L'Union Paysanne 13 septembre 2013 à 08h00 | Par VS

Corrèze - Un rééquilibrage historique en faveur de l’élevage

Moment d’échange privilégié sur la ferme du Gaec Hilaire à Masseret, lors de la visite de Stéphane Le Foll qui, sur invitation de Bernard Roux, s’est montré à l'écoute des revendications et propositions corréziennes sur les possibles applications de la future Pac. Aussi à l’aise dans les discours que sur les sujets techniques, le ministre de l'Agriculture s’est montré rassurant.

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Autour de Touraine, l’une des vaches du Gaec Hilaire, le ministre a voulu rassurer son auditoire en assurant qu’avec le Président de la République ils feraient tout pour axer cette nouvelle PAC en faveur de l’élevage.
Autour de Touraine, l’une des vaches du Gaec Hilaire, le ministre a voulu rassurer son auditoire en assurant qu’avec le Président de la République ils feraient tout pour axer cette nouvelle PAC en faveur de l’élevage. - © VS

Tout va bien se passer…

Cette fois-ci c’est la bonne, après plusieurs «faux bonds», le ministre de l’agriculture a répondu présent à l’appel de Bernard Roux, maire de Masseret et c'est "aux portes de la Corrèze", qu’une délégation d’élus et de responsables professionnels ont accueilli Stéphane Le Foll. Déjà prévue en février et annulée à cause de l’affaire de la «viande de cheval» cette rencontre a permis aux Corréziens de questionner le ministre de l’Agriculture sur l’imminente réforme de la Politique Agricole Commune mais aussi d’affirmer, en direct, des revendications et propositions pertinentes sur l’application française de la future PAC, qui approche à petits pas.

Lors de la présentation de son exploitation, Laurent Hilaire, associé du GAEC avec ses parents et sa sœur, a de suite donné le ton de la rencontre. Sans misérabilisme, ce jeune agriculture a fait part de son inquiétude sur l’avenir. «Nous sommes dans le flou, les cours de la viande se tiennent mais les charges ne cessent d’augmenter et les marges se réduisent. Agriculteur c’est un métier passionnant mais notre passion s’essouffle. Nous voudrions bien vivre sans aide et sans rien devoir à personne mais ce n’est pas possible». Dans l’attente d’un message fort de la part du ministre, l’assemblée a pu apprécier les prouesses et facultés de communicant de Stéphane Le Foll. «Avec le Président de la République, nous ferons tout pour axer cette réforme en faveur de l’élevage, mais il vous faut déterminer une stratégie pour la filière viande». «Avant cela, Monsieur le Ministre, il faut renforcer l’ICHN.C’est une mesure sociale, équitable et qui répond le mieux aux disparités entre zones de productions » lance du tac au tac le président de la Chambre d’agriculture, Tony Cornelissen.

Aider l’élevage, mais lequel ?

Le 26 juin dernier, après trois mois de négociations tripartites intensives, un accord sur la réforme de la politique agricole a été conclu par le Parlement, le Conseil et la Commission. Cet accord permettrait entre autres manœuvres, des transferts entre les deux piliers et ce jusqu’à 15% de l’enveloppe globale. De plus, le cofinancement du Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural (FEADER) étant porté à 75 %, il serait possible d’augmenter considérablement le budget du second pilier et notamment les moyens dédiés à l’ICHN. En suivant les nouvelles règles, si la France maintient son niveau de cofinancement actuel, soit 325 millions d’euros, appelant 975 millions d’euros de l’Europe, afin d’obtenir un budget ICHN de plus de 1200 millions, il sera possible d’augmenter le plafond d’hectares éligibles à 75 hectares, d’ouvrir le droit à tous les actifs exploitants et de «quasi» doubler le montant à l’hectare.

Sur ces propositions, portées à l’unisson par les représentants de la profession, Stéphane Le Foll s’est bien gardé de faire des promesses, reconnaissant qu’il ne sera facile d’exécuter un transfert d’argent entre piliers et que le choix était politique. Cependant, le ministre laisse entendre que la porte n’est fermée à aucune proposition et que les négociations sur l’application française de la PAC débutent juste «Je viens à l’écoute des agriculteurs et des territoires sur lesquels nous devons conserver du dynamisme et utiliser le potentiel de la ruralité.Il est important qu’il y ait des expressions fortes du bassin allaitant.La PAC est une chose mais l’organisation de marché est aussi très importante. Nous lancerons dès cet automne une grande consultation sur l’avenir de chaque filière, et à l’aide de fiches thématiques et avec le concours de France Agrimer, nous définirons une stratégie sur dix ans pour chacune d’entre elles».

Alors, pourquoi parler de choses qui fâchent ? Pour Stéphane Le Foll qui base sa réflexion de l’agriculture de demain sur l’agro-écologie et les GIEE, lors de sa visite corrézienne, il n’en a pas été question ou quasiment pas. Le remplacement de la PHAE par des Mesures Agri-Environnementales systémiques non plus.

Stéphane Le Foll connaît et maîtrise son sujet, il tape juste, il sait s’adapter à son auditoire et son aisance relationnelle fait de notre ministre un expert de la communication. Mais attention, les nécessaires discutions sur l’organisation des filières préalables à la loi d’avenir, ne doivent pas servir de diversion. L’Europe offre la possibilité d’opérer un rééquilibrage historique en faveur de l’élevage, ne laissons pas passer cette opportunité.

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Trois Questions à Michel Queille, secrétaire général de la FDSEA 19

 

Pour la FDSEA, que représente la venue d’un ministre de l’agriculture en Corrèze ?

C’est toujours un moment important pour le syndicat majoritaire, nous nous devons d’être présents, de montrer au ministre que nous sommes actifs sur les dossiers. Nous représentons une grande partie des agriculteurs du département et nous portons des revendications et des propositions sérieuses pour l’avenir de l’élevage corrézien.

 

Qu’attendez-vous de cette visite ?

Nous ne sommes pas dupes, au stade où en sont les négociations, nous savons bien qu’aucun ministre ne se risquerais à faire de grandes promesses sur le terrain qui pourraient rapidement entrainer des mouvements de contestation. Le ministre se doit d’être prudent. Contrairement à la dernière réforme de la PAC, cette fois-ci, c’est entre zones d’élevage que les arbitrages vont se faire.

 

Quelles sont vos principales revendications sur cette réforme ?

L’Europe offre une opportunité historique pour cette réforme, celle de rediriger les aides en faveur de l’élevage. La mesure la plus juste est la compensation de handicaps. Sur toutes les zones, les ICHN doivent être réévaluées pour combler le manque de compétitivité de nos régions. Pour faire connaître nos propositions, nous réunirons le 20 septembre à Tulle l’ensemble des élus politiques du Massif central et nous exposerons les raisons d’axer les aides de la PAC sur l’élevage des territoires en zones de handicaps.

 

Propos recueillis par Vincent Soleilhet

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