L'Union Paysanne 25 novembre 2011 à 11h08 | Par Section bovine 19

Info section bovine - Blocage de Charal : un an après, quel bilan ?

Un an après le coup de force des éleveurs, quels effets concrets se sont dégagés de l’action menée contre les sites du groupe Bigard ?

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FDSEA et JA pour une juste revalorisation des cours.
FDSEA et JA pour une juste revalorisation des cours. - © FDSEA 19

l y a un an tout juste, rappelez-vous l’action syndicale menée par la FDSEA et les JA de la Corrèze du 7 au 10 novembre à Egletons ; neuf au-tres sites du groupe Bigard étaient en parallèle bloqués sur le territoire national. Une action jamais menée jusqu'alors, exprimant l’exaspération des éleveurs dans un contexte de crise de revenu de très longue durée, mais exprimant aussi la nécessité de rééquilibrer le rapport de force économique face à un aval hyper-concentré.

Au terme de l’action, une «feuille de route» était établie par la FNSEA, les JA et la FNB. Quel bilan un an après ? Quels enseignements et quelles perspectives ?

 

Rappel du contexte et des objectifs de l’action de novembre 2010

Automne 2010 : les éleveurs de viande bovine subissent une grave crise de revenu depuis 2007, résultant de la flambée des coûts de production, avec l’explosion du prix de l’alimentation animale et des intrants. En parallèle, les prix des bovins payés aux éleveurs ne progressent pas, en raison de la pression de l’aval, avec le sentiment d’une chape de plomb qui pèse sur les éleveurs (pour les abatteurs «l’impossible» hausse des prix quelle que soit la conjoncture du marché). Tout cela sur fond de non transparence des prix : des cotations manipulées par l’aval, des classements de carcasse au gré de la situation de marché, des écarts inexpliqués des prix aux différents stades de la filière…

Les objectifs de l’action étaient de :

- faire reconnaitre, donc de médiatiser, la crise subie par le secteur viande bovine, ignoré alors par les pouvoirs publics et l’opinion, alors que les enjeux sont déterminants pour les consommateurs, pour l’emploi et les territoires,

- porter le besoin de compenser la hausse des coûts de production (calculée à +60 cts/kg carcasse en moyenne) par une progression du prix des animaux,

- obtenir une série de mesures permettant d’instaurer des relations plus équilibrées dans la filière, où les éleveurs ne soient pas la variable d’ajustement. Des mesures qui devaient aussi permettre de faire progresser les cours.

Dans le cadre des discussions tenues sous l’égide des pouvoirs publics et du ministre, l’interprofession a, sous la pression de l’action syndicale des éleveurs, établi une «feuille de route» définissant les priorités suivantes :

- transparence des transactions,

- refonte des cotations,

- renforcement de l’export,

- redynamisation de VBF,

- contractualisation.

 

L'indexation des prix, une voie pour demain !
L'indexation des prix, une voie pour demain ! - © FDSEA 19

Bilan, un an après

L’action de blocage de Bigard ne visait pas, bien qu’il y ait eu beaucoup d’incompréhension sur ce point, à fixer ou négocier un prix. Un accord de ce type aurait été illégal quel qu’en soit le cadre. La hausse des cours ne se décrète pas.

Pour la FNSEA, JA et la FNB, il s’agissait d’obtenir des orientations et mesures favorisant la transparence et un meilleur équilibre de marché, à même de générer une hausse des cours.

Sur ce plan, après une période de stagnation des cours, les éleveurs ont pu constater une nette progression, de + 65 à 70 cts par kg carcasse pour les bovins mâles et de +25 à 35 cts pour les bovins femelles. La situation de marché des bovins maigres bénéficie, elle également, de l’action engagée. (voir graphiques des cotations)

L’action engagée s’est donc traduite concrètement, et nous pouvons légitimement en mesurer les effets, cela même si les éleveurs confrontés à une trésorerie catastrophique espéraient une évolution plus rapide et bien qu’il reste encore à obtenir pour restaurer totalement l’équilibre économique des exploitations.

Des avancées de fond ont été réalisées ou sont engagées. La priorité du «levier export pays-tiers» a été validée et confortée, malgré les oppositions qu’elle a pu déclencher. Des oppositions qui ont d’ailleurs clairement mis en lumière la logique de bas prix de certaines entreprises. Les éleveurs doivent en être conscients au moment de la mise en marché de leurs animaux !

Les différents points de la «feuille de route»

Transparence

Obligation d’installation des machines à classer : le processus est en cours, avec réétalonnage réalisé des machines pour attester leur conformité. Et en juin 2012 au plus tard, tout doit être en place pour tous les abattoirs de plus de 3 000 tonnes.

Réforme du dispositif de cotations pour plus de fiabilité et une réelle représentativité des données de prix : les nouveaux textes réglementaires et les dispositions de contrôles des prix fournis par les abatteurs sont en phase de finalisation pour une mise en œuvre en début d’année.

Etude de la répartition des marges par l’Observatoire public des prix : sur ce volet, c’est encore «la bouteille à l’encre». Mais nous ne lâcherons pas. Les pouvoirs publics doivent expliquer et surveiller les écarts entre prix producteur et consommateur.

 

Export

Il a été créé la cellule interministérielle dédiée à l’export secteur bovin et le Groupement Export France (GEF) par l’interprofession pour appuyer et mutualiser cette stratégie de recherche de marchés export par les entreprises de l’aval (bovins vivants, viande, génétique).

La pertinence de cette priorité export se vérifie dans les chiffres du commerce extérieur France (pour la période connue à ce jour soit les huit premiers mois de 2011, et donc sans inclure encore les mois de septembre et octobre avec la demande en bovins finis) :

- exports en gros bovins finis : +16 %,

- export en viande bovine fraîche : + 20 %.

La FNB a agi sur ce volet export avec un travail au niveau des pouvoirs publics (ministère, DGAL) mais aussi sur le terrain pour favoriser la réalisation de ces nouveaux courants d’export qui se sont organisés à partir des entreprises et d’OP volontaires pour exploiter cette opportunité d’une meilleure valorisation des animaux et d’un développement de l’activité. Dans ce domaine export comme dans d’autres, la communication de l’information économique est essentielle. La profession s’est par conséquent attachée à faire connaitre aux éleveurs la réalité du marché et des niveaux de prix.

 

Mise en avant de la viande bovine française par la distribution

La grande distribution avait pris l’engagement d’une mise en avant de la viande française et de VBF. Cette mise en avant a coïncidé avec une baisse des importations constatée sur cette période. Sur les huit premiers mois de 2011, les importations de viande étrangère ont baissé de 11 %. Cette volonté de valoriser d’abord les viandes françaises doit toutefois toujours être constamment rappelée auprès de l’aval de la filière, et c’est l’une des actions des sections bovines.

Retour à la frontière du camion espagnol.
Retour à la frontière du camion espagnol. - © FDSEA 19

Contractualisation

L’élaboration d’un projet d’accord interprofessionnel pour lequel la FNSEA, JA et la FNB ont demandé la prise en compte des coûts de production est en cours. Les obstacles ont toutefois été nombreux entre l’opposition d’une part de l’aval (souhaitant uniquement les cotations de marché pour indicateurs) et les limites imposées par le droit de la concurrence, lequel ne permet pas de donner une orientation de prix ni d’indicateur unique national. Le projet d’accord interprofessionnel en circuit de signature depuis le 10 novembre dernier prévoit l’obligation de déterminer le prix contractualisé sur base de deux indicateurs conjoints, l’un de coût de production, l’autre de marché.

Faire entendre et faire respecter la situation des éleveurs

La défense du prix constituera un élément essentiel de la rentabilité des élevages à l’avenir. Mais elle exigera une mobilisation forte et permanente des éleveurs, dans un cadre collectif, pour assurer un rapport de force plus équitable avec l’aval. Les oppositions avec une part de l’aval de la filière, mises au grand jour concernant le dossier Export, ont été révélatrices des stratégies de certaines entreprises. Leur seule logique est celle du prix bas pour les éleveurs.

Il reste aussi beaucoup à faire, par exemple sur le dossier de la restauration collective. Mais aussi dans le domaine du regroupement de l’offre, en agissant pour une offre coordonnée des Organisations de Producteurs, à même de plus peser dans la négociation commerciale.

La coordination des éleveurs unis au sein du réseau syndical des FDSEA, la transparence de l’information économique, et la capacité à faire pression pour un juste retour par rapport au marché, sont des éléments déterminants.

L’action de novembre 2010, au-delà de ses effets concrets, est aussi le symbole de la volonté des éleveurs d’instaurer ce rapport de force et de ne pas rester la variable d’ajustement de la filière, y compris face au plus grand groupe qui domine près de 50 % de l’abattage-transformation. Il y a un temps pour la négociation et le partenariat notamment dans le cadre interprofessionnel. Mais il y a aussi un temps pour le «bras de fer», quand l’avenir des exploitations et de la production est en jeu, et que certaines entreprises s’enferrent dans une stratégie intenable pour les éleveurs et suicidaire pour le secteur.

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