L'Union Paysanne 27 février 2015 à 08h00 | Par Richard Zizert

Le verger corrézien lutte pour retrouver sa compétitivité

La coopérative fruitière du Limousin SCA Perlim a tenu son assemblée générale le 18 février dernier à Objat. Le constat est sans appel : le verger corrézien semble peiner depuis l’année noire 2012 à retrouver sa place sur le marché.

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Les trois dernières années ont durement marqué la coopérative.
Les trois dernières années ont durement marqué la coopérative. - © Richard Zizert

La directrice du GIE Perlim, Christine Lachèze, a prévenu dès l’entame de son discours, «la récolte 2013, desservie par un printemps calamiteux et une cueillette tardive sous la pluie, s'est caractérisée par une forte proportion de fruits de deuxième choix. Elle a été difficile à travailler et à commercialiser». Un discours peu enclin à l’optimisme mais qui se veut réaliste sur la situation compliquée du marché.

 

Encore les conséquences de 2012

Il faut dire que depuis le gel de 2012, le verger corrézien semble peiner à redevenir compétitif. «Cette saison 2013 a confirmé que l'absence durant de longs mois auprès des clients est un handicap lourd. Leur reconquête est très laborieuse», a souligné la directrice. La saison 2013 a été caractérisée par une récolte tardive, verte et de petit calibre, qui n’aura pas permis de reconquérir les marchés perdus. «Notre marché est en attente de produits avec un bel aspect visuel, ce que nous n’avons pas été en mesure de fournir».

Mais la coopérative a également rencontré d’autres obstacles. La consommation des français a été en berne. Un déficit qui a entrainé une augmentation importante des stocks. «Au 1er juin 2014, les stocks européens étaient supérieurs de 26 % à ceux des récoltes précédentes, le dépassement était du même ordre pour les stocks nationaux».

Face au contexte difficile, la coopérative a fait des choix clairs, par exemple en établissant des consignes de cueillette.
Face au contexte difficile, la coopérative a fait des choix clairs, par exemple en établissant des consignes de cueillette. - © Richard Zizert

L’embargo russe, un nouveau coup sur la tête

Un contexte difficile qui s’est parachevé avec l’annonce de l’embargo russe pour une année sur les produits européens d’importation. Une annonce inquiétante pour Perlim dont la Russie était un client solide pour les petits calibres et deuxième choix. «Ce sont encore une fois les producteurs qui ont supporté les conséquences économiques. Le caractère immédiat de cet embargo a fortement perturbé la fin de la campagne de commercialisation nous obligeant à rapatrier les camions déjà embarqués au port d'Anvers et à retravailler un tonnage important qui attendait un départ prochain pour la Russie», a complété Christian Favart, président de la coopérative.

Des consignes de cueillette précises

Face à cette commercialisation problématique, la coopérative a fait des choix clairs pour la récolte 2014 et a établi des consignes de cueillette tranchées. «Nous avons donc décidé de cueillir à plus 70mm, à une date optimale pour aller chercher la couleur tout en évitant de rentrer des fruits destinés à l'industrie», a déclaré le président.

La coopérative a donc fait le choix de privilégier de gros calibres pour valoriser au maximum le produit. A ce stade, le pari semble gagné, comme l’a indiqué Christine Lachèze. «La récolte 2014 est de belle qualité. Elle présente une part importante de coloration blanche ou jaune. Sur le marché français, les ventes sont en progression nette comparativement à la dernière saison, confirmant l'importance d'une offre de belle qualité, gustative et visuelle».

Une pointe d’optimisme qui laisse présager une année meilleure et qui conduirait enfin à tourner la page des années noires. La coopérative a pris le parti pris de l’innovation avec l’arrivée de toutes nouvelles variétés (Golden Parsi, Evelina, Opal..) (voir encadré).

Christian Favart, président de la coopérative : «Notre région est fragilisée par son offre mono variétale. L'association des variétés Golden et Evelina va nous rendre plus forts et permettre d'organiser la rareté de deux produits d'exception».
Christian Favart, président de la coopérative : «Notre région est fragilisée par son offre mono variétale. L'association des variétés Golden et Evelina va nous rendre plus forts et permettre d'organiser la rareté de deux produits d'exception». - © Richard Zizert

Nouvelles variétés

Opal Bio, Evelina, Golden Parsi : Perlim innove

 

Evelina est la nouvelle pomme de Club en France. Elle est aussi l’un des nouveaux paris innovants de la coopérative. En effet, Perlim a signé un contrat d'exclusivité pour la production et la distribution de la pomme club Evelina. «Actuellement, les plantations représentent vingt hectares avec un objectif de cent cinquante hectares sur les dix prochaines années pour un potentiel de récolte de sept mille cinq cents tonnes. Le Limousin attend beaucoup de cette innovation, elle est nécessaire et contribuera à rééquilibrer notre offre de terroir avec une pomme jaune et une pomme rouge au croquant et aux saveurs pleinement exprimés sur nos plateaux», a annoncé Christian Favart.

Il a par ailleurs ajouté que «la Golden AOP du Limousin doit devenir un «club» et s'organiser comme tel. Il est préférable d'en produire moins et d'aller chercher les marchés les plus rémunérateurs. Productrice à 95 % de golden, notre région est fragilisée par son offre mono variétale. L'association Golden - Evelina va nous rendre plus forts et nous permettre d'organiser la rareté de deux produits d'exception grâce à des volumes maîtrisés dans un environnement pédoclimatique favorable».

Néanmoins, le risque est de rencontrer des obstacles semblables à ceux de la variété Opal. «La dynamique des plantations en bio, avec la variété Opal, s'est trouvée fortement ralentie suite à une mauvaise conservation. En effet, 30% du tonnage entreposé a développé une pourriture, provoquant une perte très importante et un mécontentement chez nos clients». Des problèmes qui ont été rectifiés. «Un apprentissage est nécessaire et un itinéraire technique reste à préciser. Cette année des ajustements ont été faits, la date de récolte a été affinée et la cueillette, servie par un temps sec, a favorisé la conservation. La commercialisation s'est bien déroulée et le résultat payé aux producteurs sera bon».

Affaire(s) à suivre.

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