L'Union Paysanne 09 mars 2012 à 10h34 | Par SF

Sanitaire - Témoignage d’un éleveur : «mes génisses interdites d’export»

Le virus de Schmallenberg, apparu fin 2011 en Allemagne, gagne du terrain et cause de nombreux problèmes aux éleveurs, notamment à l’exportation. Rencontre avec Claude et Alexandre Demarty.

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Pourtant vendues, ces génisses ne verront jamais les steppes du Kazakhstan.
Pourtant vendues, ces génisses ne verront jamais les steppes du Kazakhstan. - © UP

Chacun sait qu’un nouveau virus (dont personne pour l’heure ne connaît l’origine), appelé virus de Schmallenberg (SBV), sévit dans le Nord et l’Est de la France. Notre région du Limousin n’échappe pas à son implantation, particulièrement au sein des troupeaux ovins.

Bien qu’il n’y ait aucune réglementation communautaire ou internationale, les pays tiers, chacun à sa manière, imposent des barrières sanitaires destinées à se protéger. Pour preuve, les récentes dispositions prises par la Russie et le Kazakhstan.

1150 bovins se trouvent aujourd’hui bloqués sur le territoire national et ne peuvent pour l’heure rejoindre leur destination finale. Ainsi, sept génisses de l’élevage de Claude et Alexandre Demarty à Lubersac ne verront jamais les steppes du Kazakhstan.

Le 19 janvier, une commission d’achat de KBS Genetic, en présence d’acheteurs kazakhs, se rend sur l’exploitation Demarty père et fils et retiennent fermement sept génisses. Contents et fiers de l’attention portée à leur élevage qui s’est lancé dans la vente de reproducteurs depuis longtemps, ils apprennent, la veille du départ - avant la mise en quarantaine, obligatoire avant tout transit - que ce dernier ne peut se faire pour cause de blocage par les autorités kazakhes de toute exportation, blocage dû au virus de Schmallenberg. «Du virus, nous n’en avions jamais entendu parler. Mais les faits sont là, les génisses ne partiront pas». Et de préciser «dans notre malheur, heureusement que nos animaux n’étaient pas en quarantaine. Car comment aurions-nous été payés ?». En effet, les éleveurs ayant été dégagés de toute responsabilité, la société KBS leur a permis «de les remettre sur le marché» précisent-ils. Cinq génisses ont depuis trouvé preneurs. «Malgré les surcoûts sanitaire puis alimentaire qu’il a fallu assurer, l’impact a été pour nous limité, mais ce n’est pas le cas de tous» indique Alexandre. Ni déçue, ni amère, la famille Demarty, sans être fataliste, indique que l’export constitue une chance qu’il convient de saisir quand un cas se présente mais qu’il faut faire avec les exigences du marché et ses contraintes économiques et sanitaires. «En France, peu de monde est intéressé par ce type de génisses. C’est donc une niche que nous avons saisie, qui ne se finalise pas dans les conditions voulues initialement, tant pis. Le commerce, c’est s’adapter à la demande !». "Ma-niaque du sanitaire", Claude Demarty comprend que les acheteurs, quels qu’ils soient, veuillent protéger leurs cheptel, leur territoire. Et d’ajouter «moi je fais de même. Nous avons vite démonté un troupeau sain».

 

Face à l'interdiction, Claude et Alexandre Demarty ont trouvé une alternative sur le marché national.
Face à l'interdiction, Claude et Alexandre Demarty ont trouvé une alternative sur le marché national. - © UP

 

Positions de KBS Genetic…

Jean-Luc Kress indique : «Nous avons essayé tant du côté de nos acheteurs que côté français d’obtenir des dérogations, voire d’envisager le rapatriement des animaux par avion. Rien à faire, blocage total des importations en provenance de l’UE, dont la France». Malgré le travail d’Interbev et des autorités vétérinaires françaises, pour l’instant, la situation reste en l’état. Les négociations risquent d’être longues et difficiles. C’est la raison pour laquelle le contrat rompu, pour cas de force majeure, et que les éleveurs sont autorisés à remettre en vente leurs animaux. Soucieux de conserver ce marché à fort potentiel «car nos clients veulent ce type d’animaux entre neuf et quinze mois», KBS Genetic souhaite que l’ensemble de cette vente soit non pas perdu, mais différé.

 

… et de l’OP Bovidoc

«Entre Lot et Corrèze, précise Christian Condamine, c’est plus de cent cinquante femelles et quinze taureaux qui se trouvent ainsi dans une impasse. Tout avait été fait et préparé sanitairement pour réaliser cette exportation, sans compter le temps investi et les frais de structure qui en découlent». Et d’indiquer que pour satisfaire leurs adhérents, il reste le marché intérieur de proximité, pas évident en soi. Attendre, mais que va-t-il se passer ? Attitude et interrogation sont suspendues au temps.

Situation en France au 1er mars 2012
Situation en France au 1er mars 2012 - © UP

Situation épidémiologique en France

 

Depuis la mise en place du dispositif de surveillance (4 janvier 2012), ce sont au total :

- 411 élevages confirmés infectés, répartis dans 34 départements,

- 1150 exploitations ayant une suspicion clinique. Sont concernés : quatorze élevages bovins, cinq élevages caprins et un élevage ovin/caprin, le reste concerne les élevages ovins.

Sur le territoire national, simple surveillance clinique. Pour l’heure, il n’existe aucune méthode de diagnostic sérologique et aucun vaccin contre le SBV (les recherches sont en cours). En l’absence de risque pour la santé publique et de réglementation spécifique, aucune restriction n’est mise en œuvre dans les exploitations suspectes.

Particulièrement touchés, les éleveurs ovins dans les régions concernées expriment leur dé-sarroi face à cette maladie qui décime les agneaux naissants dans une proportion de 10 à

40 %. La profession agricole dans son ensemble demande un soutien financier de l’Etat destiné à faire face aux pertes d’exploitation.

S’agissant d’une "maladie d’élevage non réglementée" les services du ministère sont en alerte et expliquent inlassablement à leurs correspondants "qu’aucune interdiction légale ne s’applique".

Mais sur ce point, chacun étant maître en son pays applique la réglementation qui lui convient. Le sanitaire devient de plus en plus une arme anti commerce. Mais ça, la FDSEA et les éleveurs le savent malheureusement depuis longtemps. Rien de nouveau, si ce n’est une nouvelle confirmation.


En bleu : les bovins - En rouge : les ovins.

 

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