L'Union Paysanne 13 janvier 2012 à 16h19 | Par P. Dumont

Syndicalisme - Passage de relais au sein de la FRSEA Limousin

Depuis mi-décembre, Bruno Gausson remplace Jean-Philippe Viollet à la tête de la FRSEA Limousin. Rencontre.

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Bruno Gausson et Jean-Philippe Viollet nouveau et ancien président de la FDSEA Limousin.
Bruno Gausson et Jean-Philippe Viollet nouveau et ancien président de la FDSEA Limousin. - © P. Dumont

Le 16 décembre dernier, le conseil d’administration de la FRSEA Limousin élisait son nouveau président. Bruno Gausson, éleveur en Haute-Vienne succédait alors au creusois Jean-Philippe Viollet. Celui-ci revient sur les dix années passées à la tête de la FRSEA tandis que Bruno Gausson trace les grandes lignes de travail à venir.

 

Jean-Philippe Viollet, quels sont les faits marquants que vous retiendrez de vos dix années de présidence ?

JPHV : «Ce que je retiendrais en premier lieu et que je regrette d’ailleurs, c’est un sentiment de solitude. Il y a dix ans la FRSEA était quasi inexistante de même que la culture syndicale régionale alors qu’elle était très forte aux niveaux national et départemental. Aujourd’hui, l’échelon régional est quasiment décisionnaire.

En dix années, le niveau de formation des agriculteurs s’est beaucoup accru, comme l’a révélé le recensement agricole. A l’opposé, les agriculteurs sont de moins en moins nombreux. Ils ont par conséquent moins de poids politique et électoral. Nous devrons en tenir compte dans nos demandes à venir. Ce qui caractérise également ces dix années, c’est l’apparition de toutes les problématiques liées à l’environnement. D’une image de protecteur de la nature, l’agriculteur est passé à celle du coupable idéal.

Il est aussi une chose qui me peine tout particulièrement : la montée en flèche de l’individualisme. Avant le sentiment prédominant était que l’on ne pouvait s’en sortir qu’ensemble. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Or, c’est pourtant dans le rassemblement qu’est notre salut. Si les agriculteurs restent divisés, dans un contexte où ils sont par ailleurs de moins en moins nombreux, le balancier de l’histoire ne sera pas tendre…

 

Y a-t-il quelque chose que vous auriez aimé faire durant votre mandat et qui n’a pu être mené à bien ?

JPHV : En dix ans, nous avons réussi à développer la FRSEA Limousin, à constituer une équipe motivée que je tiens à remercier. C’est une grande satisfaction pour moi. Je veux aussi remercier et saluer tous les professionnels qui ont œuvré à nos côtés. Ce que j’ai essayé d’instaurer, c’est un dialogue avec les organisations agricoles. Ma volonté était de rassembler les hommes autour de projets communs. Aujourd’hui, je suis content de voir que des positions limousines se construisent sur certains dossiers, qu’il est possible de compléter les réflexions des uns et des autres, de les enrichir. Ce n’est pas le cas partout. La FRSEA doit être force de propositions, elle n’a pas pour vocation d’aller brûler quelques pneus devant la Préfecture de temps en temps. Les agriculteurs ont intérêt à avoir des organisations fortes, neutres, apolitiques dans lesquelles toutes les productions se reconnaissent. Si je n’ai pas souhaité être candidat à ma propre succession, je continuerai cependant à m’impliquer de manière forte. Sauf politiquement. D’ailleurs, je n’ai jamais été candidat à aucun mandat politique dans ce contexte.

 

Comment voyez-vous l’avenir de l’agriculture limousine ?

JPHV : Durant la dernière décennie, l’agriculture limousine s’est concentrée sur une production dominante. Au niveau national et même en Europe, on observe un décrochage entre des zones hyper productivistes et d’autres qui le sont beaucoup moins. Il faut être vigilant par rapport à ça, faute de quoi les délocalisations dont on entend parler au niveau industriel s’opèreront aussi dans le secteur agricole. D’autre part, on ne peut que constater la faiblesse du tissu industriel de l’agroalimentaire régional. S’il n’y a pas d’investissement fort des collectivités locales sur les projets de filières, le Limousin et ces différentes productions seront en difficulté. Les agriculteurs méritent d’être épaulés. Enfin, en quelques années, nous sommes passés d’une surproduction chronique à une quasi pénurie au niveau mondial. Il va falloir produire plus, y compris en Limousin alors que les contraintes environnementales sont de plus en plus fortes. Il va falloir placer l’alimentaire au centre des débats. Bref le Limousin oscille entre espoir et incertitude et pas seulement au niveau agricole.

 

Bruno Gausson, quel regard portez-vous sur l’action de Jean-Philippe Viollet au sein de la FRSEA ?

BG : Durant ces dix années, Jean-Philippe Viollet a mené avec son équipe un gros travail. Grâce à son action, nous sommes aujourd’hui présents dans de nombreuses instances régionales et c’est primordial. Les travaux que mènera la FRSEA à l’avenir s’inscriront dans la continuité de ce qui a été fait jusqu’ici.

 

Vous avez été président de la FDSEA 87, en quoi ce nouveau mandat, régional cette fois, sera différent ?

BG : Ce sera sans nul doute beaucoup moins un travail de terrain mais plus un travail de réflexion, de concertation, de coordination avec les collectivités et les représentants de l’Etat en région. Tout ça en lien bien sûr avec les trois fédérations départementales.

 

Quelles seront les axes de travail dans les mois à venir ?

BG : Je crois que l’important demeure la défense des intérêts des agriculteurs limousins. Aujourd’hui, le niveau régional est incontournable et la FRSEA se doit de représenter les fédérations départementales dans les instances régionales. Régionalement, nous devons nous approprier les réflexions des départements sur leurs dossiers syndicaux et être l’intermédiaire permettant à chaque département d’être informé des positions de ses voisins.

Sur les priorités des mois à venir, le premier chantier (et le plus important) est la préparation de la future Pac. Pour cela, nous devons construire une position régionale et nous efforcer de la faire partager et défendre au sein de notre réseau et par nos collectivités.»

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