L'Union Paysanne 24 octobre 2014 à 08h00 | Par Propos recueillis par Delphine Jeanne - Actuagri

Interview - «On n’est plus dans les problématiques techniques, on est dans une cause nationale»

Avant la journée de mobilisation nationale du 5 novembre initiée par la FNSEA et JA, Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA, revient sur les revendications portées par la profession, en particulier sur le focus en faveur des produits français dans la restauration collective.

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Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA.
Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA. - © Actuagri

Quelles sont les difficultés qui poussent le monde agricole à se mobiliser aujourd’hui ?

La crise s’est aggravée en particulier depuis le début de l’été, au niveau de la réglementation d’une part avec la question de l’épandage des phytosanitaires à moins de 200 mètres des habitations et maintenant la directive nitrates, les SIE, le compte pénibilité…. S’ajoutent d’autre part les difficultés de certaines filières et les conséquences de l’embargo russe. On sent une situation sur le terrain où les agriculteurs sont exaspérés par toujours plus de contraintes, et nos entreprises n’arrivent plus à prendre des marchés. C’est en partant de ce constat que nous avons décidé de mener une action autour de huit points durs. Notre détermination doit appeler le gouvernement à mettre en place un certain nombre de mesures qui ne coûtent pas d’argent mais redonnent de l’air au niveau de la réglementation.

 

Quelles sont vos revendications ?

Elles s’inscrivent dans la droite ligne de doléances présentées lors des Etats Généraux de l’agriculture qui ont eu lieu en février 2014. Elles sont exprimées dans les huit points durs présentés au Premier ministre, avec un engagement particulier au niveau de la restauration hors foyer. Par une enquête sur l’ensemble du territoire, nous voulons aller discuter avec les opérateurs, recueillir des éléments pour démontrer que même autour de chez nous, au niveau local, on mange de moins en moins français.

 

Ce focus sur la restauration collective est une nouveauté, quel message voulez-vous faire passer aux consommateurs et aux pouvoirs publics ?

C’est en effet un chantier que l’on ouvre avec les responsables agricoles, les opérateurs, faire comprendre aux élus qu’ils ne sont pas en phase avec les attentes du consommateur. Il faut que les responsables politiques comprennent que par leurs décisions, ils affaiblissent le secteur de la production. Aux consommateurs, le message est aussi de montrer que leur alimentation, c’est notre emploi, c’est leurs emplois. S’ils ne sont pas toujours au fait de la provenance de ce qu’ils trouvent dans leurs assiettes, les chiffres de notre enquête leur apporteront l’éclairage nécessaire. Ils permettront d’expliquer que les exigences environnementales ont un coût, que la traçabilité a un coût également. Ce que l’on veut, c’est une prise de conscience. Tous les élus disent «chez nous, c’est du local», ce n’est pas vrai !

Quelles sont les formes que prendra la mobilisation ?

Le travail d’enquête sera mené par des agriculteurs sur le terrain, dans chaque département, avec une grille de questions à faire remonter au réseau. C’est la première étape pour arriver à une lisibilité, une transparence. Si les cantines nous expliquent que, pour des raisons de prix, elles doivent faire leurs achats ailleurs, il faut que ce soit su, et que les gens se rendent compte que les entreprises françaises ne sont plus compétitives. Cela permettra d’appuyer la prise de conscience au niveau des responsables politiques.

 

Quelles sont les suites prévues, notamment sur les huit points durs présentés à Manuel Valls ?

Nous avons le 5 novembre une journée de mobilisation nationale, dans chaque département, pour demander des comptes sur le travail engagé avec le Premier ministre. L’enquête dans la restauration collective est le support de communication de notre action, pour donner une légitimité à nos revendications. On n’est plus dans les problématiques techniques, on est dans une cause nationale.

L’agriculture française a une réputation, et pourtant on la charge au point d’écarter des producteurs du métier.

 

Nos huit revendications

 

1. L’Union Européenne doit assurer la réparation économique des conséquences de l’embargo, et sur d’autres fonds que ceux de la Pac.

 

2. Deux plats sur trois d’origine française dans la RHF.

Et exiger des acteurs la promotion de l’origine France.

Les engagements pris par les GMS et l’Etat lors de la réunion du juillet présidée par Arnaud Montebourg doivent être honorés :

• privilégier la mise en avant des produits français par les enseignes,

• publier enfin les décrets de la «Loi Hamon» et concrétiser les contrôles et sanctions annoncés.

 

3. Non au péage de transit. Et refus de toute hausse de taxes : énergie, Phytosanitaires, eau.

 

4. Abandonner l’application du Compte pénibilité à l’agriculture.

Et alléger les normes et les charges qui pèsent sur le travail :

• Lever les contraintes qui empêchent l’apprentissage des mineurs.

• Maintenir les dispositifs existant d’exonérations de charges sociales sur les saisonniers.

• Baisser immédiatement le coût du travail par la suppression des cotisations «famille et maladie» compensée par une TVA sociale.

 

5. Versement anticipé des aides Pac au 16 octobre pour tous.

Et accompagner les trésoreries des exploitations :

• Augmenter les enveloppes de prise en charges des cotisations sociales et d’étalement sans pénalité des cotisations.

• Mettre en place une couverture assurantielle de base pour toutes les exploitations et toutes les productions.

• Disposer d’un dispositif d’épargne défiscalisée, la Déduction pour aléas, adapté à chaque entreprise, plus simple et plus souple dans son utilisation.

 

6. Non au blocage des dossiers installation à partir du 1er janvier 2015

• Refuser tout retard du ministère sur la parution des documents administratifs nécessaires au passage des dossiers en CDOA.

• En région, finaliser les PDRR avant le 31 décembre 2014 en concertation avec la profession et respecter les cahiers des charges nationaux (PAI, CEPPP, stage 21 h) et étudier l’ensemble des candidatures

• Maintenir les budgets qui permettent aux porteurs de projet de réaliser le dispositif d’accompagnement à l’installation (stages et formations PPP).

• Simplifier les transferts de DPB lors de l’installation d’un jeune entre le 15 mai 2014 et le 15 mai 2015.

 

7. 2015 : Une année blanche sur les contrôles Verdissement/Pac.

Et une application pragmatique de la Pac :

• Ne pas pénaliser les agriculteurs à cause du retard pris par l’administration sur les dispositions verdissement (pas de sanction pour non-respect de règles non connues lors des emblavements).

• Rendre les MAEC accessibles et applicables, en particulier en Zones intermédiaires et Polyculture-Elevage.

 

8. Non au zonage Directive Nitrates tel qu’il est annoncé.

Et du bon sens et des résultats en matière environnementale :

• l’Etat et les Régions doivent accompagner la mise aux normes avec un plan ambitieux de modernisation des élevages,

• Autoriser l’entretien efficace des cours d’eau,

• Réduire par deux les délais d’instruction et de recours sur les projets d’investissement (ICPE, méthanisation, stockage eau…),

• Ne pas appliquer de sanctions pour les porteurs de projet qui ne respecteraient pas leur PDE ou n’atteindraient pas le niveau de revenu minimum pour des raisons liées à la réglementation sur la Directive Nitrates,

• Une obligation de résultats pour les battues loups et sangliers.

 

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