L'Union Paysanne 21 avril 2011 à 10h39 | Par SF

FDSEA - A nous de faire bouger les lignes… avec une offre moins atomisée

Il y a bien longtemps que la FDSEA de Corrèze n’avait pas accueilli un président de la FNSEA à l’occasion de son assemblée générale… qui plus est un céréalier.

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"S'inscrire durablement dans la croissance et non dans la décroissance durable."
"S'inscrire durablement dans la croissance et non dans la décroissance durable." - © DR

Xavier Beulin, bien qu’élu sur la liste des productions végétales, est le président de tous les agriculteurs. D’ailleurs, dès sa prise de fonction en décembre dernier, il indiquait que « l’actualité dans les domaines de l’élevage bovin et porcin (lui) imposait de se pencher sur leurs problématiques ». Positions qu’il a confirmées parmi les nombreuses questions débattues avec les agriculteurs corréziens.

Mais le moins que l’on puisse retenir est que l’homme, au ton calme et affirmé, est un économiste. Sans remettre en cause les revendications fondamentales dont fait preuve la FNSEA auprès de l’Etat, il ne sous-estime pas et tend plutôt à développer « la culture du bougez-vous ».

« Une partie des solutions à nos problèmes se trouve dans la capacité que nous aurons à nous organiser. Face à quatre centrales d’achats, nous opposons 150 organisations de producteurs et 1500 négociants en bestiaux. Mon travail est là ». Sûrement une des nombreuses raisons pour lesquelles il affirme que sous aucun prétexte il n’abandonnera son mandat à la présidence de Sofiprotéol, « organisation que nous avons bâti pour justement impliquer les producteurs, ici d’oléo-protéagineux, organiser et maitriser cet immense marché ».

 

 

La France a un problème de compétitivité

Xavier Beulin indique : « Si nous avons passé 40 ans à nous focaliser sur la Pac, nous devons maintenant dépenser notre énergie à revaloriser notre métier, ses produits et productions, avec pour finalité le prix ». Et de revenir sur la problématique de la viande bovine, « où nous devons obtenir les fameux 60 cts d’euro, en partie par la puissance publique que j’évalue à 30 cts (marché à l’export, etc.). Les autres 30 cts, c’est à nous d’aller les chercher en étant plus efficients, par la maîtrise des cotations, une organisation moins atomisée de l’offre, etc. ». Pour ce faire, en plein accord avec la FNB, il défend la mise en place du GIE export pour justement affronter d’un commun accord ces marchés. « Il est inadmissible qu’un opérateur présente une ou plusieurs offres de services toujours à la baisse ».

La France a un problème de compétitivité économique liée à un contexte économique, social et politique. Le coût du travail et des charges sur salaires sont un réel problème que des pays comme l’Allemagne ont su solutionner. « En dix ans, nous nous sommes fait damer le pion avec en France une baisse de production de 15 % en fruits et légumes, alors que ces mêmes productions augmentaient de 10 % outre Rhin. Analyse identique pour la production porcine et ses coûts d’abattage ». Que dire des normes européennes pour lesquelles, sans les remettre en cause, Xavier Beulin souhaite une convergence qui rendrait le marché un peu plus unique. Même si des efforts (500 millions d’euros) ont été réalisés sur les charges des travailleurs occasionnels, il en admet la reconnaissance, « ce travail doit aller plus loin notamment sur les emplois permanents ».

Point clé de la loi de modernisation et sur lequel il était sûrement le plus attendu de la part des producteurs d’animaux que nous sommes, Xavier Beulin déclare que pour la FNSEA ce n’est qu’un élément parmi tant d’autres et nullement une fin en soi.

« Quand les anglo-saxons ont une coop, en France nous en avons trois. Nous avons à nous organiser en inter filières végétale et animale, en bassins ». Et de prôner le concept du tunnel des prix, pour éviter leur trop forte variabilité. « Organiser l’économie de marché, c’est être coresponsable du devenir d’une filière, en remettant en cause les marchés à terme pour lesquels il faut une profonde réforme. Sécuriser les relations que nous pouvons avoir avec nos acheteurs est du ressort des interprofessions qui doivent être solides, ou nous discutons ensemble des indicateurs et indexations de prix. »

 

Entre herbe choisie et herbe subie

Mais, c’est sur la future Pac que le président a tracé les pistes de travail de la FNSEA. Dans un contexte économique plus que tendu, les pays, quels qu’ils soient, sont peu enclins à mettre la main au porte-monnaie. « De bénéficiaire, nous sommes aujourd’hui contributeur net ». Mais défendre le budget en l’état reste d’abord une priorité. Puis vient le contenu de cette future Pac et ses articulations induites. Deux axes semblent se dégager. Un verdissement inéluctable, qui sans le remettre fondamentalement en cause, nous, français, devons le timorer. Reste la question des marchés, la gestion des crises, les outils de régulation. Si l’intervention n’est plus dans l’air du temps, tout comme les références historiques de 1992, il faut engager les réflexions sur les adaptations possibles. Tout d’abord la FNSEA travaille sur la consolidation en matière de correction des handicaps « entre herbe subie et choisie », et le déplafonnement de la PHAE. Si la Pac de 2013 est sur la voie du découplage total, les États doivent envisager le recouplage au moins pour partie dans l’intérêt des territoires.

 

Les plus values énergétiques rentrent aussi dans la compétitivité

Très critique quant à la gestion du dossier photovoltaïque et du moratoire qui s’en est suivi, le président de la FNSEA revient sur ce dossier en indiquant qu’il est encore intéressant d’investir mais pas n’importe comment ; il est « toujours opposé à des investissements aux sols ». La méthanisation, aujourd’hui, est une opportunité à saisir. Quelles que soient les valorisations énergétiques, celles-ci offrent de la compétitivité ; et de citer l’exemple de l’Allemagne qui, sur un différentiel avec la France de 10 cts, 5 cts sont dus aux plus values dégagées par l’énergie.

Enfin c’est sur la question posée par le président des JA relative au nouveau gasoil que Xavier Beulin termine ses propos en rappelant que le nouveau fuel est la résultante d’une directive européenne qui vise à incorporer moins de soufre, d’où l’opportunité d’introduire des biocarburants. Quant à la question de revoir sa fiscalité, « restons sur ce point très prudents, car les gens que nous élisons au Parlement sont plus enclins à chercher des recettes que de nous ristourner de l’argent ».

Etude de l’impact des charges sur les exploitations corréziennes

Cette étude a été menée par la FDSEA, en prenant des exemples d’exploitations corréziennes dans différentes productions, en détaillant au maximum les charges. On constate que les charges augmentent et les postes qui montre l’augmentation la plus importante sont le carburant, les frais diverses de gestion, les engrais, les frais vétérinaires dû à la FCO, les aliments du bétail, avec un pic en 2008 dû à la flambée des prix des céréales et un manque de fourrages. De plus, les prix de vente des animaux n’augmentent pas, donc l’EBE baisse encore et toujours, jusqu’à quand ?

Les perspectives sont :

- Produire plus ou s’agrandir ? Cela remet en cause la productivité du travail (unité de production/UMO), qui atteint naturellement un effet de seuil (à 100 vêlages et 150 hectares).

- Augmenter les aides compensatoires ? Mais il y a des limites politiques et sociétales. De plus les agriculteurs ont de tous temps privilégiés des prix rémunérateurs !

- Indexer l’augmentation des matières premières ? Mais le consommateur va-t-il accepter cette augmentation ? Et il y a le problème de la compétitivité française.

- La contractualisation ? Peut-être un début de solution...

VM

 

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