L'Union Paysanne 12 janvier 2022 a 09h00 | Par YG

Influenza aviaire. Le Sud- Ouest « dos au mur »

Au 28 décembre, la France comptait 28 cas d’influenza aviaire, dont 15 dans le Sud-Ouest. La maladie progresse, sans devenir pour l’heure incontrôlable comme lors de l’épisode 2020-2021.

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Avec 23 cas confirmés en élevages au 28 décembre, l’épizootie d’influenza aviaire continue sa progression dans les élevages français. Sans atteindre – pour l’instant – la fulgurance de l’épisode 2020-2021, qui avait vu la situation devenir incontrôlable dans le Sud-Ouest en quelques semaines. « Au lieu d’exploser comme l’année dernière, ça se consume lentement, résume François Landais, vétérinaire et cogérant du cabinet Abiopôle, dans les Pyrénées-Atlantiques. Mais le scénario catastrophe que tout le monde craint, c’est que même avec plus de temps, le résultat final soit identique. »

Risque de propagation en « tache d’huile »

Après les premiers foyers dans le Nord fin novembre, plusieurs autres sont apparus dans le Gers, les Pyrénées-Atlantiques et les Landes. À Manciet, Came, et Hastingues, le même scénario s’est répété, raconte François Landais : « Après une introduction du virus et quelques foyers secondaires, à chaque fois, on a réussi à remettre le couvercle sur la marmite. » Si la propagation de la maladie semble relativement contenue, c’est grâce à deux facteurs, estime-t-il. Le premier : la mise à l’abri généralisée des animaux, sans dérogation, « rend la contamination de l’eau beaucoup moins probable », ce qui empêche la dissémination du virus. Deux : « La réactivité des éleveurs, des vétérinaires et des services de l’État pour euthanasier les lots avérés malades est infiniment plus rapide que l’année dernière », constate le praticien. Le niveau de risque a toutefois grimpé d’un cran avec les derniers clusters confirmés le 27 décembre à Malaussanne (Pyrénées-Atlantiques), Mant et Castelner (Landes). La forte densité d’animaux y rend possible une propagation « en tache d’huile, avec une maladie qui avance insidieusement, mais lentement ». Un scénario observé lorsdu précédent épisode. Au 28 décembre, « il ne semblerait pas que ça soit le chemin qui est pris », estime François Landais. Tout en restant extrêmement vigilant, car, comme l’année dernière, « il peut se passer un certain nombre de jours entre le moment où les canards sont contagieux et celui où ils montrent des signes de la maladie ». Par ailleurs, la souche du virus H5N1 de cet hiver semble provoquer « des symptômes moins marqués en intensité » que l’année dernière. Deux ingrédients qui rendent possible une diffusion de proximité et difficile à détecter.

 

Course de fond

Autre facteur d’inquiétude : la mise à l’abri « n’est pas infaillible », rappelle François Landais. Dans les six derniers foyers landais (à Mant et à Castelner), tous les canards étaient « à l’abri en intérieur depuis le début de leur élevage », note Marie-Hélène Cazaubon, présidente de la chambre d’agriculture des Landes, citée par l’AFP. C’était aussi le cas pour les élevages du Nord et du Gers. « Il y a beaucoup de virus dans l’environnement, constate François Landais. La moindre erreur de biosécurité peut avoir des conséquences dramatiques. » Éleveurs, vétérinaires et pouvoirs publics sont donc engagés dans une course de fond face au virus. Le tout dans une ambiance sur le terrain faite d’« un mélange d’anxiété générale et de grande détresse psychologique », décrit M. Landais. Et de citer le cas d’éleveurs n’ayant pas encore perçu les indemnisations de l’épisode 2020-2021 et déjà touchés à nouveau. Un dernier facteur déterminant pourrait faire pencher la balance du mauvais côté : « Il ne faudrait pas qu’une autre zone soit frappée en France, prévient François Landais. Sinon on toucherait vite les limites du système », notamment les ressources humaines du prestataire missionné pour euthanasier les animaux malades (GT Logistics). Conclusion de François Landais : « On est dos au mur. »

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