L'Union Paysanne 27 septembre 2013 à 00h00 | Par Sophie Giraud-Chatenet

Politique agricole commune - Pour que l’appel de Tulle résonne jusqu’à l’Elysée

A l’unisson éleveurs et élus du grand Massif central ont plaidé, vendredi dernier à Tulle, pour une Pac plus juste et légitime qui passe en priorité par une forte revalorisation des Ichn.

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Sur l’exploitation du Gaec de la Maisonneuve à Naves, autour de Dominique Barrau (secrétaire général de la Fnsea), les représentants de la profession ont débriefé des débats du matin.
Sur l’exploitation du Gaec de la Maisonneuve à Naves, autour de Dominique Barrau (secrétaire général de la Fnsea), les représentants de la profession ont débriefé des débats du matin. - © Union Paysanne

Il y avait quelque chose de solennel, vendredi dernier, dans la salle de l’Auzelou à Tulle en Corrèze. Evidemment, le lieu avait été choisi à dessein. Au cœur du port d’attache électoral de l’actuel Président de la République, les responsables agricoles du Massif central sont venus exposer clairement leurs revendications sur la Politique agricole commune. Devant eux, pas moins de 350 agriculteurs venus de dix-sept départements des régions Auvergne, Limousin, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes, Bourgogne et un parterre d’élus, députés, sénateurs, représentants des Conseils généraux et régionaux, de l’association des élus de la montagne, des maires de France…

Chacun dans son intervention a évité l’écueil de l’excès de techniques ramenant le débat autour de la tactique menant vers un but principal : la réhabilitation conséquente des indemnités compensatoires des handicaps naturels.

«Le Président de la République a obtenu des résultats dans le cadre de la négociation européenne sur la Pac pour 2014-2020. Désormais, il s’agit au niveau français d’activer les possibilités offertes en opérant une augmentation forte des Ichn», a insisté Jacques Chazalet, président de la Frsea Massif central. L’enjeu est énorme, car il permettrait de ramener en moyenne sur les exploitations entre 10 et 15 000 euros.

Une somme conséquente mais nécessaire pour maintenir l’activité agricole sur les territoires difficiles, comme l’a rappelé Yannick Fialip, président de la Fdsea de Haute-Loire : «Notre combat est juste. Nous sommes des agriculteurs qui travaillons, qui fournissons des produits de qualité, qui occupons des territoires difficiles. Nous travaillons et nous voulons être rémunérer à hauteur».

Ce n’est pas l’aumône

Mais attention, les accusations d’assistanat, les responsables professionnels les rejettent en bloc :

«La compensation des handicaps n’est pas là pour nous permettre de marcher avec une béquille, mais bien pour que nous puissions rester dans l’économie», a expliqué Daniel Couderc, président de la Fdsea de Corrèze. Laurent Du-plomb, président de la chambre d’agriculture de Haute-Loire s’est voulu encore plus percutant : «Ici, la moyenne des revenus est entre 10 000 et 15 000 euros. Les agriculteurs qui touchent entre 60 000 et 75 000 euros ne sont pas dans cette salle. Nous voulons continuer demain à être fier d’être paysan. De l’argent supplémentaire, nous en avons besoin, ce n’est pas pour partir en vacances mais pour continuer à travailler sur nos exploitations».

Message reçu cinq sur cinq par les élus, qui comptent bien à l’instar d’Alain Calmette, député du Cantal, «participer au lobbying en se rassemblant sans distinction politique autour de l’objectif du rééquilibrage des aides».

Pousser et peser, voilà bien désormais l’objectif. «François Hollande devrait faire preuve du même courage politique que Michel Barnier, avait eu en son temps pour obtenir des mesures favorables à l’élevage», a souligné Michèle Boudoin, secrétaire générale de la Fédération nationale ovine. Quitte à ne pas satisfaire tout le monde.

Courage

«Sans l’appui de la profession, les élus ne peuvent pas tout», a insisté Renée Nicoux, sénatrice de la Creuse, saluant « le courage dont on fait preuve, les responsables professionnels du Massif central prenant une position forte les amenant à se démarquer de leur structure syndicale national». Car à la Fnsea, il y a évidemment débat.

A Tulle, en toute franchise et avec beaucoup d’objectivité, l’aveyronnais, Dominique Barrau, secrétaire général de la Fnsea a évoqué les divergences entre régions, entre productions…

D’où l’intérêt, selon lui, d’être nombreux, professionnels et élus à défendre la position du Massif central, qui selon Michel Vergnier, député de la Creuse, commence à faire son chemin : «Je crois, je sens, j’ai envie qu’on vous annonce des choses qui reconnaissent le travail que vous faites». Les yeux désormais rivés sur le prochain Sommet de l’élevage qui ouvrira ses portes dans quelques jours, les syndicalistes auront en tout cas tout mis en œuvre pour que le Président de la République, dont la visite est prévue pour le mercredi 2 octobre, leur livre plus qu’un message d’espoir. Une certaine idée de la France…riche de sa campagne économiquement et socialement vivante.

- © Union Paysanne

Trois questions à Daniel Couderc, Président de la FDSEA de la Corrèze

 

Qu’attendez-vous de l’«Appel de Tulle» ?

Nous devons nous faire entendre et surtout nous faire comprendre. Il était opportun de réunir, dans le bon timing, les députés, les sénateurs, les président des conseils généraux avec les représentants professionnels de plus de 20 départements du grand Massif-Central et leur faire prendre conscience des enjeux que représente cette future Pac. Chacun d’entre eux doit porter la bonne parole dans les plus hautes instances décisionnaires et surtout jusqu’à l’Elysée.

 

C’est un travail de sape ?

Bien au contraire, nous voulons construire et défendre ensemble une Pac cohérente et favorable à nos territoires. Dans ces derniers mois, nous nous sommes entretenus avec un maximum de personnalités politiques et autres conseillers pour défendre nos positions professionnelles. Il y a toujours une réforme agricole en cours, c’est le quotidien de la Fdsea que de faire pression auprès des élus et représentants de l’état.

 

ICHN, mesure phare de cette réforme ?

Ce ne sont pas les aides de la Pac qui solutionneront tous les problèmes de notre agriculture, mais produire dans nos zones coute plus chère qu’ailleurs. Alors pour une Pac juste et une redistribution équitable, l’exécutif doit prendre son courage à deux mains et orienter les aides en faveur de nos zones de production. Aujourd’hui, l’Europe nous permet de réévaluer de manière conséquente l’Ichn, c’est «LA» mesure qui peut aider ceux qui en ont besoin.

Propos recueillis par Vincent Soleilhet

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