L'Union Paysanne 16 février 2022 a 08h00 | Par C .Jahnich/APAP et P.Olivieri

Témoignages. Le contrat, ça marche !

Avant de se réunir pour leur congrès les 2 et 3 février à Aurillac, les membres du bureau de la FNB se sont rendus sur le terrain pour visiter l’exploitation de Géraud Fruiquière à Drugeac.

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Chez Géraud Fruiquière, un exemple de contractualisation conforme à Égalim 2 avec le Carrefour market de Mauriac.
Chez Géraud Fruiquière, un exemple de contractualisation conforme à Égalim 2 avec le Carrefour market de Mauriac. - © @DR

Mardi 1er février, le président de la FNB (Fédération nationale bovine) Bruno Dufayet a réuni les membres de son comité directeur chez Géraud Fruiquière à Drugeac, un éleveur engagé dans l’Association viande au pays de Mauriac qui livre des génisses au Carrefour market. L’exemple d’un partenariat gagnant-gagnant basé sur la contractualisation. "La contractualisation sera au cœur de notre congrès, a rappelé le président. On a choisi cette exploitation pour montrer que c’est possible, et qu’on n’est pas seulement dans un discours syndical. Ici, la contractualisation a permis de créer des volumes, elle a sécurisé les approvisionnements et apaisé les relations entre les éleveurs et la GMS." Jeudi matin, lors d’une table ronde à laquelle le ministre Denormandie assistait (lire en page 3), c’est un autre exemple dont témoignait Stéphane Peultier, président de l’Apal, organisation de producteurs non commerciale de l’Est. L’Association de production animale de l’Est a été la première à signer un contrat tripartite sur le bœuf avec l’enseigne Lidl en 2017, cinq ans avant la loi Égalim 2. "On a voulu prendre la parole, porter notre produit jusqu’à la distribution. On a plus d’histoire à raconter autour de notre produit que certains commerciaux d’abatteurs", a souligné Stéphane Peultier. Depuis, près de 8 000 bêtes ont été abattues pour une plus-value générée de 1,6 million d’euros et l’Apal ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, projetant parallèlement de vendre 15 000 tonnes de crédits carbone. Basculer dans la modernité Depuis cinq ans, la FNB s’appuie elle aussi sur les chiffres pour tirer la sonnette d’alarme : diminution du cheptel allaitant, baisse du nombre d’éleveurs, faible revenu,… Cette conjoncture difficile pèse sur le moral des producteurs et la filière perd en attractivité, alors même que le renouvellement des générations est un enjeu majeur pour sa pérennité. Autre constat de la fédération : une déconnexion entre les coûts de production et les prix payés aux éleveurs qui représente un delta de près de 80 centimes à 1 euro. "Aucun autre métier n’accepte de vendre à perte !, relève Bruno Dufayet. La production de viande bovine ne cesse de baisser alors que la demande est stable. Si on ne fait rien, on risque d’atteindre un point de non-retour et de devenir dépendant des importations. Or, la loi Égalim peut nous permettre de changer de système, ça fait 50 ans que la filière n’a pas évolué, elle doit basculer dans la modernité." Pour le président de la FNB, c’est le moment de passer à l’action et de saisir l’opportunité de la loi Égalim 2 pour se réapproprier de la valeur. "La valeur ajoutée n’arrivera pas toute seule, il faut aller la chercher ! Pour la première fois, la filière dispose d’un outil : la contractualisation. C’est énorme, c’est un choc culturel, c’est un bouleversement, a-t-il poursuivi. Avec cet outil, on donne des perspectives aux éleveurs. Notre message, c’est qu’on n’a pas le droit de ne rien faire ! On veut qu’après le congrès, les éleveurs repartent motivés, regonflés à bloc !" Chez Géraud Fruiquière, le moral est bon et l’heure est aux projets d’avenir avec une augmentation du nombre de génisses engagées dans la filière AVP et la création d’un atelier de diversification en porc plein air.

Redonner des perspectives

Son neveu Jérôme Bouissy va pouvoir s’installer avec lui en Gaec. "Sans avoir recours à l’agrandissement, on a l’installation d’un associé grâce à la création de revenu", se félicite Mathieu Théron, président des JA du Cantal et membre du comité directeur de la FNB. Ce dernier tient à préciser que "la contractualisation n’est pas une perte de liberté, au contraire, elle nous laisse le temps d’aller à la négociation et de ne plus être au pied du mur". Après la visite d’exploitation, les éleveurs de la FNB se sont rendus au carrefour de Mauriac avec le directeur Anthony Corbeau pour voir comment la viande locale est travaillée puis mise en avant au rayon boucherie.

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