L'Union Paysanne 14 juin 2013 à 11h34 | Par AGRAPRESSE

Congrès - Les coopératives passées à la moulinette JA

Près de 650 Jeunes agriculteurs se sont réunis du 4 au 6 juin, à Metz, pour leur congrès annuel. À l’ordre du jour, un rapport d’une centaine de pages sur la rénovation des coopératives.

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François Thabuis a présenté le rapport sur la coopération et la manière de la rendre «plus attractive pour les jeunes».
François Thabuis a présenté le rapport sur la coopération et la manière de la rendre «plus attractive pour les jeunes». - © Actuagri

Il ne s’agit surtout pas de remettre en cause les coopératives, ont répété les quelque 650 Jeunes agriculteurs réunis, durant ces trois jours de congrès, du 4 au 6 juin, à Metz. Mais de les rénover, voire de les investir, ont-ils démontré ensuite à travers leur rapport d’orientation. Soit une centaine de pages consacrées à la coopération et à la manière de la rendre «plus attractive pour les jeunes», a résumé le président des JA, François Thabuis. Mais si le thème était en effet très attendu, le débat, qui a duré près de dix heures, fut long et houleux ce 5 juin. Car, si tous s’accordent à «dépoussiérer le bateau» de la coopération, a redit en préambule le chef de la centrale, les paramètres de rénovation ont du mal à faire consensus. Premier achoppement : l’âge du capitaine. Après quelques échanges, la majorité des Jeunes agriculteurs a voté une limite d’âge d’éligibilité des administrateurs, dont le président, à soixante ans. Ces administrateurs auront aussi pour obligation d’être en activité durant leur mandat.

 

Un mandat de dix ans par niveau

Autre point préconisé : la durée maximale du mandat de l’administrateur, à chaque niveau de responsabilité (administrateur, membre du bureau et président), est fixée à dix ans. Le syndicat veut également limiter le cumul des responsabilités : un même agriculteur ne pourra plus être simultanément président de plus de deux organisations agricoles, peu importe l’échelon. C’est l’un des volets qui ont été les plus discutés, nombreux ont en effet rappelé, en vain, leur attachement à leurs multiples casquettes. Enfin, les JA ont souhaité préciser que l’ensemble de ces principes vaut seulement si le fonctionnement de la coopérative n’est pas remis en cause (les coopératives avec un nombre d’adhérents «réduit» pourraient ainsi en être exemptes).

La stratégie aux agriculteurs, la mise en oeuvre aux permanents

Certaines régions, notamment l’Alsace, ont par ailleurs demandé à compléter ce tableau par la nécessité pour tout président de coopérative d’avoir surtout «une vision d’avenir». L’ambition est «que les professionnels, les agriculteurs, réaffirment leur position au sein des coopératives», a précisé en marge du congrès le secrétaire général des JA, Gaël Gautier. La gouvernance des filiales, en particulier, ne doit plus échapper aux «hommes-métier», selon lui. «Nous devons rester les principaux acteurs de la politique et de la stratégie des coopératives, tandis que leur mise en oeuvre doit être confiée à des permanents», a-t-il ajouté. Pour ce faire, le syndicat mise sur la formation. En revanche, le revenu de l’homme-métier, président de coopérative, «c’est d’abord son exploitation», a soutenu François Thabuis sur le thème, également très tendu, de l’indemnité de l’administrateur. On n’est pas, selon lui, dans «la professionnalisation d’un engagement». D’où la proposition d’une indemnité mensuelle qui ne devra pas dépasser 100 % du SMIC mensuel (50 % du SMIC horaire pour les autres administrateurs) et de prendre en charge le remplacement du président de la coopérative sur son exploitation ainsi que ses frais liés à ses responsabilités. «ça n’est pas assez !, ont estimé plusieurs régions, il existe de grosses coopératives qui drainent beaucoup d’argent. Que pensera un président, assis à côté de son directeur payé 20 000 euros par mois ? C’est un peu dur de le plafonner au SMIC». La majorité a cependant maintenu la proposition de départ à 100 % du Smic.

 

Quels «ja» au sein des conseils d’administration ?

Un point a en revanche dû être réécrit : celui sur la présence des JA au sein des conseils d’administration : «ja » pour jeunes agriculteurs indifférenciés ou «JA» pour les adhérents au syndicat... ? La boucle de protestations fut longue. Et de «JA doit systématiquement siéger dans toutes les instances des coopératives», les discussions ont finalement abouti à : «inciter l’entrée de jeunes administrateurs au sein des différentes instances de coopératives (privilégier adhérent JA)».

Le syndicat agricole a par ailleurs insisté sur la nécessité de «redonner un sens à l’ancrage territorial des coopératives». Il a proposé la création de conseils territoriaux. Soit, la mise en place d’instances, au sein des coopératives, qui fassent directement écho des problématiques territoriales, «à prendre en compte lors des prises de décision en conseil d’administration». Ces sections ne devront pas être définies par filière, mais bien par territoire. En revanche des groupes de travail «filières» pourront être mis en place au sein de territoires précisés.

S’affranchir de la grande distribution

Le débat a pris fin vers une heure du matin, le 6 juin, sur la proposition probablement la plus audacieuse, à savoir la mise en place de coopérations avec des partenaires extérieurs, tels les consommateurs.

Le syndicat a en effet pour ambition de développer un réseau de distribution de produits agricoles, alternatif à la grande distribution, géré par les producteurs. «Nous ne parlons pas là de vente directe à la ferme, qui se développe par ailleurs et c’est très bien, a précisé François Thabuis face à certaines régions protestataires, car craignant que le dispositif favorise les circuits de proximité. Nous parlons de la capacité de la profession agricole de se saisir de la distribution comme elle s’est saisie de la collecte et de la transformation». Venu clôturer le congrès, le 6 juin, Stéphane le Foll a souligné «ce choix courageux» des JA, tout en les mettant en garde : «Je sais que vous êtes très déterminés sur ce sujet. Mais, plus on s’éloigne du métier

d’agriculteur, plus on est confronté aux différentes positions entre distributeurs, consommateurs et producteurs. Ce sont des questions et des métiers sur lesquels, avant d’y aller, il faudra bien réfléchir stratégiquement aux conséquences». D’autres semblent l’avoir déjà fait pour eux. Philippe Mangin, président de Coop de France, a parlé d’un projet de ce type pour début 2014.

La délégation des Jeunes du Limousin
La délégation des Jeunes du Limousin - © JA 19

La délégation limousine au congrès JA

Les Jeunes agriculteurs de la Corrèze se sont rendus au congrès national de Jeunes agriculteurs qui s’est tenu les 4, 5 et 6 juin à Metz dans la Moselle.

Ce congrès était placé sous le thème de la rénovation des outils coopératifs, sujet du rapport d’orientation 2013. Afin que ce dernier soit voté à l’unanimité des 700 JA français présents lors de ce grand rassemblement national, les débats concernant les amendements de ce rapport furent riches. Ce rapport constitue la ligne directrice de l’année à venir de JA National.

Pour clôturer ce congrès, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, avait fait le déplacement. Durant son discours, il a annoncé les premières mesures de rénovation du dispositif à l’installation, mais concernant les autres sujets (redéfinition des PII, les contrats de génération...), il a laissé les jeunes sur leur faim.

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