L'Union Paysanne 09 février 2022 a 09h00 | Par La rédaction

LOUP.Les éleveurs claquent la porte

La cellule de veille n'a apporté aucune solution satisfaisante aux éleveurs. Le collectif affiche son opposition à la cohabitation, fil conducteur de la politique prônée par l'administration.

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Devant la Préfecture de Tulle, les responsables professionnels rapportent le refus du préfet coordinateur
de discuter des propositions faites par les éleveurs. Les 3 chambres d'agriculture du Limousin ont décidé depuis de porter la demande de classement en ZDP au Président de la République.
Devant la Préfecture de Tulle, les responsables professionnels rapportent le refus du préfet coordinateur de discuter des propositions faites par les éleveurs. Les 3 chambres d'agriculture du Limousin ont décidé depuis de porter la demande de classement en ZDP au Président de la République. - © up

Si l'implantation du loup en Corrèze menace l'économie agricole et touristique, rien n'est à craindre du côté de la technocratie. La cellule de veille loup, réunie mardi 25 janvier à Tulle, fut, en la matière, un cas d'école. Devant près de 50 participants - dont une petite poignée d'éleveurs - l'OFB, la DREAL, la DRAAF, le PNR..., toute l'administration s'est efforcée à expliquer la cohabitation de l'élevage et du loup était la voie à suivre.

Un numéro spécial de l'Union Paysanne ne suffirait pas à présenter la batterie de procédures administratives et de fiches disponibles en vue d'informer, d'organiser, d'évaluer, de constater, de surveiller..., mais certainement pas d'agir. De l'argent est également disponible ; des fonds issus pour l'essentiel de la PAC et du ministère de l'agriculture et qui ne seront donc pas injectés dans l'économie agricole. En résumé, il faut « adapter » l'éleveur au loup, et non l'inverse.

 

Pas de négociations

Jean-Paul Celet, Préfet référent du plan national loup, a refusé d'emblée les mesures demandées par la FDSEA et les JA et notamment la reconnaissance du Limousin en tant que zone difficilement protégeable. Ce statut peut s'appliquer là où la mise en oeuvre des mesures de protection présente des difficultés importantes. Elle permet des tirs létaux sans que ceux-ci ne soient conditionnés à la protection des troupeaux et des tirs de prélèvement, sans condition d'importance/récurrence des dommages. Désormais portée par un collectif, cette demande s'appuie pourtant sur une étude étayée commanditée par la Chambre d'agriculture et qui démontre clairement la non-compatibilité du loup et de l'élevage en Limousin, du fait de sa topographie et des pratiques d'élevage basées sur le pastoralisme.

 

« On vit aujourd'hui l'avenir même de notre élevage. L'Etat n'a aucun argument pour nous refuser ce statut et veut nous emmener sur des pistes qui n'apporteront aucune solution aux éleveurs. Ce que nous voulons, c'est la régulation maximum, l'indemnisation des éleveurs victimes et que l'Etat donne tous les moyens de protection aux éleveurs qui le demanderont » s'est exprimé le président de la Chambre d'agriculture Tony Cornelissen. Une position partagée par l'association des maires et par le Conseil départemental représenté par Hélène Rome, qui s'est indignée des propos du Préfet Celet : « Vous nous proposez des recettes qui, de l'autre côté du Rhône, ont déjà prouvé leur inefficacité ». Même tonalité encore du côté de la Fédération des chasseurs, qui demande « une réponse adaptée à notre territoire ».

Une réunion écourtée

Tandis que la profession réclamait des mesures fortes et l'obtention de tirs de prévention, le préfet Celet en est resté au stade de vouloir « prouver la présence du loup en Corrèze ». Même décalage du côté du Parc de Millevaches, tout fier d'annoncer le développement d'une appli pour aider l'éleveur à identifier le loup.

Face au refus de l'administration d'adopter des solutions concrètes et efficaces, les représentants de la FDSEA, des JA, de la Chambre d'agriculture, de la CGA, du Conseil départemental, de l'Association des maires et de la Fédération des chasseurs ont décidé de quitter la salle. Ils ont rejoint la cinquantaine d'éleveurs venus manifester leur inquiétude et qui attendaient, à l'extérieur de la Préfecture, les résultats de cette rencontre. Les organisations demandent la constitution d'une cellule d'accompagnement composée des acteurs concernés, sans la présence de ceux qui prônent la cohabitation.

Les classements en cercles

Selon un arrêté à venir, le département passe en cercle 3 et certaines communes en cercle 2. Ces cercles définissent les conditions d'accompagnement financier des moyens de protection. En cercle 1, l'achat des chiens et leur entretien sera finançable à 80 %. En cercle 2, s'ajoute l'éligibilité des clôtures et parcs électrifiés, toujours à 80 %. L'accompagnement technique en lien avec l'utilisation des chiens est finançable dans les 2 cas à 100 %. Une seule autorisation de tir de défense a été délivrée par la Préfète auprès d'un éleveur ayant déjà subit plusieurs attaques.

 

Communiqué de la Chambre d'agriculture

« Depuis l'arrivée du loup dans nos terroirs propices à son expansion massive, la Chambre d'agriculture est en contact quasi quotidien avec les services de la Préfecture et de la DDT. Les compensations maximales, les moyens de protection, les visites... n'ont heureusement pas attendu la cellule de veille pour être mis en place. Les cercles avaient déjà été discutés et définis préalablement. D'ailleurs une autorisation de tir de défense avait déjà été attribuée avant la réunion. La cellule de veille n'a aucun caractère décisionnel*, sauf en cas de réponses favorables du Préfet coordinateur qu'il n'a pas données.

La réunion a informé des dispositifs qui existent partout en France où la présence du loup est avérée.
Les tirs de prélèvements tels que prévus sont soumis à de très nombreuses contraintes préalables. Sur d'autres massifs, cela n'a pas empêché son développement. Sur notre territoire, alors qu'une étude scientifique démontre son incompatibilité, on le laissera pulluler de façon exponentielle. Toutes les mesures n'ont aucun effet sur la régulation souhaitée et notre volonté de contenir la population à minimum sans risque de faire disparaître l'élevage en plein air.

La Chambre d'agriculture, avec le collectif « l'élevage en plein air plutôt que le loup » souhaite continuer inlassablement de défendre le maintien de l'élevage, ceci en contact permanent et constructif avec l'administration départementale ».

* Un vote formel pour les demandes du collectif a été refusé. Il n'y a eu aucun vote.

 

Du matériel mis à disposition

Que les éleveurs se rassurent, du matériel de protection leur sera mis à disposition par la DTT. 7 filets, 13 clôtures, 3 postes et 18 foxlights sont ainsi disponibles. De quoi assurément dissuader le loup de s'installer en Corrèze.

 

Le loup n'est plus en voie de disparition, l'élevage si !

Le loup demeure une espèce protégée au travers de la Convention de Berne et de différentes directives. Mais avec plus de 15 000 individus recensés, l'Europe compte déjà une population plus importante que les Etats Unis, Alaska compris. De plus, des dérogations sont possibles à condition de justifier d'un intérêt à agir en vue de « prévenir les dommages importants à l'élevage » et « en l'absence de solutions satisfaisantes ».

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