L'Union Paysanne 10 février 2021 a 09h00 | Par La rédaction

REVENUS. « Pour une juste rémunération de notre travail »

Une soixantaine d'agriculteurs se sont mobilisés jeudi dernier pour dénoncer la spirale des prix toujours plus bas.

Abonnez-vous Imprimer
Echanges tendus avec les responsables des grandes surfaces
Echanges tendus avec les responsables des grandes surfaces - © DR

La FDSEA et les JA de Corrèze ont rejoint l'appel à mobilisation national visant à dénoncer le climat dans lequel se déroulent actuellement les négociations commerciales et les difficultés d'application de la loi Egalim. Mise en place en 2018, cette loi poursuit l'objectif de construire un prix « en marche avant» qui intègre les coûts de production. Plus de deux ans sont passés et force est de constater que le compte n'y est pas, toutes filières confondues.

Opération étiquetage sur le boeuf, le porc et les produits laitiers
Opération étiquetage sur le boeuf, le porc et les produits laitiers - © DR

Les GMS visées
Tandis que les agriculteurs français ont redoublé d'efforts pendant la crise pour assurer l'approvisionnement des filières, les acteurs relancent la guerre des prix et mettent la pression pour faire avaler des baisses dans un contexte de hausse des matières premières. En viande bovine par exemple, alors que la consommation s'est maintenue en 2020, que la production baisse et que les grandes surfaces ont réalisé des chiffres d'affaires record, ces dernières refusent toujours un partage équitable de la valeur et vont jusqu'à réclamer des baisses de prix de 2 à 4 %. Une attitude jugée « indécente et injustifiée » par les éleveurs de la FDSEA et des JA qui ont procédé à une opération d'étiquetage afin de mettre en évidence l'écart entre le coût de production et le prix payé au producteur. « Un manque à gagner de 16.000 EUR pour une exploitation moyenne»
estime Pierre Cazes, vice-président des JA.

De son côté, le consommateur a pu comparer ce prix payé à l'agriculteur avec le prix affiché dans les rayons et juger des marges réalisées par les grandes surfaces. A SUPER U, l'obtention de la facture d'achat d'un veau sous la mère d'un éleveur présent à la manifestation a permis de l'illustrer. Un veau payé 8,80 EUR à l'éleveur, acheté 9,70 EUR par la GMS et une blanquette revendue à 18,90 EUR...

S'en est suivie une série d'échanges tendus avec les responsables des magasins Leclerc et Super U de Tulle, ces derniers se montrant toujours prompts à se justifier par la mise en avant des filières locales dans leurs rayons « trad ». « C'est l'arbre qui cache la forêt » s'agace Laurent Boisset, président de la section bovine, « les volumes écoulés dans ces rayons restent marginaux et les quelques démarches vertueuses ne doivent pas masquer la politique réelle des grandes centrales d'achat », non sans avoir rappelé que les coûts de production ont été signés par l'ensemble de la filière, y compris donc par la FCD (Fédération du Commerce et de la Distribution).

Bien sûr, les grandes surfaces ne sont les seules à blâmer mais force est de constater que de tels comportements nous éloignent chaque jour de la bonne application de la loi Egalim et de la construction d'un prix « juste ».

A Super U, du magret de canard de Hongrie, transformé en Périgord et commercialisé sous un panneau
« origine locale ». La marchandise retirée des rayons par les agriculteurs a été offerte aux restos du coeur.
A Super U, du magret de canard de Hongrie, transformé en Périgord et commercialisé sous un panneau « origine locale ». La marchandise retirée des rayons par les agriculteurs a été offerte aux restos du coeur. - © DR

Rencontre avec la Préfète
Bien que les GMS furent le coeur de cible, les agriculteurs avaient également demandé audience
à la Préfète de Corrèze. « Sur 100 EUR de dépenses alimentaires, seulement 6,5 EUR reviennent au producteur. Passer à 7 EUR serait salutaire pour nos exploitations et il n'y a aucune raison pour que cela ne bouscule fondamentalement le pouvoir d'achat du consommateur. Nous attendons de l'Etat qu'il veille à l'application des lois, afin que soient enfin et durablement pris en compte nos coûts de production» a introduit Daniel Couderc le président de la FDSEA.

Les représentants professionnels ont demandé à la Préfète un renforcement des sanctions
auprès de ceux qui ne publient pas leurs comptes, qui refusent de s'engager vers une démarche vertueuse de contractualisation et un renforcement des contrôles d'origine et d'étiquetage.

En réponse, Salima Saa s'est engagée à mobiliser les ressources de la DGCCRF. Yannick Breuil a aussi rappelé les demandes formulées au ministre de l'agriculture par la FDSEA et les JA pour soutenir les filières en crise, notamment celle du broutard. « Nous restons en attente d'une réponse du ministre quant à la prise en charge du coût de la vaccination FCO et des mesures d'allégement des charges sociales et financières ».

L'Etat et les collectivités locales ont aussi été appelés à montrer l'exemple dans le cadre de leurs
politiques d'achat. La FDSEA et les JA ont ainsi demandé que les procédures d'appel d'offres intègrent la prise en compte du coût de production dans leurs critères.

Les commentaires ont ete suspendus pour cet article

Les opinions emises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Union paysanne se reserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et reglements en vigueur, et decline toute responsabilite quant aux opinions emises,