L'Union Paysanne 11 mai 2012 à 10h06 | Par Guillaume Demichel

Pommes - Une situation dramatique pour la filière Pommes du Limousin

Les pomiculteurs corréziens et la coopérative Perlim redoutent les conséquences de l’épisode de gel du 17 avril dernier.

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Le gel survenu la nuit du 17 avril a causé des dommages irréversibles sur les premières fleurs. L'éolienne anti-gel n'a pas sauvé ces pommiers.
Le gel survenu la nuit du 17 avril a causé des dommages irréversibles sur les premières fleurs. L'éolienne anti-gel n'a pas sauvé ces pommiers. - © Union Paysanne

Les pomiculteurs corréziens n’oublieront certainement pas la nuit du 17 avril 2012. En effet, plusieurs d’entre eux ont connu un épisode de gel qui a causé des dommages irréparables sur les premières fleurs. C’est notamment le cas d’Hervé Vidal, exploitant d’une vingtaine d’hectares de verger sur la commune de Troche. «C’est un scénario catastrophe que nous avions imaginé mais jamais nous n’avons pensé que cela se produirait un jour». Depuis trois ans déjà, l’agriculteur s’inquiète des changements climatiques que connaît le département. «Il y a de ça dix ans, la floraison commençait entre le 25 avril et le 1er mai. Aujourd’hui, c’est plutôt entre le 5 et le 15 avril donc cela multiplie les risques».

Cette nuit-là, à partir d’une heure du matin, le thermomètre affiche -1 degré C° dans le verger. «Nous avons déclenché l’éolienne anti gel pour essayer de limiter les dégâts mais la température à continuer de descendre. De toute façon, elle n’est efficace que sur trois hectares». Ce matériel, qui se présente sous la forme d’une hélice horizontale placée à une quinzaine de mètres de hauteur, permet de brasser l’air ambiant afin de le réchauffer. «Cela fonctionne bien en cas de gelée blanche mais là il s’agissait d’une gelée noire avec de l’air froid en haut et en bas», précise Hervé Vidal. Jusqu’au petit jour, le pomiculteur relèvera des valeurs comprises entre -5 et -6 degrés C°. «On estime à 10% de perte si les fleurs subissent une température de -2 et jusqu’à 90 % au-delà de -4».

 

Les récoltes sont presque toutes entièrement détruites sur la zone AOP Pommes du Limousin avec une perte de l’ordre de 90 % pour cette année.
Les récoltes sont presque toutes entièrement détruites sur la zone AOP Pommes du Limousin avec une perte de l’ordre de 90 % pour cette année. - © Union Paysanne

90 % de la future récolte perdue

Les estimations de l’agriculteur corrézien se vérifieront malheureusement dès le lendemain lors de la constatation des dégâts sur les pommiers. «Nous avons perdu 90 % de la récolte. Les 10 % restant sont ceux qui ont été protégés par l’éolienne». Les pomiculteurs de la commune de Troche, qui fournissent annuellement près de 5.000 tonnes à la coopérative Perlim, se voient aujourd’hui dans l’incapacité d’honorer cette échéance. Face à cela, pour cette dernière, la situation apparaît pour le moins critique. «Le constat est dramatique. Les récoltes sont presque toutes entièrement détruites sur la zone AOP Pommes du Limousin avec une perte de l’ordre de 90 % pour cette année. Nous sommes encore sous le choc. La pérennité de la filière et de nombreux emplois sont menacés. Certains exploitants ne s’en relèveront peut-être pas et je suis réellement pessimiste sur ce qui nous attend», confie le responsable technique de Perlim, Nicolas Lambert.

Le phénomène a été classé en tant que calamité agricole. Une commission de contrôle des vergers visitera les exploitants touchés à la fin du mois de mai afin de vérifier l’état des cultures. «Je ne me fais pas d’illusion, la situation sera la même qu’aujour-d’hui», se résigne Hervé Vidal. Pour l’exploitant, cette catastrophe représente une perte sèche d’environ 350.000 euros (1.100 tonnes vendues entre 32 et 35 centimes d’euros le kilo). «Les dossiers et les demandes d’indemnisation seront examinés en octobre. Le dédommagement devra se faire à hauteur de la perte sinon je pourrai directement mettre la clé sous la porte dès l’automne et, malheureusement, je ne serai pas le seul».

 

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