L'Union Paysanne 16 avril 2010 à 11h06 | Par FDSEA

Intervention - Un autre chemin est possible !

Tony Cornelissen, président FDSEA.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Tony Cornelissen : "Seule une organisation de "fer" peut sauver prix et marchés".
Tony Cornelissen : "Seule une organisation de "fer" peut sauver prix et marchés". - © DR

«Encore une année noire. Nous ne parlons plus de revenus inférieurs au Smic, mais de RSA. On est maintenant à plus de la moitié des agriculteurs corréziens qui ont un revenu inférieur au Revenu de Solidarité Active.
D'où une forte déprime, par manque de lisibilité, perte de confiance en nos gouvernants, en nos responsables politiques, voire professionnels.
Ce profond malaise s'est exprimé dans toutes les réunions cantonales, avec le souhait du plus grand nombre, d'arrêter le métier le plus rapidement possible.
Point de saturation le poids des charges et des contraintes administratives. Charges improductives qui impactent le revenu. Rendues obligatoires par la loi ou par nécessité, elles sont très mal acceptées car considérés comme faisant vivre des structures, au détriment de leur propre revenu.
S'ajoute la pression des contraintes environnementales ou l'agriculteur a l'impression de ne plus être un libre entrepreneur. Il se sent accusé par le consommateur d'être un perpétuel pollueur alors qu'il est le seul vrai écologiste, qui respecte la nature et améliore ses pratiques, particulièrement en Corrèze.

Plan Sarkozy
La mobilisation syndicale a abouti à sa mise en place. Il a permis 2 000 € en moyenne d'allègement de dettes pour quelques 800 agriculteurs corréziens les plus endettés, et repris à des taux intéressants, les prêts de consolidation contractés en 2008. Vient s'ajouter une aide aux employeurs de main d'œuvre pour les productions fruitières, ainsi que le remboursement de la TIPP.

Bilan de santé de la Pac
C'est la victoire syndicale de l'année, réclamée depuis longtemps par la FRSEA Massif central, le «livre blanc», qui a permis grâce à la solidarité des agriculteurs, avec l'appui de la FNSEA, d'obtenir un rééquilibrage en faveur de l'herbe, ainsi que des soutiens aux productions, ovine, veaux de lait, lait de montagne, etc.... Le Conseil général, à notre demande, a mise en place une avance à la trésorerie destinée à anticiper les versements.

Taxe à la défriche
Il n'y a pas un seul dossier qui soit aussi caractéristique de l'idéologie environnementale complètement déconnectée de l'économie, du développement et va même à l'encontre de l'écologie. Il a fallu beaucoup d'énergie syndicale pour l'expliquer, en sachant que la procédure d'autorisation de défriche existait sans être contestée. Fort heureusement, notre Préfet a définitivement demandé la fin de cette taxe. Je m'en réjouis.

Captav
L'administration bien zélée a écrit une réglementation de transport des animaux complètement incompréhensible. Elle a laissé planer le doute, en répondant «que c'était «l'esprit» qui comptait. Nous, «l'esprit» on ne le connaît pas, les gendarmes encore moins. Il a fallu une intervention musclée pour que la DSV daigne envoyer une note claire et précise, qui évite que tout agriculteur qui transporte des animaux dans le cadre de son activité normale en soit dispensé.

Les circuits courts
La FDSEA a montré à de nombreuses occasions l'intérêt qu'elle porte à la mise en avant des produits locaux. Deux pistes sont en cours de préparation :
- La première vise à distribuer dans les GMS volontaires, les écoles et collectivités du steak haché surgelé de bovins corréziens, préparé par Charal.
- Une deuxième avec l'appui de la DDT, pour promotionner les porcs corréziens dans les GMS, en souhaitant que le prix payé aux producteurs tienne compte du coût rémunérateur nécessaire au maintien de l'activité.

Observatoire des prix et des marges
L'idée que la FDSEA avait eu, il y a quelques années déjà, de décomposer le prix final, a fait son chemin. Où passe la différence ?
Ça suffit d'observer, il faut agir. A quand le coefficient multiplicateur. La loi mettra-t-elle des outils pour répartir équitablement les marges ?

Contraintes environnementales (coûteuses)
Excédés par les contraintes environnementales qui s'accumulent, Il faut arrêter de nous présenter comme les éternels coupables, de nous prendre systématiquement pour des pollueurs...
Cours d'eau
Sur la définition des cours d'eau, je me félicite de l'acceptation de M le DDT d'avoir autorisé le trait plein nommé sur la carte IGN de l'année 2000.
Zones humides
Je pressens leur disparition totale en Corrèze, faute de mécanisation possible, vu leur très faible productivité, les agriculteurs vont les abandonner au détriment d'une végétation sauvage indésirable.
Sur les BCAE : prairies
Nous avons du mal à accepter le passage des PT5 en prairies permanentes. Il est dorénavant impossible à un agriculteur qui n'a que des PT5 de faire 1 seul hectare de céréales.

Photovoltaïque : Agri Energie 19
Je suis très inquiet de l'évolution du photovoltaïque « plein champ » dont on a complètement écarté le monde agricole. Nous continuons à demander qu'il soit interdit en Corrèze, surtout sur les terres agricoles, et celles qui auraient vocation à le devenir...

Dégâts de gibier
Les seuls (sangliers) qui ont le droit en toute impunité de retourner nos prairies...
Je souhaite une cohabitation pacifique avec les chasseurs. «Dans toutes les communes ils doivent respecter les bons usages, reboucher toutes les «mougées», fournir et poser des clôtures électriques autour des céréales et maïs...».

Vaccination
Je ne sais pas si la vaccination FCO a fait gagner de l'argent à l'agriculteur en protégeant son troupeau ou lui en a fait perdre ? Il faut que l'Etat arrive à prouver réellement l'utilité de la vaccination.
Nous demandons que le code rural soit modifié pour nous laisser la possibilité de vacciner le cheptel souche, ainsi que la pratique des soins vétérinaires courants.

 

 

 

Quel avenir, et comment ?

Face à tous ces constats, la FDSEA se veut être un syndicalisme responsable qui veut parler vrai, sans mentir, sans faire rêver les agriculteurs, mais bien défendre des projets réalistes, concevables avec le pouvoir politique, qui prend toujours les décisions finales avec (ou) sans l'écoute syndicale.

La FDSEA se doit de proposer et de construire
Avec la FRSEA et les JA Massif central, avec la FNSEA, ses sections spécialisées (FNB, FNPL, Porc, Fruits, etc...), nous devons impérativement aboutir à la solution qui n'est autre que :
1. Se (re)doter d'outils de régulation du marché en lieu et place des mécanismes que l'UE mettait auparavant à disposition.
2. Trouver les moyens pour que les soutiens, soient compensées par l'augmentation des prix des produits payés aux agriculteurs.
L'aval a déjà préparé cette grande révolution agricole d'après 2013 : elle s'est restructurée, a limité le nombre d'acheteurs pour prendre des positions de monopole et imposer ses conditions de prix qui laissent des marges confortables (GMS, Bigard, Lactalis, l'Européenne...).

S'organiser en filière ?
Il faut organiser un système qui garantisse un prix rémunérateur avec des volumes, une régularité, une programmation, une protection sanitaire et climatique.
Ceci oblige nécessairement une organisation forte de chacune des filières agricoles (viande, lait, ovins, porcs, céréales...). Le regroupement passera nécessairement par de la centralisation, par une rigueur, une discipline que les agriculteurs n'ont pas connu à ce jour.

Les engagements du Gouvernement...
Le gouvernement avec l'appui de l'Europe doit :
- valider le principe des accords de prix par filières, sans se faire contester la «sacro sainte» règle de concurrence (amende suite à la mise en place de la grille ESB).
- jouer son rôle d'arbitre et être garant d'une certaine moralité dans la répartition équitable des marges au sein de chacune des familles, tout en préservant l'intérêt des consommateurs.
- proposer des prix indicatifs les plus justes possibles à partir de curseurs liés à un «observatoire objectif».
Ce dispositif peut être utopiste, mais réalisable (il existe déjà, en tabac).

... et ceux de l'Europe
L'UE doit revenir à ses fondamentaux en appliquant le traité de Rome qui n'est autre que l'autonomie alimentaire. Si l'importation s'avère nécessaire, il faut remettre le principe d'une taxe carbone aux frontières pour compenser le coût environnemental, ou une taxe sociale (TVA sociale) pour la différence du coût de main d'œuvre avec les pays qui n'ont pas les mêmes règles que nous.

Donner du sens à notre métier, redonner de la dynamique, assurer un revenu décent pour les familles, tout cela pour une ruralité vivante, c'est possible !
Le pouvoir politique et européen peut nous y aider même sans moyen financier supplémentaire.
Reste la volonté politique, pour mettre en place cette «(r) évolution agricole » qui se profile.
Dans ces périodes difficiles, le syndicalisme est plus que jamais prêt à tenir sa place. Il entend bien s'engager dans le défit de l'après 2013. Il y a l'espoir : «le pire, n'est encore jamais arrivé !» La preuve nous avons obtenu le rééquilibrage en faveur de l'herbe.
L'homme, la politique, l'agriculteur, ont toujours eu les capacités à rebondir. Face au flou, à la concurrence entre nous, à l'individualisme, les pires maux qui nous gagne, avançons avec courage et lucidité, sans démagogie, traçons une piste un autre chemin.

 

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Union paysanne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui