L'Union Paysanne 21 novembre 2014 à 08h00 | Par Richard Zizert

Mangez français - Les Jeunes Agriculteurs passent à l’offensive

Une semaine après avoir tagué le parvis de la Préfecture et de la cité administrative, les Jeunes Agriculteurs se sont invités au restaurant de la Cité administrative de Tulle pour y contrôler l’origine des viandes.

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Les JA se sont rendus au restaurant de la cité administrative pour contrôler l'origine des viandes avant de se rendre à la rencontre de Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture.
Les JA se sont rendus au restaurant de la cité administrative pour contrôler l'origine des viandes avant de se rendre à la rencontre de Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture. - © Richard Zizert

zaine d’adhérents du syndicat des Jeunes Agriculteurs de Corrèze a procédé la semaine dernière à une inspection surprise dans les locaux du restaurant Eurest de la Cité Administrative de Tulle. Le but de l’opération ? Contrôler l’origine des viandes.

 

«Le ton va se durcir»

«Depuis plusieurs semaines, nous avons alerté le préfet concernant la problématique de l’origine des viandes consommées en restauration hors foyer en Corrèze. Aujourd’hui nous allons faire le point et vérifier si nos alertes ont été prises en compte. Si ce que nous y trouvons est contestable, comptez sur nous pour que le ton se durcisse et que la mobilisation et les contrôles s’intensifient», a alerté Jérôme Pascarel, le président des JA, juste avant l’action.

Accompagnée d’une horde de médias, la délégation JA a pénétré, sur les coups de 10 h 30, sans autorisation dans le restaurant de la Cité. Surpris et désarçonnés, les salariés et le gérant de

l’établissement, Denis Jaubert, se sont fait cueillir à froid. «Nous venons contrôler vos frigos et surtout voir si les produits que vous utilisez sont d’origine française !», attaque Jérôme Pascarel, «Vous ne pouvez pas pénétrer dans des locaux privés sans équipements sanitaires adaptés. Vous n’avez pas le droit d’être là», rappelle le gérant, «Vous refusez de nous montrer vos documents de traçabilité ? Très bien, mais sachez que nous reviendrons, et cette fois, nous serons deux cent et nous viderons vos frigos !».

- © Richard Zizert

Origine italienne, espagnole…

Face à tant d’abnégation et de détermination des JA, le gérant du restaurant a plié. Il a alors fourni les documents de traçabilité des viandes qui ont été scrupuleusement étudiés. Au final, le constat fut sans appel, au menu du jour, sur les trois morceaux de viande proposés, seul le porc est d’origine française. Les au-tres morceaux proviennent d’Italie ou d’Espagne. «Nous espérions être agréablement surpris et finalement, c’est encore une vraie désillusion. On nous promet de valoriser nos produits et rien n’est fait en réalité», assène Thibaut Noilhetas, le secrétaire général des JA.

«Je comprends votre incompréhension mais nous ne sommes malheureusement pas responsable des produits que nous utilisons. Prenez-vous en à nos supérieurs, au groupe Eurest, nous ne sommes pas les décisionnaires de cela ! J’aimerais pouvoir travailler avec des producteurs limousins… Le problème de la viande française, c’est son prix. Nous en proposons parfois mais nos clients ne la prennent pas forcément car ils la trouvent trop chers», se défend Denis Jaubert. Un sentiment partagé par ses employés.

 

Une tension palpable

Bien qu’entendus, ces arguments n’ont pas été acceptés par la délégation JA qui a demandé à emporter un carton de viande de steaks hachés d’origine italienne pour avoir une preuve pour la préfecture. «Le nombre de repas servis chaque année en restauration hors foyer est, en France, de plus de sept milliards. Notre problème aujourd’hui, c’est la part beaucoup trop importante des importations. Par exemple, pour la volaille, près de 90% est importée. C’est inadmissible, et je ne vous parle pas de nos contraintes de production bien plus handicapantes que celles de nos voisins européens !», rappelle Jé-rôme Pascarel. Et Thibaut Noilhetas de rajouter, «une exploita-

tion agricole corrézienne, c’est huit emplois induits directement. Je ne pense pas que notre département puisse se passer de son économie agricole».

La délégation JA s’est ensuite rendue à la Préfecture accompagnée de son carton de steaks hachés italiens. Ils ont été reçus par Magali Daverton, Secrétaire Générale de la Préfecture, qui a réaffirmé sa position de soutenir la production de viande corrézienne. Elle a assuré aux JA l’engagement de la préfecture à leurs côtés et a promis que des efforts seront faits. Il est fort à parier que si les paroles ne sont accompagnées d’actes, nous pouvons compter sur les JA pour durcir de nouveau le ton. «Mangez bien, mangez corrézien !».

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