L'Union Paysanne 26 juin 2015 à 08h00 | Par Actuagri

Le ministre ne rassure pas les Jeunes agriculteurs

Attendu de pied ferme par les Jeunes agriculteurs à leur congrès, le 18 juin, le ministre de l’Agriculture a pris le temps d’échanger sur leurs problèmes sans pour autant répondre concrètement à leurs préoccupations, comme le versement imminent de la DJA.

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La tribune lors de la présentation du rapport d''orientation.
La tribune lors de la présentation du rapport d''orientation. - © actuagri

Plutôt accueilli par des sifflets lors de ses déplacements aux assemblées générales et congrès du monde agricole ces derniers temps, le ministre de l’Agriculture a cette fois bénéficié d’un accueil en chanson avant son intervention au congrès de Jeunes agriculteurs (JA), le 18 juin au Mans. Accompagné de son accordéon sur l’air d’Hallelujah de Jeff Buckley, Florent Dornier, secrétaire général de JA, a interpellé le «porte-parole du Gouvernement» quant à son implication réelle en faveur de l’installation et de l’agriculture en général. L’accusation n’a pas manqué de faire réagir Stéphane Le Foll qui a rappelé que la veille, en dehors des 30 minutes de point presse consacré au conseil des ministres, «tout le reste de la journée a été consacré à la préparation de la table-ronde sur la viande bovine». Si cette dernière a d’ailleurs abouti à un accord - qualifié de «fragile» par le ministre lui-même, la vigilance reste de mise côté JA comme FNSEA tant que les cours ne seront pas remontés de manière significative. La crise des filières, en particulier bovine et porcine, fait partie des préoccupations des jeunes qui ne voient pas comment, sans un revenu décent, ils peuvent investir et se projeter dans l’avenir. Sur ce point, Stéphane Le Foll a rappelé son implication pour une meilleure valorisation de l’origine France, regrettant lui-même la trop faible utilisation du logo Viande française dans les grandes surfaces, et affirmant sa volonté de mettre en place, pour l’export, une plateforme de coordination facilitant la réponse aux appels d’offre.

Stéphane Le Foll est intervenu le dernier jour du congrès.
Stéphane Le Foll est intervenu le dernier jour du congrès. - © Actuagri

L’attente continue pour les DJA et les prêts bonifiés

Thomas Diemer, président de JA, demandait à ce que la Dotation jeune agriculteur (DJA) et les prêts bonifiés soient «débloqués immédiatement», dénonçant des «retards à l’allumage» suite à la mise en œuvre de la nouvelle Pac. Les DJA ne sont en effet toujours pas versées aux jeunes qui s’installent pour l’année 2015, et «six mois de manque de visibilité, ça handicape un parcours», a affirmé le président de JA. Stéphane Le Foll a eu beau promettre que les aides allaient être versées sous peu par les régions, puisque l’Etat fera l’avance de financement, et saluer l’intérêt des prêts bonifiés, Thomas Diemer reconnait «n’avoir rien appris de nouveau» de la part du ministre. «C’est un peu frustrant», a-t-il avoué. Interpellé de nombreuses fois sur versement des aides à l’installation, dans les discours et lors de la séance de questions réponses avec la salle, Stéphane Le Foll a néanmoins affirmé qu’il allait «faire passer le message au quotidien». Pour le moment, les aides seraient débloquées dans huit régions.

Exaspération réciproque

La frustration était d’ailleurs visible aussi du côté du ministre qui, s’il «mesure les difficultés actuelles sur les marchés» et n’imaginait pas «avoir des applaudissements et des hourras», n’a pas apprécié qu’on lui fasse endosser toutes les responsabilités, comme il l’a répété à plusieurs reprises, ni que l’on remette en cause son engagement auprès des agriculteurs. Sur les plans de développement rural des régions comme sur l’installation, «c’est la Commission qui signe», a-t-il rappelé. Le ministre ne peut pas non plus imposer ses décisions dans les relations commerciales, même si «je fais ce que je peux pour faire bouger les lignes», affirme-t-il.

Qualifié d’absent sur les sujets environnementaux, le ministre a également défendu des progrès. «Si vraiment, comme vous dites, il n’y a pas de ministre de l’Agriculture mais uniquement un ministère de l’Environnement, je me demande pourquoi vous m’invitez…», a-t-il demandé avec un agacement manifeste. Enfin, sur le sujet de la protection du foncier, objet du rapport d’orientation JA, il a également rappelé que «la loi d’avenir a un gros volet foncier» et que le sujet est donc loin d’être négligé. Reste comme toujours la question des délais de mise application de ces mesures qui est bien, au final, un des principaux reproches formulés par les jeunes agriculteurs.

La délégation du Limousin.
La délégation du Limousin. - © JA Limousin

JA Corrèze

Un congrès plein de surprises

 

Le congrès des Jeunes agriculteurs, organisé en collaboration entre les JA de la Sarthe et l’équipe nationale des JA, a permis un rassemblement de huit cents JA. Une vingtaine de JA du Limousin s’y sont rendus. Ils ont pu profiter de ce séjour pour faire connaissance avec leurs confrères des départements qui engloberont la prochaine grande région (Limousin, Poitou-Charentes, Aquitaine). Les JA de la Sarthe ont gâté leurs invités pour le repas de gala en les emmenant dîner sur le circuit des 24H du Mans.

Le thème du rapport d’orientation n’est pas sans rappeler celui de nos AG départementales 2013 et 2014 : le foncier, thématique importante aux yeux de JA.

 

Chrystelle Coudert, membre du bureau JA19, nous livre ses impressions pour son premier congrès.

 

Avoir rencontré les acteurs nationaux du réseau t'a-t-il permis de te rendre compte de l'étendue des liens du réseau ?

«L’implication de nos responsables nationaux permet de maintenir une pression auprès de notre ministère face aux difficultés que le monde agricole rencontre.

 

As-tu pris le temps de rencontrer les agriculteurs d'autres régions de France ?

Que ce soit à travers des moments festifs ou lors de nos échanges via le congrès, nous avons pu partager nos problématiques qui sont différentes d'une région à l’autre.

Lors de ce congrès, le constat était simple : le foncier agricole s’érode année après année au profit de l’urbanisation ou d’autres besoins. Les Jeunes agriculteurs ont échangé durant de longues heures sur la maîtrise du foncier et rapportent qu’il est temps de reprendre la main sur ce partage. C’est en cela qu’on peut voir que les jeunes sont force de proposition pour rénover les baux ruraux, la fiscalité foncière et plus largement tout ce qui touche au foncier. Malgré nos difficultés, les jeunes agriculteurs restent mobilisés, passionnés et se battent pour le renouvellement des générations, même si le moral est au plus bas.

 

Par rapport à la venue du ministre, que peux-tu nous dire ?

Thomas Diemer, notre président national a rappelé au ministre que le retard à l’allumage du nouveau dispositif de l’installation était inadmissible. Et que par conséquent, il était plus qu’urgent que les dotations jeunes agriculteurs et les prêts bonifiés soient débloqués immédiatement. Il faut mettre de l’essence dans le moteur de l’installation.

 

Reviendras-tu l'année prochaine ?

Bien évidemment car notre réseau est force de proposition. La terre ne nous appartient pas, elle appartient à nos enfants et c’est pour cela que nous devons nous battre pour eux.»

 

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