L'Union Paysanne 29 juin 2012 à 10h13 | Par Guillaume Demichel

Installation - Un parcours motivé par la passion du métier

Guillaume Joie est un jeune agriculteur uzerchois. Il prépare son installation prévue à la fin de l’année.

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À 25 ans, Guillaume Joie s’installera en tant qu’agriculteur à la fin de l’année 2012.
À 25 ans, Guillaume Joie s’installera en tant qu’agriculteur à la fin de l’année 2012. - © Guillaume Demichel

Al’horizon, les contreforts de la perle du Limousin se devinent à peine derrière les pâturages. Nous sommes sur le plateau uzerchois, au lieu-dit La Borde, là où il y a plusieurs dizaines d’années, une famille a fait le choix de s’installer pour vivre de l’agriculture. Cinq générations plus tard, le paysage demeure inchangé, à l’image de la passion qui anime les hommes de la famille Joie, transmise de père en fils depuis lors. À 25 ans, Guillaume Joie est sur le point d’écrire une nouvelle page de cette saga familiale. Il prépare en effet son installation sur sa ferme natale en tant qu’agriculteur. «Le métier d’agriculteur a pour moi toujours été une évidence, je ne me voyais pas faire autre chose».

À l’adolescence, c’est naturellement qu’il décide de poursuivre ses études au lycée agricole de Naves. «J’ai passé un bac STAE et j’ai poursuivi par un BTS PA (production animale) dont je suis sorti en 2006». À l’époque, son père l’encourage à explorer d’autres horizons afin de se forger plusieurs expériences. Guillaume travaille ainsi pour une campagne de ramassage en Indre et intègre, par la suite, une entreprise locale spécialisée dans la nutrition animale où il restera pendant cinq ans. «C’est une expérience qui m’a appris l’ouverture. J’ai rencontré de nombreuses personnes et je me suis rendu compte qu’aucun éleveur ne travaillait comme un autre. On voit les différents systèmes d’exploitation et on voit aussi ce qui ne marche pas. C’est très enrichissant et formateur».

 

Le foncier et le capital en point de mire

Aujourd’hui, Guillaume Joie se sent prêt à prendre la relève de l’exploitation familiale. «Avec mon père, nous avons jugé que c’était le bon moment. Nous avons encore cinq ans à travailler ensemble pour que la transmission se fasse dans les meilleures conditions, pour lui comme pour moi». Cette dernière, réfléchie de longue date, étudiée dans les moindres détails, est un cap que Guillaume Joie attend avec presque autant d’impatience que d’appréhension. «Les transmissions hors cadre et dans le cadre familial ne sont pas toujours si éloignées l’une de l’autre. Même si le fait de se préparer en amont m’aide beaucoup, nous sommes souvent confrontés à des difficultés similaires lors de l’installation».

Parmi ces difficultés, la première qui ressort est le problème de l’accès au foncier. «Pour me structurer, j’aimerai pourvoir récupérer du terrain proche de l’exploi-

tation au dépend de terrains plus éloignés. Il y a de la concurrence entre les agriculteurs et les propriétaires ne jouent pas toujours le jeu». Vient ensuite le poids du capital à reprendre. «Même dans le cas d’une transmission familiale, une structure moyenne c’est environ 300.000 € de capital à reprendre. Ça pèse lourd sur le revenu d’un jeune qui s’installe. Et comme derrière, on n’a pas toujours la rentabilité au niveau de la production, ça nous laisse une marge de sécurité plutôt réduite. Personnellement, j’aurai besoin de bâtiments neufs pour pouvoir me structurer mais cela ne pourra pas se faire avant une quinzaine d’années».

Face à ces constats, Guillaume Joie n’a pas joué la carte de la fatalité et a décidé de rejoindre les Jeunes Agriculteurs de la Corrèze afin d’essayer de faire évoluer les choses. Il en est aujourd’hui le secrétaire général. «Nous travaillons chaque jour avec pour objectif de faciliter au maximum l’installation des jeunes. Nous traitons actuellement deux dossiers majeurs. L’un prévoit de faciliter la transmission avec une fiscalité avantageuse pour le cédant. L’autre a pour but d’essayer de chercher des financements extérieurs. Aujourd’hui les DJA et les prêts bonifiés ne correspondent plus à la réalité économique de la transmission, il faut raisonner à l’échelle nationale et chercher de nouveaux capitaux à mettre en commun pour aider à l’installation».

 

Garder du temps pour soi

Aujourd’hui, malgré un projet professionnel et un engagement syndical qui monopolisent une grande partie de son temps, Guillaume Joie n’oublie pas qu’il a seulement 25 ans. Il ne veut pas être ce cliché de l’agriculteur qui se consacre corps et âme à son exploitation, jusqu’à en oublier sa vie personnelle. «J’ai travaillé pendant 5 ans au contact des gens et j’ai remarqué que j’avais besoin de ça. Les gens qui respirent et qui avancent dans leur vie professionnelle sont ceux qui gardent une vie sociale à côté. Être agriculteur demande un engagement fort, de la disponibilité mais il n’y a pas que ça. Avant la vie privée était négligée mais c’est ce qui permet de durer dans le métier. Avec de l’organisation, je ferai en sorte de m’accorder du temps pour moi, sortir, voir mes amis et envisager plus tard une vie de famille, c’est primordial».

 

Info Plus

Chaque année, le département enregistre une centaine d’installations de jeunes agriculteurs. La moitié se fait par le biais des Jeunes Agriculteurs de la Corrèze.

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