L'Union Paysanne 02 juin 2021 a 09h00 | Par La rédaction

ECONOMIE.Carrefour France se rendra à nouveau en Corrèze

Le principe du commerce équitable serait-il réservé aux agricultures des pays du Sud ? Sur fond du projet de loi Egalim 2, les agriculteurs corréziens ne s’avouent pas vaincus et maintiennent la pression auprès des grandes surfaces.

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L’objectif est d’aboutir à un engagement de Carrefour sur une hausse de tarifs et sur une formule de prix qui tienne compte du coût de production interprofessionnel.
L’objectif est d’aboutir à un engagement de Carrefour sur une hausse de tarifs et sur une formule de prix qui tienne compte du coût de production interprofessionnel. - © dr

A l’appel de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs de la Corrèze, une soixantaine d’agriculteurs et de futurs agriculteurs se sont retrouvés à Brive, samedi 22 mai, pour restreindre l’accès à l’hypermarché Carrefour de Brive. La date n’avait pas été choisie au hasard. Alors que le magasin s’attendait à une influence journalière exceptionnelle d’au moins 9000 clients, le blocage partiel des entrées a engendré pour la grande surface une perte de recettes significative. « Nous voulons que leur chiffre d’affaires soit aussi bas que notre revenu » avait annoncé les syndicats.

L’objectif de la mobilisation était de maintenir la pression sur les grandes surfaces afin d’avancer sur la question de la prise en compte des coûts de production et la juste répartition des marges. Le choix de l’enseigne Carrefour ne relevait pas non plus du hasard. Le 04 mars, le groupe avait envoyé des émissaires à la rencontre des éleveurs corréziens. Si aucun accord n’avait abouti ce jour-là, des pistes de travail avaient néanmoins été envisagées. Or, le groupe n’a jamais donné suite, malgré plusieurs tentatives de contact.

Les plus jeunes, parmi lesquels de futurs éleveurs, ont échangé avec les clients, rappelant que quelques centimes supplémentaires à l’étalage suffiraient à rémunérer dignement les agriculteurs.
Les plus jeunes, parmi lesquels de futurs éleveurs, ont échangé avec les clients, rappelant que quelques centimes supplémentaires à l’étalage suffiraient à rémunérer dignement les agriculteurs. - © DR

Echanges avec le consommateur
Après l’obstruction de 3 entrées sur 4, un barrage filtrant avec distribution de tracts a été mis en place afin de communiquer avec le consommateur. Une initiative majoritairement bien accueillie par les clients, malgré la contrainte de circulation. « Consommateurs, vous avez déjà payé » pouvait-on lire sur le prospectus. Les syndicats ont souhaité rappeler que le relèvement du seuil de vente à perte sur les produits d’appel (Coca, Nutella, Ricard…) avait engendré une hausse des prix à la consommation de 0,9 % en 2019 pour 600 millions d’euros de recettes supplémentaires. Cette manne devait permettre de limiter la marge des distributeurs sur les produits agricoles afin de mieux rémunérer le producteur mais elle n’a pas été équitablement répartie au sein de la filière.

Rendez-vous pris avec la direction de Carrefour France
Une délégation a été reçue par le directeur du magasin Carrefour et une ligne a été établie avec le siège social en région parisienne. Les responsables ont ainsi pu exposer leurs attentes à François Vincent, directeur des marchandises alimentaires et Bertrand Eon, directeur des filières viande du groupe. « Les éleveurs allaitants affichent un revenu moyen de 700 € par mois en 2020. Les filières agricoles françaises se meurent au profit de l’importation. Les discours visant à favoriser la production locale ne resteront que des mots tant que la grande distribution refusera de passer des hausses de prix au profit des producteurs. Nous sommes là car nous n’avons pas de nouvelles de votre part sur la manière dont vous entendez contribuer à la sauvegarde de notre agriculture. Nous avons travaillé la question et sommes prêts à vous exposer une méthode de prix qui tienne compte à la fois de l’indicateur coût de production interprofessionnel, des réalités de marché et de la qualité des produits » a exposé Pierre Cazes, le vice-président des Jeunes agriculteurs.
Sans rien promettre, François Vincent s’est déclaré «à l’écoute » et a manifesté sa volonté d’avancer. Il se rendra donc en Corrèze dans les jours à venir, pour une session de travail en groupe restreint avec les syndicats. Pour cette occasion, les responsables professionnels ont prévenu qu’ils ne souhaitaient pas se laisser enfermer dans le piège du « local ». « S’approvisionner localement, c’est très bien. Mais ce n’est pas parce que la vache a été achetée localement qu’elle a été payée au bon prix. De plus, la politique de prix doit s’entendre globalement, sur tous les rayons. Acheter de temps en temps une limousine label à bon prix pour le rayon boucherie est un trompe-l’oeil si l’essentiel de la viande est ensuite bradé au rayon libre-service ou en steak haché ».

CARREFOUR NE VA PAS SI MAL…
En 2021, Carrefour a augmenté le dividende versé aux actionnaires de 109 % au titre de l’exercice 2020. Il est vrai que celui-ci avait diminué en 2020. Mais avec un chiffre d’affaires en progression de 7,8 % sur l’année et un résultat opérationnel courant en hausse de 16,4% (2,17 milliards d'euros), la marge de Carrefour n’est pas en danger.

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