L'Union Paysanne 14 novembre 2014 à 08h00 | Par Richard Zizert

Mobilisation nationale du 5 novembre : un vrai succès

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La veille de la manifestation, les JA de Corrèze avaient tagué des messages évocateurs sur le parvis de la préfecture et de la cité administrative.
La veille de la manifestation, les JA de Corrèze avaient tagué des messages évocateurs sur le parvis de la préfecture et de la cité administrative. - © Richard Zizert

Ainsi, ce sont 36 500 agriculteurs qui ont mené des opérations allant de rassemblements syndicaux devant des bâtiments administratifs à la distribution de produits en passant par des défilés de tracteurs. La mobilisation a été particulièrement forte dans certaines grandes villes : 500 agriculteurs à Dijon, 1000 à Valence, 2000 à Pau, ou encore 5000 à Toulouse où les tensions liées à la polémique autour de Sivens pouvait faire redouter des débordements. En dépit d’incidents isolés, la mobilisation nationale s’est déroulée dans le calme : «la violence n’est pas notre mode d’action», ont rappelé la FNSEA et JA dans un communiqué publié à la fin de la journée. Les agriculteurs tenaient à sensibiliser les autorités et le grand public au mal-être croissant qui envahit la profession, résultat de difficultés économiques (embargo russe, distorsion de concurrence), d’un empilement de contraintes dé-connectées des réalités du terrain comme la directive nitrates, et qui rendent difficile la visibilité quant à l’avenir de la profession. Les actions menées sur le territoire étaient diverses : défilés de tracteurs, tas de fumiers, barrages filtrants… Un contrôle de l’origine des produits livrés aux cantines du ministère de l’Economie a également été effectué par JA, mettant en évidence un nombre conséquent de produits importés. Des dons de produits alimentaires ont également eu lieu comme à Paris où les agriculteurs d’Ile-de-France distribuaient oignons et pommes de terre en dénonçant le prix payé aux producteurs pour un kilo de pommes de terre, quatre centimes d’euro, mis en parallèle avec celui affiché dans la grande distribution (80 centimes).

Plus de 150 manifestations ont eu lieu depuis deux mois avec aujourd’hui une démonstration forte de notre détermination. «Nous ne faiblirons pas car attaqués, contrôlés et scrutés, nous voulons juste produire, produire pour les consommateurs, produire pour la France».

Toute cette mobilisation a été porteuse de résultats puisque le Premier Ministre, rencontré le 7 octobre dernier s’était engagé à mobiliser les ministres concernés.

La mobilisation des agriculteurs s’inscrivait dans une revendication initiée il y a plusieurs mois et demandant au gouvernement des solutions à huit points indispensables pour redonner de l’air à la profession. Le Premier ministre Manuel Valls s’est exprimé l’après-midi : «les agriculteurs traversent des difficultés, nous en avons tous pleinement conscience», a-t-il reconnu, évoquant la crise «économique, sociale mais aussi morale» que traverse la profession. Le Premier ministre a par ailleurs annoncé la mise en place d’une mission pour simplifier les contrôles souvent mal vécus par les agriculteurs. Sur les autres revendications portées par les présidents de la FNSEA et de JA auprès Manuel Valls début octobre, deux ont

d’ores et déjà été satisfaites : le péage de transit n’est plus d’actualité, et le versement anticipé des aides PAC a été effectif au 16 octobre.

La FNSEA et JA se félicitent donc de cette mobilisation «porteuse de résultats» qui a «conduit le gouvernement à apporter des réponses concrètes à cinq de nos revendications». Les deux syndicats restent néanmoins vigilants pour la suite : «nous ne faiblirons pas car attaqués, contrôlés et scrutés, nous voulons juste produire, produire pour les consommateurs, produire pour la France», rappelle leur communiqué. Une mission pour simplifier les contrôles dans les exploitations agricoles Manuel Valls a annoncé le 5 novembre la mise en place d’une mission sur les contrôles dans les exploitations agricoles. Cette équipe sera composée de Frédérique Massat, députée de l’Ariège, Jean-Paul Bastian, agriculteur et président de la Chambre d’Agriculture d’Alsace, et de Simone Saillant, directrice départementale des territoires du Loiret. Stéphane Le Foll a salué la création de cette mission qui devra dresser un état des lieux des contrôles en exploitation agricole, identifier les bonnes pratiques et proposer des pistes d’amélioration pour une plus grande acceptabilité de ces contrôles par les agriculteurs. Le ministère de l’Agriculture précise qu’un guide des contrôles sera élaboré en collaboration avec les professionnels.

Editorial Dominique Barrau et Florent Dornier, secrétaires généraux de la FNSEA et de Jeunes Agriculteurs

« Déterminés !»


Le monde agricole traverse une zone de turbulence forte se traduisant pour les femmes et les hommes qui le composent par une crise morale et sociale au-delà des difficultés économiques. Tous ceux qui ne l’avaient pas encore compris ont pu s’en rendre compte mercredi dernier.La FNSEA et les JA, du local au national, portent depuis des mois ce message d’urgence auprès de tous les décideurs. Nous poursuivons sans relâche notre objectif de trouver des solutions concrètes à cette situation. Notre responsabilité de syndicalistes c’est aussi de permettre la négociation, d’organiser la contestation, de montrer la colère quand elle n’est pas entendue ; mais une colère digne.Grâce à cette mobilisation forte et déterminée sur la durée avec son point d’orgue mercredi et ses 40 000 agriculteurs, ce qui n’était pas possible le devient. Le nouveau zonage de la directive Nitrates va bouger, l’écotaxe a été supprimée, les sanctions contre les pratiques abusives des GMS sont renforcées, le versement anticipé des aides PAC a fonctionné, l’Etat reconnaît l’urgence de traiter la question des contrôles en agriculture de manière plus simple et coordonnée,le ministère de l’Agriculture va diffuser un guide pour promouvoir l’origine France dans les marchés publics de la restauration collective et il confirme qu’aucun frein administratif n’empêchera les installations au 1er janvier 2015.Sur ces sujets, nous avons eu de vraies victoires syndicales. Pour autant, nous continuerons à travailler avec vigilance, avec fermeté et sans concession pour atteindre nos objectifs et faire bouger les lignes : auprès de l’état sur les questions environnementales, d’emploi, sur les contrôles ; auprès des Conseils régionaux sur la mise en œuvre des mesures agroenvironnementales, sur les plans de modernisation de l’agriculture. Il nous faut amener du bon sens et de la cohérence dans la réglementation. Il nous faut faire comprendre que nous sommes des professionnels, que nos produits ont un prix. Nous voulons produire français pour manger français. Au-delà du slogan, cela doitse traduire en actes : nous restons déterminés.

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