés par éleveur qui est la question à poser, mais la rémunération de l’activité en elle-même». Devant le ministre de l’agriculture, le président de la Fédération nationale bovine (FNB) n’y est pas allé par quatre chemins. Tout simplement, parce que pour lui et l’ensemble des éleveurs dont il porte la voix, «il n’y a pas trente six solutions (…) soit les prix à la production augmentent enfin, soit un plan d’aide d’urgence doit être décrété». Déjà rompus au second scénario, certainement nécessaire, mais intenable sans perspectives d’amélioration significative du revenu, les éleveurs réclament unanimement des prix.

«C’est des prix qu’il nous faut !»

Et face aux opérateurs aval qui ne respectent pas leurs engagements, et qui par-dessus le marché expliquent les «bonnes raisons» pour lesquelles les cours doivent baisser, alors que partout en Europe et dans le monde, ils augmentent, les éleveurs s’en remettent à l’Etat.

Discussion avec la grande distribution et export, mais où en est-on ? Que font les pouvoirs publics ? Le ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, à peine perturbé par les huées, s’en est expliqué.

«La première priorité c’est de faire remonter les prix. Certaines entreprises ont accepté de jouer le jeu. Dès aujourd’hui, la direction générale de la répression des fraudes ira vérifier les pratiques sur le terrain. Dans les jours à venir, il faudra accepter de dire publiquement qui joue le jeu et qui ne le fait pas». Sans anticiper sur cette vérification, Bruno Le Maire a pointé du doigt ouvertement les coopératives.

Sur la question des cotations, «il ne faut plus que vous fassiez gruger sur les chiffres» a estimé le ministre, qui s’est engagé à réformer le système datant des années cinquante, pour lui substituer un nouveau dispositif comprenant une vérification des prix entrée abattoir par France Agrimer. Mise en route prévue pour le mois d’avril. Enfin sur l’export, maillon indispensable pour conquérir de nouveaux marchés et tendre les prix à la hausse, l’hôte de la rue de Varennes a confirmé «son soutien à la mise en place d’un GIE export».

Etre d’accord, ne suffit pas

Apostrophés à plusieurs reprises par des éleveurs dans le public, certainement échaudés par de vaines promesses, le ministre a résolument cherché à se placer de leur côté. Mais pour Patrick Bénézit, vice-président de la FNB, cela ne suffit pas, «il nous dit qu’il est d’accord avec nous, mais c’est lui qui gouverne et qui est donc en mesure d’agir». Force est de constater, «que sur l’immédiat, il n’apporte pas de réponses». Et de rappeler qu’en matière d’export, les affaires traînent : «le marché algérien n’est pas encore débloqué pour les broutards», que la pression des pouvoirs publics auprès des entreprises est beaucoup trop timide et enfin, de constater que la situation dramatique traversée par l’élevage appelle un plan d’urgence. A Autun, le ministre a parlé d’urgence, mais pas de plan.

FDSEA 19 section bovine

Bruno Le Maire s’est efforcé à rassurer les éleveurs et le monde de l’élevage sur la nécessité d’agir, de renforcer le rôle et le soutien de l’état pour trouver une issue rapide à l’actuelle crise bovine.

Interpellé à plusieurs reprises par les fédérations et sections bovines départementales (dont celle de la Corrèze) sur le besoin urgent de trésorerie que peut représenter le versement du solde de la PMTVA, celui-ci va se traduire dans l’immédiat par le versement de la part nationale à compter de ce jour. Le solde de la part communautaire devant quant à lui intervenir d’ici le 15 mars.

Bien que facultative, la vaccination faite par les éleveurs pour lutter contre la FCO est désormais reconnue «officielle» par les pouvoirs publics. Cet engagement confirme le sérieux du travail entrepris par les éleveurs et leurs organisations sanitaires depuis de nombreuses années.

Conformément aux sollicitations faites par les éleveurs, le ministre s’est engagé pour une renégociation des prix des vaccins FCO, en vue de leur harmonisation sur le territoire national et d’un allègement des charges au bénéfice des éleveurs.

Revenant sur le dossier de la Pac, le ministre a confirmé la volonté de la France de maintenir le budget européen en l’état, notamment celui consacré à l’ensemble des soutiens agricoles. La réaffirmation du maintien de la PMTVA, des compensations en zones défavorisées avec notamment la prime à l’herbe, est un engagement fort et encourageant pour les éleveurs de nos zones.

Sans revenir sur les détails du plan d’action destiné «à forcer» un redressement du marché, le ministre a fermement condamné les structures, quelles qu’elles soient, pour leur rôle et volonté insuffisants à «jouer le jeu de l’export sur pays tiers» ; action capitale engagée en France destinée à favoriser un redressement des cours de la viande bovine à la production.

Enfin, c’est sur l’Organisation mondiale du commerce et le rôle qu’entend jouer la France dans le concert international que le ministre clôt ce congrès en rappelant «qu’il ne peut y avoir d’accord dans l’état actuel des positions».

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