L'Union Paysanne 17 novembre 2021 a 10h00 | Par La rédaction

RAVAGEURS. Le rat taupier à l'assaut des vergers

Le campagnol terrestre se développe de manière inquiétante dans le verger corrézien. Entre pertes de fonds, pertes de récoltes et mesures de lutte, l'impact économique de ce fléau peut s'avérer catastrophique.

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Christophe Dos Santos, producteur, et Pierre Borie, technicien verger, devant un rang de pommiers sinistrés près d'Estivaux.
Christophe Dos Santos, producteur, et Pierre Borie, technicien verger, devant un rang de pommiers sinistrés près d'Estivaux. - © UP19

Le phénomène n'est pas totalement nouveau mais prend suffisamment d'ampleur pour devenir un sujet d'inquiétude chez les arboriculteurs. Technicien verger chez Cooplim- Limdor, Pierre Borie se rappelle : « l'observation des premiers cas de rats taupiers remonte aux années 2004-2005 et les premiers dégâts significatifs à 2012. Aujourd'hui, le campagnol est présent sur la quasi- totalité du verger corrézien et progresse vers la Dordogne et la Haute-Vienne ». Très attirés par les racines des pommiers, les campagnols sont capables d'en ronger la majeure partie en quelques jours et de causer des dommages irréparables à l'arbre tant qu'il n'a pas atteint 6 ou 7 ans. Au moins un tiers du verger corrézien se trouve ainsi en situation de grande vulnérabilité. Et sur la base d'un coût d'implantation de 40 000EUR l'ha, les conséquences économiques peuvent vite s'avérer dramatiques pour les exploitations touchées. Ce fléau, qu'on aurait pu croire un temps réservé aux hauts plateaux volcaniques d'Auvergne, vient ainsi s'ajouter aux difficultés rencontrées par les arboriculteurs. « Après 2 mauvaises années de récolte du fait des aléas climatiques et de l'invasion des pucerons, les dégâts causés par le rat taupier ont de quoi saper le moral » déplore Christophe Dos Santos, responsable arboriculture à la FDSEA. « Le verger limousin a besoin de renouvellement, mais on peut comprendre l'hésitation des jeunes, notamment quand, sur certaines parcelles d'Allassac ou Vigeois, les pertes dues au campagnol atteignent 30 % ».

Les pommiers ne sont pas les seules victimes de l'extension du rongeur qui s'attaque aussi aux noyers, châtaigniers et menace désormais des zones maraichères.

Le travail entre les rangs vise à casser les galeries
Le travail entre les rangs vise à casser les galeries - © UP19

Un catalogue de mesures déployées
Aucun plan de lutte collectif et obligatoire n'est pour le moment programmé mais les initiatives sont nombreuses, avec plus ou moins de succès. Parmi elles, l'application manuelle et localisée de Ratron (la dérogation obtenue en 2021 pour son application à la charrue était réservée aux prairies) ou le piégeage, très chronophage. Sur certains grands vergers, l'implantation de grillages enterrés en bordure de parcelles freine l'extension. Mais ces installations vieillissent mal et sont rarement parfaitement étanches. La pose d'un treillis de protection autour des racines lors de la plantation des arbres est efficace mais représente un surcoût de 5000 EUR et nécessite une main d'oeuvre importante. Cette technique pose aussi la question de la remise en état de la parcelle lors du renouvellement ou de la reconversion du verger. D'autres moyens de lutte reposent sur les pratiques. Le travail régulier du sol entre les rangs permet ainsi de détruire les galeries. Un entretien rigoureux des bordures et une fauche rase de l'herbe visent à limiter les cachettes naturelles. « Il est d'ailleurs possible que l'arrêt du désherbage au pied des arbres ait favorisé le développement du campagnol » avance Pierre Borie. Sur le plan technique, des arboriculteurs développent la pratique de la « surgreffe », qui consiste à greffer un jeune plant sur un système racinaire déjà bien développé. « Nous déployons aussi de nouveaux porte-greffes plus dynamiques
et qui semblent être moins appétents. Enfin, nous essayons l'implantation de répulsifs naturels tels que les mélilots ou encore la diffusion d'huiles essentielles, mais les résultats sont peu convaincants ». Reste la faune sauvage. Renards, rapaces, martres, mais aussi chats domestiques sont très actifs. Même les sangliers pourraient, pour une fois, s'avérer être de bons alliés. « On remarque qu'après leur passage, là où ils ont « mougé », les rats se tiennent tranquilles. Il faudrait expérimenter en parquant des sangliers ou des cochons dans des vergers ».

Dégâts sur racine d'arbre
Dégâts sur racine d'arbre - © UP19

Vers une possible indemnisation des moyens de lutte ?
Depuis 2016, le FMSE (Fonds de Mutualisation Sanitaire et Environnementale) peut indemniser les actions de lutte contre le campagnol terrestre sur prairies. La profession travaille actuellement sur un programme pour l'arboriculture jusque-là moins concernée. L'accès à ces fonds est toutefois conditionné à la présence d'un arrêté de lutte obligatoire et la définition d'un contrat de lutte pluriannuel avec les Fredon.

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