L'Union Paysanne 24 novembre 2021 a 10h00 | Par Damien Valleix d’après étude réalisée par Dominique Pessoz, CDA19

ETUDE.Un arrêté pour couper le robinet

Malgré le besoin de plus en plus criant de stocker l’eau pour maintenir une agriculture dynamique, une réglementation - émanant du ministère de la transition écologique menace de bloquer la plupart des projets en Corrèze.

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L’arrêté restreint la création de retenues d’eau sur zone humide. Or, la Corrèze est truffée de zones humides.
L’arrêté restreint la création de retenues d’eau sur zone humide. Or, la Corrèze est truffée de zones humides. - © DR

Un arrêté du ministère de la transition écologique paru cet été fixe de nouvelles prescriptions techniques générales applicables aux plans d’eau. Celui-ci prévoit de nombreuses restrictions à l’implantation de réserves d’eau, notamment en présence d’une zone humide. La Chambre d’agriculture a donc mené une étude pour mesurer l’impact de cette réglementation en Corrèze. Elle a pour cela choisit de transposer les nouvelles règles aux projets mis en place depuis 2018. Le résultat est sans appel : la grande majorité des projets n’aurait pas pu voir le jour.

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Un accès à l’eau « fermé »
Précisément, entre 2018 et 2021, 51 projets de créations et agrandissements de retenues à destination agricole ont été retenus dans le cadre du programme de développement rural, pour un volume de 800.000 m3. En appliquant les nouvelles règles, seuls 10 projets auraient pu voir le jour pour un volume de seulement 21 000 m3 au total, et une surface irriguée de 25 ha au lieu de 570. « Seuls les ouvrages dont le miroir d’eau est inférieur au seuil des 1000 m2 auraient pu être réalisés. Pour tous les autres dossiers, la présence d’une zone humide de plus d’1m2 bloque la possibilité de créer l’ouvrage » peut-on lire dans l’étude. Pour l’heure, ces projets réalisés ou en cours ne sont pas remis en cause mais l’étude révèle clairement la difficulté d’en créer de nouveaux malgré des besoins qui s’expriment de plus en plus fort.

De fortes conséquences économiques
Derrière les projets, il y a de l’économie et des emplois. L’étude estime ainsi que 6 installations ne se seraient pas concrétisées et que 35 exploitations auraient été fragilisées par l’impossibilité de développer des cultures spécialisées. La pomme figure au premier rang des filières touchées, avec 345 ha de verger qui n’auraient pas été plantés sans irrigation, soit environ 30 % du potentiel productif départemental. S’appuyant sur des données collectées par la coopérative Cooplim, l’étude rappelle que l’irrigation sécurise la production avec une hausse moyenne de 12 % de rendement et un produit de meilleure qualité. « En moyenne, sur la durée de vie d’un verger, la perte de chiffre d’affaires représente l’équivalent de près de 3 récoltes pour un verger non irrigué comparé à un verger irrigué ». Un écart qui pourrait s’amplifier dans les années à venir… Le développement de la filière petits fruits serait lui aussi freiné. 47 ha n’auraient pas vu le jour et 80 ha supplémentaires sont actuellement conditionnés au déploiement de l’irrigation.

Quelle alternative ?
En Corrèze, il pleut de manière conséquente. « Plus de 6 milliards de m3 tombent chaque année sur le département. Cette eau alimente un chevelu de ruisselets, petits cours d’eau et deux rivières importantes, la Dordogne et la Vézère» rappelle l’étude. Mais toute cette eau ne profite guère aux corréziens qui ne disposent en période de sécheresse que de faibles capacités de stockage, qu’elles soient naturelles ou artificielles. «La richesse du réseau hydrographique superficiel témoigne de l’imperméabilité des formations géologiques en Corrèze. Ceci se traduit par l’absence presque totale de ressources en eau souterraines sur plus de 90% du territoire ». Ainsi, pour créer des réserves d’eau en dehors des nombreuses zones humides qui caractérisent le territoire corrézien, l’alternative consisterait à construire des bassines en dehors de ces mêmes zones humides (c’est-à-dire en haut des collines !), alimentées par le pompage des eaux de rivière ou d’eaux souterraines qui n’existent pas. Une aberration économique et probablement écologique. Le mardi 23 novembre prochain, l’organisation des Assises de l’eau en Corrèze organisées par la Préfecture, le Conseil départemental et l’Association des maires sera probablement l’occasion d’aborder la question. La profession agricole tentera d’y rappeler que le stockage de l’eau est une des solutions pour garantir la souveraineté alimentaire de notre pays et la pérennité de nos exploitations agricoles.

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