L'Union Paysanne 06 février 2015 à 08h00 | Par Richard Zizert

Un 69ème congrès sur le thème du collectif

Le congrès national des producteurs de fruits s’est tenu à Tulle les 28 et 29 janvier derniers. A cette occasion, les congressistes venus de toute la France sont revenus sur leur production mêlant actuellement fatalisme et optimisme. Retour sur ces deux journées.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Daniel Couderc, président de la Fdsea Corrèze, sur la question environnementale : «Nous avons été pionniers en matière de lutte intégrée».
Daniel Couderc, président de la Fdsea Corrèze, sur la question environnementale : «Nous avons été pionniers en matière de lutte intégrée». - © Richard Zizert

Ce congrès a été l’occasion pour les producteurs de fruits de se retrouver et d’échanger sur les maux dont la filière fruitière souffre ces dernières années : saisons difficiles en raison de problèmes climatiques, maladies nouvelles, pression environnementale, ou crise politique.

 

Valoriser les productions corréziennes

Après un premier passage en 1999, la fédération nationale des producteurs de fruits avait de nouveau choisi le département de la Corrèze pour son 69e congrès. «Nous avons choisi ce département pour affirmer notre soutien auprès des producteurs du département, en particulier les pomiculteurs qui sont les cibles de nom-breux environnementalistes, les taxant de pollueurs. Et aussi car, comme d’autres départements, le gel de 2012 a causé de profonds dommages sur les récoltes», a reconnu Luc Barbier, le président de la Fnpf.

Daniel Couderc, président de la Fdsea Corrèze, qui a d’ailleurs été l’organisatrice de ce congrès, est notamment revenu dans son discours de bienvenue sur la filière fruit du département. «La filière est très bien organisée, 86 % de la production de la région Limousin est commercialisée par des coopératives Sica ou GIE, 98 % des producteurs adhérent à l’association pommes poires». Il est a aussi souligné la fierté «d’avoir les premières pommes AOP, ou encore d’être le premier département en noix bio qui possède, elle aussi, son signe officiel de qualité, la châtaigne avec la demande de label rouge et IGP en cours».

Daniel Couderc est également revenu sur la question environnementale, rappelant que les arboriculteurs corréziens ont déjà maintes et maintes fois adapté leurs méthodes de travail. «Sachez que nos producteurs n’ont pas à rougir, et qu’ils attendent même une certaine reconnaissance sur le travail qu’ils mènent depuis plusieurs années. Quasiment tous nos vergers sont éco responsables. Nous avons été pionniers en matière de lutte intégrée avec l’utilisation du pyri contre l’acarien rouge, idem dans le combat contre le carpo. Aujourd’hui, le cynips menace nos châtaigniers. L’autre souci pour nos producteurs vient de la mouche du brou et de la drosophila suzukii». Et de rappeler certaines exaspérations de la profession : «ils ne comprennent plus ces différences de règlementation entre les pays de la CEE et la France. Pourquoi certaines autorisations de mise en marché restent admises dans la CEE et pas en France, et pourquoi les délais de traitement avant récolte ne sont pas identiques dans toute l’Europe». Avant de conclure sur la question de l’eau, «il serait temps de faire preuve de d’avantage de pragmatisme. Nous devons de nouveau investir sur l’irrigation de nos vergers, recréer des réserves d’eau utilisables pour nos plantes en période de production, et indispensables pendant les périodes de sécheresse».

 

Xavier Beulin, président de la Fnsea, à propos du compte pénibilité : «Tel qu'il est présenté aujourd'hui, le compte pénibilité n'est pas adapté à nos entreprises».
Xavier Beulin, président de la Fnsea, à propos du compte pénibilité : «Tel qu'il est présenté aujourd'hui, le compte pénibilité n'est pas adapté à nos entreprises». - © Richard Zizert

«Redonner une vraie valeur à nos produits»

L’ensemble des producteurs présents a clamé haut et fort son envie de reprendre les rênes de la filière. «Il est grand temps que nous reprenions le contrôle de notre métier, se repositionner et redonner de la valeur à nos produits. Nous souhaitons une année 2015 sans solde, arrêtons de brader nos produits», a martelé Gérard Majoral, secrétaire général de la Fnpf. «Nous sommes laminés par les réglementations, le manque d’harmonisation, notamment européenne», a surenchéri Christian Favart, président de Cooplim et arboriculteur corrézien. Les débats ont mis en exergue un très marqué «ras-le-bol» de la profession.

«Il est très difficile d’exister quand 70% des recettes de nos productions sont absorbées dans les salaires, les charges. S’il n’y a pas de réduction de celles-ci, nous sommes foutus», a réagi Alain Berger, administrateur Fnpf et producteur.

La question environnementale et notamment le plan Ecophyto 2 a été au centre des débats et coups de gueule, «nulle part, il n’est relevé le travail fournit par les agriculteurs ces trente dernières années, qui a permis de réduire de moitié l’utilisation des produits phyto, passant de cent vingt mille tonnes à soixante mille», a tenu à souligner Luc Barbier, le président de la Fnpf. Un sujet sensible qui a provoqué de nombreux remous et qui a provoqué la colère de l’ensemble des producteurs présents. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas hésité à brandir plusieurs pancartes «ruinés», «humiliés», «dévalorisés»… En cause, le mutisme du ministère de l’Agriculture, et leur sentiment de ne pas être pris en considération. «Je suis blessé en tant qu’homme, en tant que paysan quand on me dit que ce que je fais c’est de la merde. Blessé en tant que responsable professionnel quand je vois comment ce ministre de l’Agriculture nous considère. C’est à la limite de l’humiliation ! Avec sa majorité, il nous enferme dans un dogmatisme idéologique refusant toute forme de progrès économique», a lancé Luc Barbier à l’ensemble de son auditoire.

 

Xavier Beulin en terres corréziennes

Pour l’occasion, le président de la Fnsea, Xavier Beulin, avait fait le déplacement. Il est resté toute l’après-midi pour un moment d’échanges et de partage avec les producteurs. Il est notamment revenu sur la nécessité de trouver les «voies et moyens d’amélioration des revenus. Cela fait notamment écho à notre choix de nous attaquer au sujet du produire et manger français». Un fer de lance que le syndicat défend depuis maintenant quelques mois.

Autre sujet d’actualité : le compte pénibilité auquel Xavier Beulin a réaffirmé son opposition. «Nous sommes ouverts à une discussion sur le compte pénibilité collectif pour affranchir les entreprises en termes de responsabilité individuelle». Depuis la mise en place de ce compte pénibilité au 1er janvier, les producteurs ne savent pas comment évaluer la réelle pénibilité sur leurs exploitations. Ce à quoi a répondu le président de la Fnsea, «tel qu’il est présenté aujourd’hui, le compte pénibilité n’est pas adapté à nos entreprises. L’idée serait d’apprécier la pénibilité par type de travail ou de convention collective».

- © Richard Zizert

Luc Barbier, président de la Fnpf, un homme «blessé dans sa profession»

 

Dans son discours de clôture, le président de la Fnpf est apparu meurtri et blessé par les «dires» du ministre de l’Agriculture. «Quand le ministère communique sur le fait de produire autrement, il nous blesse tous en tant qu’homme, en tant que paysan, car il sous-entend que nous ne faisons pas notre métier correctement. Ce ne sont pas des hommes proches du terrain et ils n’ont pas vu les évolutions de nos méthodes».

Il est également revenu sur l’importance du collectif et de la solidarité. «C’est nécessaire de se retrouver pour échanger, de confronter nos points de vue pour ramener de la compétitivité. Ne nous divisons pas et travaillons ensemble». Un discours engagé et patriote, «nous devons être fier et retrouver confiance en nos produits. S’il n’y a plus d’agriculteurs, il n’y aura plus de vie. Valorisons nos savoir-faire en étant certains de nos techniques».

 

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Union paysanne se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui