L'Union Paysanne 02 novembre 2020 à 16h00 | Par La rédaction

NOIX. Les rendements en chute libre en Corrèze

Ni la quantité ni la qualité ne semble être au rendez-vous de la campagne nucicole. En cause, une succession d’aléas climatiques qui plaide en faveur du développement de la réserve en eau pour sauvegarder la filière.

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Alain Soulié, producteur de noix à Altillac et président du Syndicat de la noix fraîche
Alain Soulié, producteur de noix à Altillac et président du Syndicat de la noix fraîche - © UP

2020 sera définitivement une année sombre pour la majorité des agriculteurs corréziens. Après les prairies, les cultures fourragères ou les pommiers, c’est au tour des noyers de subir les conséquences du dérèglement climatique. Tandis que la récolte touche à sa fin, les craintes des nuciculteurs corréziens et du Périgord en général se confirment. Dans l’attente de statistiques officielles, ces derniers font le constat malheureux de pertes de rendement de l’ordre de 50 à 70% par rapport à une année normale.
«Le début de saison avait bien commencé avec beaucoup de naissances. Mais de nombreux fruits
ne se sont pas formés à cause des chocs thermiques du printemps. Puis vint l’été, au cours duquel les températures caniculaires et la sécheresse ont brûlé les noix, entrainant un brunissement des
cerneaux. En plus des pertes de production, nous nous retrouvons donc avec un produit moins présentable sur le marché» explique Alain Soulié, producteur de noix à Altillac et président du Syndicat de la noix fraîche.
En 2019, c’était l’autre grand bassin de production, situé en Rhône Alpes (Isère notamment) qui
avait subi d’importants dégâts conséquemment à un effet combiné d’aléas climatiques (tempête,
sécheresse et neige lourde précoce).

50 à 70 % de pertes de rendement.
50 à 70 % de pertes de rendement. - © UP

UN CONTEXTE FORTEMENT CONCURRENTIEL
Cette crise est d’autant plus regrettable que la filière française est déjà fragilisée par la forte
concurrence exercée par le Chili et les Etats-Unis, 2 grands pays producteurs. Dans notre région, les pertes de chiffre d’affaires pourraient, dans bien des cas, être supérieures à 3.000 € par ha.
Il faut donc limiter la casse. «Nous espérons, au minium, le maintien des prix par rapport à l’an dernier» demande Alain Soulié. Plus que jamais, pour ne pas perdre ses marchés, la filière devra communiquer sur l’image de la noix du Périgord, grâce notamment à l’AOC obtenue en 2002, mais aussi l’image de la noix de France en général.

UN DÉVELOPPEMENT NÉCESSAIRE DE L’IRRIGATION
Pour assurer la pérennité de la production, Alain Soulié place ses espoirs dans le développement
de l’irrigation via l’aménagement d’un maximum de retenues collinaires. «Cela devient incontournable mais ce sont des investissements lourds, et le retour sur investissement est très long. Les variétés traditionnelles par exemple produisent à partir de 8 ans et les arbres doivent être renouvelés au bout de 25 ans. Cela nécessite donc un accompagnement financier de la part des pouvoirs publics». Mais devant la pression exercée par les mouvements extrémistes opposés par nature à tout projet d’irrigation, les décideurs ont parfois tendance à reculer. A cela s’ajoute la lourdeur administrative des procédures, à même de décourager les personnes les plus entreprenantes et d’entretenir les défiances d’un public mal informé.

Après l’Isère, c’est au tour du bassin du Périgord de vivre une mauvaise année.
Après l’Isère, c’est au tour du bassin du Périgord de vivre une mauvaise année. - © UP

UN EXEMPLE DE PLUS…
La crise nucicole qui s’annonce renforce l’urgence de l’appel lancé par la FDSEA et les JA auprès de la nouvelle Préfète de Corrèze. Toutes les filières et tous les modes de production sont désormais impactés par le changement climatique. Il devient donc urgent que l’Etat s’engage aux
côtés du monde agricole en faveur d’une politique audacieuse du stockage de l’eau ; sans craindre
de se confronter aux contestations parfois violentes des mouvements écologistes, qui privilégient
manifestement l’importation aux solutions qui permettront de maintenir la production
locale. L’organisation prochaine des Assises de l’eau en Corrèze, annoncée pour le 19 novembre par la Préfète lors de la session de la Chambre d’agriculture, sera peut-être l’occasion pour les uns et les autres d’afficher leurs ambitions.

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