L'Union Paysanne 14 juin 2013 à 08h00 | Par Sophie Giraud-Chatenet avec Thierry Boulleau

Politique agricole et commune - Les sept priorités du Massif central pour faire bouger les lignes

Près de 150 responsables agricoles venus du Massif central se sont réunis, vendredi dernier, à Lempdes, dans le Puy-de-Dôme, pour définir les positions de cette grande région agricole sur la réforme de la Pac.

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Rassemblement des professionnels agricoles, vendredi dernier, à VétagroSup, à Lempdes
Rassemblement des professionnels agricoles, vendredi dernier, à VétagroSup, à Lempdes - © Sophie Giraud-Chatenet

A l’invitation de Jacques Chazalet, président de la FRSEA Massif central, de Patrick Escure, président de la FRSEA Auvergne, de Jérémy Leroy, président des JA Auvergne et de Dominique Barrau, président du Sidam, 150 responsables agricoles représentant les FDSEA, les jeunes agriculteurs et les chambres d’agriculture se sont réunis pour discuter de la réforme de la Pac, actuellement en cours de discussion au niveau européen.

Cette matinée studieuse a fait la part belle au débat duquel ont émergé de grandes orientations stratégiques.

 

La balle dans le camp du ministre

Le premier objectif est de continuer à défendre une agriculture professionnelle de production et, en particulier, l’élevage, caractéristique de l’activité agricole du Massif central. Pour cela des outils existent dans les propositions qui sont discutées actuellement sur la scène européenne. «A Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture de les améliorer puis de choisir de les mettre en œuvre», rappellent dans un communiqué les professionnels.

Le projet agricole qu’ils défendent, tourné vers l’économie, l’emploi et les territoires, implique de disposer d’une Pac plus juste, plus équitable et plus efficace. A ce titre, le Massif central défend sept orientations. Premièrement, un couplage optimum des aides pour les productions les plus fragiles, y compris pour le porc de montagne qui jusqu’à présent ne bénéficiait pas d’une telle mesure.

Impact économique réel

«Il ne s’agit pas d’aller chercher des aides pour des aides, mais bel et bien de soutenir des productions menacées qui ont un réel impact économique sur les territoires, en terme de revenu, de créations d’emplois, de dynamique», a expliqué Michel Lacoste, producteur de lait dans le Cantal, citant le cas de la production porcine : «il faudrait peu de moyens pour soutenir les éleveurs, et pourtant ce soutien aurait un effet levier indéniable sur l’économie de tout le territoire». Deuxièmement, le Massif central plaide en faveur du doublement du budget alloué à la compensation des handicaps naturels dans le second pilier. «C’est possible à Bruxelles, il suffit que Paris en ait la volonté», a insisté Jacques Chazalet.

 

Compensation des handicaps

Sur cette question de la compensation des handicaps matérialisés par les ICHN, tous les éleveurs restent fortement mobilisés, ceux des zones défavorisées en particulier. Eleveur en Saône-et-Loire, Christian Bajard a fait ses comptes, la réforme du zonage «zones défavorisées et piémont», pourrait l’amputer de 3 500 euros : «Quand on regarde les critères socio-économiques, les soutiens restent légitimes». C’est la raison pour laquelle, soutenu par les professionnels du Massif central, avec d’autres départements comme celui de la Nièvre, du Cher, de la Côte d’Or, de la Haute-Vienne ou encore de l’Allier (les plus concernés par cette modification du zonage qui du coup exclurait certaines exploitations), il réclame plus de souplesse. Le dossier pourrait aboutir en requalifiant les zones d’élevage en zones défavorisées, en travaillant sur la surface en herbe par rapport à la SAU. «Le ministère de l’agriculture français a validé cette hypothèse, la Commission européenne y reste opposée, mais les députés européens y sont favorables. Nous avons bon espoir d’obtenir gain de cause», explique Christian Bajard.

Juste rémunération des contraintes

En troisième lieu, le Massif central estime qu’un complément de soutien dans le premier pilier pour les éleveurs des zones à contraintes naturelles est nécessaire. «Là encore près de 400 millions d’euros par an peuvent être mobilisés en faveur de l’élevage, si le ministre en a la volonté», a estimé Patrick Escure. Quatrièmement, les professionnels défendent l’idée que les contraintes environnementales liées au «verdissement» de la Pac soient justement rémunérées en particulier celles qui vont concerner les éleveurs ayant des prairies naturelles. A ce titre, l’idée d’un paiement écologique proportionnel aux paiements historiques est combattue avec vigueur par le Massif central car profondément injuste. Cinquièmement, la réelle reconnaissance de tous les actifs exploitants est fortement souhaitée. Sixièmement, les professionnels estiment indispensables la mise en place d’outils de gestion des risques efficaces pour les éleveurs concernés par les accidents climatiques ou les dégâts générés par les nuisibles. Enfin, le plan stratégique serait incomplet sans une politique en faveur de l’installation ambitieuse tout comme en faveur de la modernisation des bâtiments d’élevage, deux priorités qui constituent la septième proposition.

Pour assurer le renouvellement des générations, les jeunes ont besoin de perspectives, comme l’a rappelé Benoît Aurière, jeune agriculteur installé dans le Cantal : «Pour les jeunes, une majoration forfaitaire sur le premier pilier constituerait un coup de pouce supplémentaire intéressant, qui évidemment ne substituerait pas à la vraie politique d’installation du second pilier méritant d’être conservée». Forts de leurs sept propositions imaginées pour servir un projet tenant compte des actifs et du territoire qu’ils font vivre et sur lequel ils vivent, les professionnels du Massif central veulent désormais démon-trer qu’ils sont en mesure de convaincre pour faire bouger les lignes.

L’agriculture pour de vrai !

 

La situation est de plus en plus complexe sur les exploitations agricoles françaises et plus particulièrement pour l’élevage dont la survie devient une cause nationale. Pour rappeler que l’agriculture est un vrai métier, les agriculteurs, à l’appel de la FNSEA et de JA, se réuniront le 23 juin prochain à Paris.

 

Les temps forts

Le matin, le défilé d’ouverture, de Montparnasse aux Invalides.

Il réunira les agriculteurs et leurs animaux venus de toute la France pour interpeller les décideurs politiques sur quatre axes de revendications :

- la revalorisation des prix (répercussion des prix, valeur ajoutée, étiquetage de l’origine des produits…),

- la simplification des normes environnementales et l’arrêt de la surenchère règlementaire et fiscale (directive nitrates, installations classées, prédateurs, fiscalité écologique…),

- la sécurisation de l’avenir (l’installation des jeunes et leur accompagnement, la modernisation des exploitations…).

L’après-midi, au coeur du « Village agricole » sur l’esplanade des Invalides.

Ce moment sera consacré au partage autour des produits locaux et à l’échange avec les agriculteurs qui accueilleront le public autour de nombreuses animations pour leur faire découvrir la réalité de leur métier et leurs productions (entretien des animaux, traite des vaches, tonte des moutons, découverte des productions végétales…).

Participez à cette grande journée en vous inscrivant auprès de la FDSEA au 05 55 21 55 80 ou des JA au 05 55 21 55 78.

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