L'Union Paysanne 25 janvier 2013 à 11h26 | Par Guillaume Demichel

Elections chambres d’agriculture - Syndicalisme et Chambre d’agriculture : des rôles complémentaires

Le secrétaire général adjoint de la FNSEA, Daniel Prieur et le vice-président de JA, Joël Clergue, ont rencontré les agriculteurs à Bar.

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Daniel Prieur et Joël Clergue étaient à Bar pour soutenir la liste d'unité FDSEA - JA et témoigner de la complémentarité des actions du syndicalisme et de la chambre d'agriculture.
Daniel Prieur et Joël Clergue étaient à Bar pour soutenir la liste d'unité FDSEA - JA et témoigner de la complémentarité des actions du syndicalisme et de la chambre d'agriculture. - © Guillaume Demichel

Pour cet avant-dernier rendez-vous de campagne, à la rencontre des agriculteurs corréziens, les membres de la liste d’unité FDSEA-JA ont invité Daniel Prieur, secrétaire général adjoint de la FNSEA en charge du dossier Montagne, et Joël Clergue, vice-président des JA, en charge du dossier Installation. Tous se sont retrouvés sur l’exploitation de Serge et Nicolas Bossoutrot aux Champs de Bar. Un choix symbolique compte tenu du parcours quelque peu chaotique vécu depuis trop longtemps déjà par Nicolas qui cherche à s’installer en production porcine mais rencontre toutes les difficultés du monde pour obtenir son permis de construire, et ce malgré un dossier parfaitement en règle. «Tout le monde parle de diversification mais lorsqu’un jeune montre qu’il est capable de ramener un revenu et 450 cochons à l’abattoir, on le lui refuse», lance le secrétaire général des JA de la Corrèze, Guillaume Joie après le récit du jeune agriculteur barois. «On nous parle de réduire le nombre de vaches, de faire plus d’engraissement et de multiplier par trois la production de viande blanche mais les permis de construire sont toujours refusés», ajoute Pascal Coste.

Des idées et des valeurs partagées

«Quand toutes les règles sont respectées, pourquoi ne pas accepter. C’est bien beau de vouloir faire venir de la population sur un secteur mais s’il n’y a pas un minimum d’activité économique autour, personne ne viendra», commence Joël Clergue. «C’est avec ce genre de cas, que l’on rencontre fréquemment, que l’on se rend compte que la Chambre d’agriculture peut avoir une stratégie d’alliance avec les maires ruraux, de manière à ce que les dossiers avancent dans la bonne direction. Il est temps de retrouver une synergie entre le syndicalisme et les instances départementales. Le rôle du syndicalisme et celui d’une Chambre d’agriculture sont complémentaires. Il n’y a que de cette manière que nous avancerons tous ensemble dans la bonne direction», enchaîne Daniel Prieur.

«Les JA se sont toujours battus pour que l’installation soit reconnue pour ce qu’elle apporte et ce qu’elle génère de par son activité économique. Cela ne peut pas se faire par le biais d’une structure qui n’a pas d’appui à long terme, reprend Joël Clergue. «Lorsqu’il a été question de supprimer la DJA, nous avons décidé au Sommet de l’élevage qu’il fallait agir. Trois jours après, les JA de 80 départements étaient dans la rue. Dès le lendemain nous avons eu un rendez-vous avec le ministre et les budgets ont été changés. Les élections ne sont qu’une étape, il faut nous mettre au travail tout de suite après car ce sont nos idées et nos valeurs qui permettent de changer et de faire avancer les choses. Si l’on croit en cette idéologie, on ne peut décemment pas se prétendre indépendant pour ces élections si importantes pour notre agriculture».

- © Guillaume Demichel

Cinq questions à Daniel Prieur

«Limitons au strict nécessaire la consommation des terres»

 

Le président de la commission Montagne de la FNSEA met l'accent sur le travail de prise de conscience qui doit se produire pour lutter contre l'artificialisation de 78 000 hectares chaque année.

 

L'espace agricole est-il condamné a être grignoté ?

Daniel Prieur : «Non pas toujours. Par exemple dans le Doubs une zone d'activité différée a été créée à la sortie d'un échangeur autoroutier. Avant l'implantation d’entreprises sur ce terrain, l'agglomération de Besançon avait pour projet de transformer l'espace en champ photovoltaïque. Or dans le même temps la ville me demandait de construire des circuits de proximité pour alimenter les cantines scolaires en légumes. Après quelques échanges et sur proposition de la chambre d'agriculture, nous avons décidé d'installer une zone d'activité maraichère à l’entrée de Besançon. La terre s'y prêtait et il y avait l'eau et l'électricité. Il n' ya donc pas de fatalité.

Des solutions existent-elles toujours ?

Non ! Sauf lorsqu'il y a une concertation. Malheureusement, j'ai beaucoup d'autres exemples moins favorables. Je pense à la gare TGV de Besançon avec ses deux hectares de parking pris sur la forêt ou à technoland 3, le parc d'activités du pays de Montbéliard qui, sur 320 hectares, gaspille 80 hectares en espaces verts autour des sites industriels. La France contrairement à l'Allemagne ou à la Grande Bretagne continue à consommer beaucoup d'espaces agricoles. La Safer, dans son rôle d'observateur, nous alerte sur la perte du foncier. Nous avons besoin du foncier en particulier pour installer les jeunes.

 

Qu'avez-vous fait pour empêcher le gaspillage des terres ?

La première étape c'est la prise de conscience. On sait faire passer du foncier vers l'urbanisation mais le contraire on ne sait pas faire. Il faut sensibiliser les élus, nous devons construire la ville sur la ville. Notre travail c'est de convaincre les architectes du paysage pour qu'ils soient conscients que le foncier urbanisé ne revient pas à son état naturel. Nous devons anticiper sur la construction de la ville. Et il y a des avancées : par exemple le schéma de cohérence territorial du grand Besançon qui vient d'être adopté impose au communes de la première périphérie de densifier à raison de 23 logements à l'hectare contre environ huit antérieurement.

 

Comment convaincre ?

L’indépendance alimentaire ou la défense de la biodiversité, tout le monde est capable de le comprendre. Il faut dire plus fort que sans la terre ce n'est pas possible. Il y a également la volonté de revenir à l'agronomie en utilisant le potentiel des bonnes terres à blé ou à maïs qui sont souvent convoitées. Je pense également à Marne la Vallée et à Disney. Les zones AOC méritent également beaucoup d'attention.

 

De quel outils disposez-vous ?

L’objectif c'est d'aboutir à un zonage le plus pérenne possible. Les documents d'urbanisme sont de bons outils, mais ils ont le défaut d'être facile à modifier. Nous avons obtenu dans la loi de modernisation de l'agriculture du 27 juillet 2010 la création de la CDCEA. Les chambres d'agriculture donnent un avis sur les permis de construire et les documents d'urbanisme. Elles demandent que les exploitations agricoles soient prises en compte dans les projets d'aménagement de l'espace.»

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