L'Union Paysanne 25 janvier 2012 à 10h21 | Par VS

Visite - En campagne ou à la campagne ?

C’est, sur la commune de Lubersac au Gaec de Vincent et Laurent Maligne, pomiculteur et producteur de veaux de lait, que Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture et de la pêche, s’est rendu le lundi 23 janvier 2012.

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Viande bovine et pomiculture au coeur de la visite de Bruno Le Maire sur l'exploitation de Vincent et Laurent Maligne.
Viande bovine et pomiculture au coeur de la visite de Bruno Le Maire sur l'exploitation de Vincent et Laurent Maligne. - © FDSEA 19

Il est vrai que nous nous sommes posés des questions quant aux raisons de la venue inattendue de Bruno Le Maire. Non loin de Pompadour, haut lieu touristique corrézien, le ministre de l’Agriculture aurait pu envisager de faire de cette visite un moment de détente, agrémenté d’une petite balade «élective» au milieu des pommiers. Ce ne fut pas le cas, car dès sa descente de voiture, le ministre fut accueilli par une assemblée bien déterminée à faire de ce moment une véritable réunion de travail et non un meeting de campagne.

Tony Cornelissen, saluant l’engagement du ministre et de l’Etat sur la proposition du maintien du budget de la Pac post 2013, n’a pas perdu l’occasion d’interpeller Bruno Le Maire sur l’évolution des dossiers en cours, et notamment le maintien de la PMTVA qui doit absolument venir selon lui en complément de la prime de base à l’hectare. Sujet que défend aussi le président de la FDSEA dans sa fonction de secrétaire général de la FRSEA Massif central.

Le dossier des prairies a été abordé notamment la possibilité de les retourner plus librement afin maintenir plus de productivité et rendre ainsi les exploitations plus autonomes.

Après les veaux de lait et autres vaches à l’engraissement, l’excursion s’est poursuivie dans les vergers de pommiers du Gaec Maligne. Moment propice pour consulter le ministre de l’Agriculture sur ses positions et celles de la France en matière d’environnement. Comme une grande majorité d’agriculteurs corréziens, Tony Cornelissen ne souhaite pas voir le département se transformer en une immense réserve écologique pour compenser les lacunes de certaines régions.

Dans ses interventions, Bruno Le Maire s’est qualifié «de ministre en CDD, fervent défenseur de l’agriculture française et corrézienne». A moins de cent jours du premier tour de l’élection présidentielle, il ne peut pas en être autrement pour un ministre «en campagne».

A l’issue du débat sur la ruralité, la FDSEA a été reçue par le directeur de cabinet du ministre. Au cours de cette réunion de travail, Tony cornelissen a traité les problématiques de plusieurs dossiers corréziens : remboursement des aides plan de campagne, réforme de la Pac et re-couplage de la PMTVA, qualification des prairies, réforme du dispositif des calamités agricoles, reconnaissance des actifs…

En soi une visite de terrain qui appelle des réponses !

Ruralité, agriculture et environnement, un quotidien que partagent tous les corréziens.
Ruralité, agriculture et environnement, un quotidien que partagent tous les corréziens. - © FDSEA 19

Un ministre dans la "campagne" : les JA s’indignent !

 

Les Jeunes Agriculteurs, sachant la venue de Bruno Le Maire sur leur département, ont demandé une rencontre d’environ une heure afin d’exposer les problématiques actuelles que connaît l’agriculture corrézienne.

Il faut savoir qu’en Corrèze, où la production principale est l’élevage, les éleveurs ont connus des difficultés non négligeables du fait des crises, financières et sanitaires (FCO, grippe aviaire,…). L’élevage a subi de plein fouet les hausses des matières premières (aliment, engrais, gazole,…) sans avoir la faculté de répercussion de ces augmentations sur le prix de vente.

Fin d’année 2010, le ministère de l’Agriculture annonce la solution miracle : la Loi de modernisation agricole. Ce dispositif visant à retrouver une lisibilité sur les cours à moyen terme étant censé redonner de la lisibilité sur les filières (répartition des marges au sein des filières). Après lecture du premier rapport, il nous paraissait avoir été réalisé de façon partisane puisque aucune irrégularité au niveau de la répartition des marges au sein des filières n’a été dévoilée. Après des interrogations et interpellations, les syndicats agricoles ont permis à M. Chalmin de retravailler ce rapport où les aboutissants ne seront pas similaires au premier. Ce deuxième rapport révèle contrairement au premier, que ce sont les GMS qui captent une grosse partie de la valeur ajoutée.

Au vu de ce contexte, bien sûr les installations corréziennes en sont rendues très fragiles voir irréalisables. Les Jeunes agriculteurs, ayant comme fer de lance l’installation tiennent à tirer la sonnette d’alarme.

Malgré un encadrement de plus en plus personnalisé des porteurs de projets le renouvellement des générations n’est plus assuré puisque l’on compte une installation pour quatre départs à la retraite. Quel avenir pour demain ? Désertification agricole, perte des filières agricoles et des outils de production (68 800 emplois induits par la profession).

Est-ce que le premier secteur d’activité corrézien mérite ça ?

C’est pour l’ensemble de ces raisons que les mem-bres du bureau des Jeunes agriculteurs auraient souhaité rencontrer M. le ministre afin de lui remettre un rapport de la problématique Corrèze.

Malgré une volonté répétée de rencontrer le ministre, celui-ci n’a pas jugé opportun d’accéder à notre requête, en dépit de sa seconde visite en moins d’un an. Croit-il qu’il n’y a pas de problème dans la ferme Corrèze ?

C’est pour cela que JA a décidé de ne pas aller à cette rencontre de "campagne".

Les Jeunes agriculteurs tiennent à féliciter le travail des aînés qui malgré une réponse d’audience officielle négative ont tenu à aller rencontrer le ministre en vue de l’interpeller sur la réelle morosité que connaît la ferme Corrèze (cours insuffisants, hausse spectaculaire des charges, manque de rentabilité pour les porteurs de projets, etc.).

Soucieux du devenir de l’agriculture, les JA seront toujours présents auprès des agriculteurs pour défendre leurs intérêts tout en demeurant force de proposition pour une dynamique sur nos territoires.

Mathieu Jimenez

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