L'Union Paysanne 07 septembre 2012 à 10h47 | Par Guillaume Demichel

TABAC - Une production attrayante menacée

Entre modernisation, opportunité pour les jeunes, suppression des primes et baisse des prix, la production de tabac soulève de nombreux paradoxes.

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Lorsqu'il reprend les rênes de l'exploitation familiale en 1985, Thierry Brousse est convaincu de faire le bon choix. Situées à Liourdres, en basse Corrèze, ses productions de tabac et d'asperges blanches ne sont, à l'époque, pas encore soumises à la concurrence étrangère. «Il n'y avait que la France qui produisait des asperges et le tabac français a, encore aujourd'hui, la meilleure réputation en terme de qualité».

Tabac, asperges mais aussi une trentaine de mères en broutards, des noix et des céréales, l'exploitation du président FDSEA du syndicat de Liourdres est un des nombreux exemples corréziens de diversification réussie. La terre sableuse de la région est en effet propice à la culture des asperges blanches, comme cela se pratique beaucoup dans le Lot par exemple. «Il n'y pas une grande surface mais cela occasionne tout de même pas mal de travail pour un gain qui n'est pas allé en augmentant au fil des années», confie l'agriculteur sud corrézien. «En 1985, le kilo d'asperges était vendu aux environs de 17 francs. Aujourd'hui, le prix au kilo est de 2 euros avec des charges toujours plus importantes que ce soit en terme de main d'oeuvre ou autre».

La culture du tabac, à l'image de celle des asperges, convient au climat sud corrézien à la fois chaud et suffisamment humide. «Je travaille avec la coopérative Périgord Tabac basée à Boulazac, et je produis du tabac Burley sur environ 1 hectare». Aujourd'hui, la filière connaît de sérieuses difficultés compte tenu de la suppression des primes depuis la récolte 2010. «L'aide européenne allouée aux producteurs de tabac a été supprimée et découplée pour partie. Cette évolution induit depuis 2010 la perte de plus de 25 % des paiements directs pour les producteurs», explique Thierry Brousse.

Une récolteuse américaine mécanique révolutionnaire

L'agriculteur se souvient de son père et de son grand-père qui coupaient et ramassaient le tabac pied par pied, le dos courbé sous le soleil du mois d'août, avec des outils qui trouveraient sans peine, aujourd'hui, une place de choix au musée de l'agriculture. Dans ce secteur également, la mécanisation a grandement soulagé les efforts des cultivateurs. D'abord à l'aide de machines qui coupaient les pieds plus vite, sans se baisser à chaque fois. Ensuite, le ramassage mécanisé s'est développé. Aujourd'hui, une seule et même machine coupe, ramasse et met sur séchoir un hectare de pieds de tabac en une journée. «Avant, pour cette surface, il me fallait trois ou quatre personnes sur une semaine».

De marque GCH, fabriquée aux États-Unis dans l'État du Kentucky, cette nouvelle récolteuse coûte à ce jour environ 400.000 euros. Elle appartient à Nord Pays de Loire et seulement deux exemplaires existent en France. Louée par la coopérative Périgord Tabac, la récolteuse américaine a été importée dans l'optique de redynamiser la filière tabac. Son utilisation, depuis 2 ans maintenant, nécessite une conduite de plantation adaptée au passage de la machine. Ainsi la distance d'un pied à l'autre passe à 1 mètre, soit environ 23.000 pieds par hectare. À l'avant, un bec cueilleur dirige le pied de tabac vers une mini lame circulaire qui va le couper, juste avant qu'il ne soit pris en charge par une chaîne de dents pointues destinées à le diriger vers l'arrière. À partir de là, la tige est rabotée de façon cylindrique et pincée dans des cadres métalliques comportant huit rangées de plus ou moins 70 à 80 pieds. Les cadres remplis sont ensuite chargés à l'aide d'un bras télescopique, la machine en déplie les quatre pieds et les dépose sur place pour un séchage en plein champ avant de reprendre la cueillette. Les cadres ne seront couverts qu'au bout d'une semaine. D'abord sur le dessus et sur les deux côtés afin de maintenir une certaine ventilation.

Une reprise assurée et diversifiée

Aujourd'hui, selon le cultivateur corrézien, se lancer dans la culture du tabac représente une opportunité pour les jeunes agriculteurs désireux de s'installer. «Cela ne demande pas beaucoup de surface, la culture, le ramassage et le séchage sont désormais facilités grâce à la récolteuse mécanique et c'est une production qui reste, malgré tout, économiquement stable car les industriels tiennent à la qualité du tabac français. Mais il y a une contrepartie qui fait que les jeunes hésitent. Après les aides supprimées, il faut attendre la prochaine PAC qui sera décisive pour la suite. Il faut redonner quelque chose aux tabaculteurs sinon c'est clair et net, c'est la fin de la profession et une menace pour les emplois en lien avec la tabaculture locale. Aujourd'hui nous ne sommes plus qu'une quarantaine de producteurs contre six fois plus il y a quelques années».

Néanmoins, Thierry Brousse a la chance de pouvoir compter sur ses deux fils qui désirent reprendre l'exploitation une fois qu'il aura cessé son activité. Rodolphe, 18 ans, et Benoît, 20 ans apportent déjà une assistance bienvenue dans le quotidien de l'exploitation. «Ils continueront le tabac, si possible, et les asperges blanches mais il ont aussi envie de se mettre au veau de lait. Ils ont fait des stages dans ce domaine et ça leur plaît. Ils ont le projet de commencer avec une salle de tétée assistée avec une vingtaine de têtes puis, ils se développeront au fur et à mesure».

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