L'Union Paysanne 02 mars 2012 à 09h13 | Par FDSEA 19

FDSEA - Quelle agriculture voulons-nous ?

L’assemblée générale du syndicat aura lieu vendredi prochain, le 9 mars. L’invité sera le président de la FRSEA d’Ile-de-France, Damien Greffin, qui a activement participé à initier l’opération paille entre la Corrèze et l’Essonne. Interview.

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L’érosion constante du nombre d’agriculteurs dans un contex-te de concurrence internationale impose une course effrénée vers l’agrandissement qui trouve parfois ses limites au sein des exploitations de type familial.

Damien Greffin, président de la FRSEA d’Ile de France, instigateur politique pour l’Essonne de «l’opération solidarité paille», nous fera découvrir les problématiques des agriculteurs d’Ile de France. A la lecture de l’interview qu’il a bien voulu accorder à l’Union paysanne, vous verrez qu’elles ne sont pas fondamentalement différentes de celles des corréziens. Au plus l’effet actuel de la conjoncture les rend moins douloureuses. Des handicaps, tout un chacun en a, reste à les atténuer, voire à les transformer en atouts. Du travail en perspective pour tous, que nous soyons essonniens ou corréziens.

 

Vous avez initié, entre autres, au moins sur le plan politique, la collaboration entre nos deux départements qui a amené l’opération «solidarité paille» avec l’Essonne. Pouvez-vous nous rappeler la genèse de cette action et quelles ont été les premières réactions de vos homologues essonniens face à un tel projet ?

Damien Greffin : «C’est lors d’un conseil fédéral de la FNSEA, au printemps 2011, que la situation dramatique des départements d’élevage a été présentée. Céréaliers, nous savions que la campagne à venir risquait d’être difficile, avec pour nous aussi les prémices d’un temps sec et d’une pluie qui n’arrivait pas.

Témoin de la demande de Tony Cornelissen, d’une d’interdiction de broyage de la paille lors de la moisson, il m’était difficile de ne pas réagir face à quelque chose d’inimaginable pour notre région. Si pour vous, l’utilisation de la paille est indispensable pour vos troupeaux, notamment en hiver, elle est pour nous un élément indispensable à la vie de notre terre, par l’apport de matière organique.

Il était donc incompréhensible que les préfets signent ce type d’arrêtés. Qu’en serait-il si l’administration intervenait arbitrairement dans la conduite de pratiques culturales ?

Alors grâce au réseau de la FNSEA, la seule solution pour répondre aux attentes de chacun était de se rencontrer pour voir ce qu’il était possible de faire ensemble.

C’est à ce moment que nous avons pris la décision de réaliser des opérations «paille».

Un peu refroidie par les expériences de 2003, notre FDSEA a décidé de prendre les choses en main et de confier à Patrick Theet, agriculteur en Essonne, le soin de réunir les céréaliers, les éleveurs de nos départements et les «pailleux».

Il a donc été décidé de cadrer au maximum les choses pour les céréaliers dans la demande faite de laisser leur paille, en fixant un prix, des conditions et des délais, tout cela encadré par un contrat, source de garantie pour les uns et d’assurance pour les autres.

Il restait à déterminer la répartition entre nos trois départements, prenant en compte les aspects logistiques.

Ce fut donc l’Essonne avec la Corrèze, du fait de nos premiers contacts pris en mai et d’une liaison ferroviaire, Etampes Brive. Les Yvelines et l’Est du Val d’Oise ont été rattachés avec la Haute-Vienne et le Calvados avec l’ouest du Val d’Oise.

Je tiens donc à féliciter votre président, Tony Cornelissen, car sur les différentes étapes de cette opération paille, nous avons été toujours les premiers, tant pour le lancement et pour le transport ferroviaire.

Enfin, sans l’engagement de chacun, céréaliers et éleveurs, jamais cette opération n’aurait pu être réussie, tant les difficultés ont été grandes, du fait d’un Etat frileux et d’une météo capricieuse.

 

Vous venez peut-être pour la première fois en Corrèze, que connaissez-vous de son agriculture ?

Je sais que votre département a toujours été mis en avant, notamment au niveau le plus haut de l’Etat. Pour vos spécificités, j’ai eu un premier aperçu par la description faite par le secrétaire général de la FDSEA.

Par contre, je pense qu’au-delà de la différence entre nos agricultures, nous avons des sujets communs sur lesquels notre combat syndical se rejoint. Il s’agit de l’environnement qui a pris dans nos exploitations une place qui aujourd’hui dépasse l’entendement. D’une gestion administrative, déjà largement combattue, nous sommes passés à une gestion «idéologique», voire anti-économique qui freine tout développement, mais surtout qui fait que nous ne sommes plus les décideurs sur nos exploitations.

 

Vous représentez la FRSEA de l’Ile-de-France à l’assemblée départementale de notre FDSEA, quel message voulez-vous faire passer aux agriculteurs corréziens ?

Avec les négociations sur la Pac 2014-2020, les cartes vont encore une fois être rebattues. Les derniers épisodes, dont celui du bilan de santé, ont vu l’affrontement entre le secteur des grandes cultures et celui de l’élevage. Comme pour le broyage de la paille, je pense que nous devons, entre nous, expliquer nos différences, plutôt que de laisser nos gouvernants prendre des décisions, où parfois la fibre électorale ou la démagogie font des caricatures de nos métiers.

Je prends par exemple le fait que votre département est classé pour ses deux tiers en zone de montagne. Vous devez faire face à des handicaps naturels, qui engendrent des spécificités pour votre agriculture.

Ceux d’entre vous qui sont venus chez nous ont pu constater que nous avons aussi des spécificités en matière de handicaps, qui n’étant pas naturels, ne sont pas reconnus. Pourtant, ils sont à l’origine de contraintes quotidiennes tant dans la circulation, qui nous oblige à avoir des outils repliables, que dans la cohabitation avec nos nombreux voisins citadins, avec lesquels nous devons sans cesse composer.

 

Il est évident que les deux types d’agriculture sont loin d’être comparables. Que vous inspire la nouvelle Pac vu du côté des grandes cultures et les traductions envisagées dans le monde de l’élevage en zones de handicaps naturels ?

J’hésite toujours à vouloir comparer les systèmes de production, tant l’approche doit être fine et complète pour vraiment pouvoir juger des différences. Ce que je défends, ce sont les terres d’Ile-de-France et ses paysans, qui y sont attachés depuis des générations. Sachez qu’en un demi siècle, nous avons perdu tous les outils de transformation de l’aval, presque toutes nos coopératives. Nous sommes devenus, pour la plupart, des «Scopeurs», avec l’appui de compensations qui ne représentent que les niveaux des minima en grandes cultures. Vous comprendrez alors, dès que des transferts s’opèrent, nous sommes immédiatement impactés.

Si nous pouvons comprendre votre combat pour certaines primes spécifiques, comme les PMTVA, nous défendons nous aussi notre minimum vital, n’étant pas reconnu au titre des zones à handicaps spécifiques.

 

Vous êtes à la commission syndicale de la FNSEA, pouvez-vous nous indiquer actuellement sur quoi porte vos réflexions ?

La commission syndicale de la FNSEA est le reflet des expressions de chaque région qui amène les sujets des préoccupations des agriculteurs. Actuellement, le dossier majeur est l’environnement, avec toutes ses déclinaisons. Mais, pour être franc, cela fait déjà six mois que j’ai informé des vives inquiétudes de notre profession sur ce sujet. Seul à ce moment, ce qui s’explique aussi par notre agriculture en zone périurbaine en prise directe avec la pression environnementale, de nombreuses régions sont aujourd’hui confrontées à cette problématique. Si aujourd’hui la FNSEA a pris à bras le corps le dossier, j’espère que nous pourrons aboutir à la délimitation d’une ligne rouge sur le sujet.

Enfin, la richesse de cette commission est d’avoir une photographie de la vie de tous les départements et permet de mieux cerner les points noirs pour chaque production.»

 

Le programme

 

9 h 30 : accueil des participants.

10 h : examen des comptes financiers et rapport du commissaire aux comptes.

10 h 30 : présentation du rapport d’activités (en vidéo).

11 h : présentation du rapport d’orientation : «Quelle agriculture voulons-nous en Corrèze ?». Par Michel Queille, secrétaire général et Daniel Couderc, secrétaire général adjoint.

11 h 40 : intervention de Mathieu Jimenez, président des JA.

11 h 50 : intervention de Pierre Chevalier, président de la Chambre d’agriculture.

13 h 45 : rappel du rapport d’activités (en vidéo) et synthèse du rapport d’orientation.

14 h : intervention de Tony Cornelissen, président de la FDSEA.

14 h 30 : opération paille, film de présentation puis interventions des Essonniens «l’opération paille vue côté céréaliers».

15 h : intervention de Damien Greffin, membre de la commission syndicale de la FNSEA et président de la FDSEA d’Ile de France.

15 h 30 : présentation des propositions de la commission projet Pac 2014/2020, avec Thierry Boulleau, ingénieur, animateur Copamac Sidam.

16 h 15 : intervention de François Hollande, président du Conseil général.

16 h 30 : intervention de Sophie Thibault, Préfet de la Corrèze.

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