L'Union Paysanne 22 septembre 2021 a 10h00 | Par La rédaction

TECHNIQUE. Engraisser vite et bien avec l'ensilage de maïs épi

Elle n'est pas nouvelle, mais la technique de récolte du maïs épi enrubanné n'est pas encore très répandue. Cet éleveur engraisseur de Beyssenac y trouve pleinement son compte.

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Voilà maintenant 5 ans que Cédric Chabat, éleveur de limousines à Beyssenac, utilise l'ensilage de maïs épi enrubanné en bottes. Ici, tous les animaux sont engraissés. Outre une quinzaine de veaux sous la mère et les génisses de renouvellement, les veaux sont destinés à produire des babys et babynettes commercialisés à moins d'un an. Les animaux sont sevrés à l'âge de 5 à 6 mois, tout au plus. «C'est la condition pour réussir à engraisser des animaux jeunes. Il ne faut pas avoir peur, même si on les trouve un peu petits. Et puisqu'ils reçoivent dès le plus jeune âge le même mélange au nourrisseur que pendant la phase d'engraissement, la transition s'effectue sans problème » confie l'éleveur. Cette ration sèche est composée pour 25 % d'un mélange fermier de céréales floconnées (blé, orge, triticale), 25% d'ensilage de maïs épi et 50% d'un aliment du commerce jouant le rôle de correcteur azoté. Aucune fibre grossière n'est intégrée à la ration de base mais du foin est mis à disposition à volonté. « Les animaux se régulent d'eux-mêmes, je n'ai jamais eu de cas d'acidose ». L'utilisation du maïs n'est pas nouvelle sur cette exploitation
historiquement tournée vers l'engraissement. Il fut un temps récolté en grain, livré à la coop puis racheté sous forme d'aliment. « On faisait en sorte de produire du bon maïs mais on ne retrouvait pas toujours cette qualité. Cette technique nous permet de faire consommer notre propre produit ». Toujours selon Cédric Chabat, « l'ensilage en plante entière n'est pas suffisamment riche pour réussir un engraissement sur une courte durée ». L'éleveur a donc testé la récolte du grain humide en boudin avant d'opter finalement pour la technique du maïs épi enrubanné.

Les bottes sont protégées par des filets et espacées.
Les bottes sont protégées par des filets et espacées. - © DR

Ni mélangeuse, ni désileuse
Cette technique a un coût (20,50EUR la botte de 800 à 1000 kgs en plus de l'ensileuse), mais elle présente plusieurs avantages aux yeux de l'éleveur. Sur le plan de la gestion d'abord, ce type de conditionnement permet de placer la botte là où on en a besoin, y compris à l'intérieur des bâtiments ou à proximité immédiate de vieux bâtiments non mécanisables. « On ne se mouille pas pour reprendre l'ensilage ou le boudin quand il pleut. Et il est aisé d'ouvrir une botte contrairement à un silo classique dans lequel il faut avancer vite ». Une botte peut ainsi rester plus d'une semaine ouverte sans que le produit ne chauffe. « La manipulation de ces petites bottes de 110 cm pour plus de 800 kgs reste toutefois délicate. Je les reprends au pique- bottes. Il faut éviter le godet au risque qu'elles se délitent ». La reprise peut se faire manuellement comme c'est le cas chez Cédric Chabat. Les vêlages sont étalés sur l'année, si bien que l'éleveur n'a jamais plus de 10 taurillons à l'engrais au même moment et que la quantité distribuée reste faible. «La technique pourrait toutefois être améliorée et mécanisée si les quantités journalières devenaient plus importantes. Le produit peut aussi parfaitement être intégré à une mélangeuse ». Enfin, aucun problème du point de vue conservation sous réserve de prendre quelques précautions vis-à-vis des oiseaux et des rongeurs attirés par le produit. Des filets sont placés sur les bottes et Cédric prend soin de disposer ces dernières sans les empiler ni les coller. Et lorsqu'un trou est malgré tout constaté, les pertes restent faibles tant le maïs est compacté.

Le grain est bien éclaté. Quelques spathes sèches n'enlèvent rien à l'appétence du produit.
Le grain est bien éclaté. Quelques spathes sèches n'enlèvent rien à l'appétence du produit. - © DR

Rendements et récolte
L'éleveur récolte de 12 à 20 bottes par ha selon les années. « Nous en avons fait 13 en 2020, nous devrions être à 18 cette année » ; soit un rendement moyen d'environ 8 tonnes de MS par ha. Le produit se récolte presque au même stade que le maïs grain et doit se situer aux alentours de 55 % de MS. Le conditionnement nécessite une machine bien spécifique assez onéreuse. L'éleveur juge donc «qu'il est possible qu'un entrepreneur rechigne à se déplacer pour une petite récolte dans une zone où la technique n'est pas répandue ».

L'exploitation en chiffres
102 ha dont
- 10 ha de maïs
- 20 ha de céréales (blé, orge, triticale)
- 25 ha de PT

90 vêlages
- 15 vaches de réformes engraissées
- 15 à 20 veaux sous la mère
- 55 à 60 babys et babynettes
- Poids des mâles : 350 à 380 kg.c
- Poids des femelles : 250 à 300 kg.c

2 poulaillers Label Rouge et un troisième en projet

Le point de vue du technicien
Régis Destruel. Chambre d'agriculture
« Le choix du maïs épi dans les rations d'engraissement a pour objectif de densifier la valeur énergétique de la ration (valeur = 1,05 UFV / kg de MS). Ce qui contribue à une forte croissance de l'animal. Sa teneur en cellulose quatre fois plus élevée que du maïs grain permet de sécuriser la ration et de diminuer l'apport en fourrages grossiers. Cette utilisation permet également de libérer de la capacité d'ingestion vis-àvis de l'ensilage de maïs, permettant d'incorporer des fourrages riches en azote (luzerne, trèfle, ...) ce qui réduit l'achat de concentrés azotés. Globalement l'intégration du maïs épi améliore l'autonomie alimentaire énergétique et protéique des ateliers d'engraissement et limite le coût de production ».

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