L'Union Paysanne 14 février 2014 à 08h00 | Par AP

Congrès FNB - La filière bovine veut prendre en main son développement

À un an de la mise en oeuvre de la Pac 2014-2020, le monde des éleveurs de bovins allaitants maintient la pression, mais préfère regarder devant. Avec ou sans les derniers arbitrages, ils s’adapteront.

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- © FNB

«La Politique agricole commune ? C’est fini, on va faire quelques bricolages encore par-çi par-là… Mais honnêtement, il faut regarder devant nous», a déclaré Pierre Chevalier, président de la Fédération nationale bovine (FNB), pour clôturer l’assemblée générale aux Sables-d’Olonne, le 6 février. L’élevage de bovins allaitants français est en plein virage. La Pac, la loi d’avenir : des opportunités parmi tant d’autres. La désillusion des éleveurs les pousse à compter davantage sur leurs forces. «Il y a quinze ans, on allait chercher des subventions à l’exportation à Bruxelles. Cette période est révolue», a assuré Patrick Bénézit, vice-président de la FNB. Quid de l’évolution du montant des aides Pac ? Encore incertaine, mais la politique ne fait pas tout. «Les solutions seront interprofessionnelles ou elles ne seront pas», a assuré Jean-Pierre Fleury, secrétaire général de la FNB. Eleveurs, industriels, distributeurs doivent aller ensemble reconquérir le marché intérieur. Dans le dossier annuel sur la filière bovins viandes de l’Institut de l’élevage, les économistes analysent : «La baisse de la production française de bovins finis, plus conséquente que celle de la consommation, a déclenché une nouvelle dégradation du taux d’auto-approvisionnement». Néanmoins, les prévisions de production pour 2014 tablent sur une augmentation de +3 %.

La grande (distribution) absente

À long terme, la production ne suivra pas sans des prix revalorisés. Aux Sables-d’Olonne, le distributeur invité à débattre avec les éleveurs, les industriels et les pouvoirs publics, n’est pas venu. Pourtant, le rôle de la distribution dans la filière est au coeur des tensions. «Les négociations commerciales sont extrêmement rudes. On est contraint de se retirer de certains dossiers», a certifié Jean-Marie Joutel, numéro deux du groupe Bigard. Face à la colère de près de 300 éleveurs qui s’estiment perdants, il ajoute : «C’est une garantie, pour vous éleveurs, d’être payés». Oui, mais à quel prix ? En moyenne annuelle, les prix 2013 des gros bovins ont atteint des «niveaux records». Selon l’Institut de l’élevage, le prix moyen pondéré des gros bovins a augmenté de 8 % entre 2012 et 2013. Une tendance feu de paille selon les éleveurs, suivis par les économistes qui tempèrent : «À partir de l’été, le marché s’est retourné en raison d’une demande atone en France et en Europe. Les prix des vaches ont alors brutalement reflué».

 

Xavier Beulin, président de la FNSEA, n’a pas épargné la politique menée par Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture : «La loi d’avenir agricole va au mieux vers une stagnation. Nous allons surtout vers une déprofessionnalisation de l’agriculture».
Xavier Beulin, président de la FNSEA, n’a pas épargné la politique menée par Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture : «La loi d’avenir agricole va au mieux vers une stagnation. Nous allons surtout vers une déprofessionnalisation de l’agriculture». - © FNB

Sécuriser en contractualisant

Face à la volatilité des prix et du coût de l’alimentation du bétail, la FNB mise sur la contractualisation. Guy Hermouët, vice-président de la FNB, a présenté le projet de contractualisation dans la filière viande bovine, encore peu répandu : «S’il y a des contrats, il y a des cahiers des charges. Nous sommes capables de produire ce dont la filière a besoin».

L’idée reste de fixer les prix entre éleveurs et industriels en tenant compte des coûts de production. La création d’une caisse nationale de sécurisation permettrait aux contractants de «sécuriser les paramètres économiques en cas de perturbation du prix de marché». Le dossier est en cours : la FNB espère approvisionner cette caisse grâce aux éleveurs, mais aussi à Unigrains ou encore Sofiprotéol. Reste que la contractualisation devra un jour ou l’autre être tripartite : la distribution va devoir jouer le jeu, sinon les industries n’auront que peu de garantie de pouvoir répercuter les fluctuations du marché à la distribution. Le débat avec la distribution est vieillissant, mais toujours aussi intense. De leur côté, les Jeunes agriculteurs ont averti : «Notre ambition pour l’avenir est de développer un réseau de distribution alternatif», a expliqué Julien Bigand, responsable viandes chez les Jeunes agriculteurs (JA), «en collaboration avec Coop de France et l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture)». Le syndicat ne cherche pas seulement à renouveler les générations d’éleveurs dont plus de la moitié a plus de 50 ans, mais aussi les filières et les débouchés. Car selon lui, le prix à la consommation a gagné 3 % en dix ans, quand dans le même temps celui de la production a baissé de 18 %.

 

 

 

Aller vers le consommateur

Au-delà de la couverture des coûts de production, la revalorisation du prix doit aussi refléter le savoir-faire et le travail des éleveurs. Si le monde de l’élevage est conscient de ses atouts, les consommateurs le savent peut-être moins. Etrange premier anniversaire qu’est celui du horsegate : «Cette fraude aura au moins eu le mérite de montrer au consommateur ce qu’est notre système de traçabilité», analyse Julien Bigand. Ouvrir les portes de l’étable France au grand public devient urgent. Eric Allain, directeur de FranceAgriMer, a rappelé qu’«entre 1970 et 1980, la consommation de viandes n’a cessé d’augmenter. Depuis, celle de viande bovine est en recul». Dominique Langlois, président d’Interbev (interprofession bétail et viandes), a annoncé un événement majeur pour l’automne 2014 : des journées portes ouvertes des élevages à la distribution en passant par les industries. «Nous avons la volonté de montrer au consommateur la chaîne de production», appuie-t-il.

En un an, la filière viande n’a pas chômé : le logo Viandes de France sera officiellement présenté le 11 février en présence de trois ministres (l’agriculture, l’agroalimentaire et la consommation). Cette nouvelle visibilité auprès des consommateurs permettra de valoriser les produits, mais aussi le travail des acteurs de la filière. La viande Made in France prendra alors ses marques dans les supermarchés. Mais Viandes de France a aussi l’ambition d’être une signature visible pour les marchés extérieurs.

- © UP 19

Réaction de GIlles Lavergne, Président de la section bovine de la FDSEA 19

 

Présent au congrès de la FNB aux Sables d’Olonne, Gilles Lavergne, président de la section bovine de la FDSEA de la Corrèze, livre «à chaud» sa réaction suite au discours du ministre de l’Agriculture.

«Le discours de notre ministre était une pelote de laine non tricotée, mangée par les mites et dont on a voulu boucher les trous avec l'argent destiné à la base aux éleveurs de bovins viande. On pratique le "diviser pour moins donner". Il ne faudrait pas que l'on ait trop froid pour les années à venir, ce n'est pas le courage politique de nos gouvernants qui risque de nous réchauffer. Il ne faudrait pas en plus que l'on ait des années de disette».

 

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