L'Union Paysanne 13 mars 2015 à 08h00 | Par Propos recueillis par Sophie Chatenet

Xavier Beulin : «Arrêtons de gâcher notre potentiel»

De passage en Auvergne, le président de la FNSEA est revenu en détail sur les préoccupations agricoles du moment. Entretien.

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Xavier Beulin : «Si on veut restaurer la confiance dans ce pays, une République et une démocratie qui fonctionne, ça commence par faire respecter la décision publique».
Xavier Beulin : «Si on veut restaurer la confiance dans ce pays, une République et une démocratie qui fonctionne, ça commence par faire respecter la décision publique». - © Sophie Chatenet

Quel sera le thème du prochain congrès de la FNSEA organisé fin mars à Saint-Etienne ?

Xavier Beulin : Nous allons poursuivre nos travaux sur le thème de l’agriculture en mouvement. L’idée c’est d’abord de faire un point sur l’année syndicale qui a été très riche. Nous sommes face à une situation conjoncturelle qui n’est pas fameuse. En dehors de la viticulture, toutes les productions sont en grande difficulté. Nous avons, par ailleurs, un énorme chantier sur la simplification, les normes et la règlementation. Notre pays doit se remettre dans la norme européenne, que ce soit en termes de directive sur l’environnement ou sur le social. Dans beaucoup de domaines, la France a beaucoup sur-transposé les directives et normes européennes. Il faut en finir avec cette surenchère.

 

Récemment vous déclariez au «Nouvel économiste», «l’agriculture française est en train de décrocher et c’est aberrant». Quels sont les signes de ce décrochage, quelles en sont les raisons, comment peut-on envisagez un rebond ?

X.B. : Quand on regarde le poids de l’élevage sur quinze-vingt ans, on s’aperçoit qu’il a perdu du terrain un peu partout. Pendant ce temps, d’autres pays continuaient et continuent d’avancer. Le décrochage, il est évident par rapport à nos voisins européens. En porc ou en volaille, nos voisins sont beaucoup plus performants que nous. Ils le sont car chez eux, les coûts de main d’œuvre sont moins importants, les charges sur les salaires aussi, les normes et la règlementation facilitent davantage le développement et l’agrandissement. Au-delà du travail réalisé sur les exploitations, il y a, à mon sens, un besoin de restructuration des outils de transformation et de valorisation. Des investissements lourds sont nécessaires notamment dans les filières d’abattage. Sur le volet export, nous devons être plus performants. Quand on enlève les vins et spiritueux, les céréales et un peu de produits laitiers, sur les autres productions, nous ne sommes pas assez présents sur ce marché. Sur la méditerranée, l’Afrique de l’Ouest, il y a d’énormes marchés à conquérir. On a du potentiel mais ce qui me navre c’est que ce potentiel on le gâche. Nous sommes insuffisamment pugnaces pour aller en capter les fruits.

Sivens est l’exemple criant du sabordage de notre potentiel. Au départ, le projet c’est quatre-vingt-dix agriculteurs, plutôt installés sur des fermes de cinquante hectares en moyenne, qui veulent développer du légume, des semences de maïs, de tournesol et des semences potagères. Il y a un potentiel de valeur ajoutée important à condition qu’il y ait un accès à l’eau. Ce qui s’est passé est un exemple typique de développement raté.

 

Sur ce dossier de Sivens qu’attendez-vous aujourd’hui de la puissance publique ?

X.B. : Nous voulons le respect de la loi, l’évacuation des zadistes(1) et le début des travaux sans délai. Le Conseil général du Tarn s’est prononcé vendredi en faveur d’un projet redimensionné, qui tient compte des besoins en eau pour l’agriculture, le tourisme et l’étiage des cours d’eau, c’est tant mieux. Mais sur ce dossier, trop de temps a d’ores et déjà été perdu. Il faut agir. Je suis un peu irrité par cette façon de faire dé-sormais en France. Si on veut restaurer la confiance dans ce pays, une République et une démocratie qui fonctionne, ça commence par faire respecter la décision publique.

Xavier Beulin préside la FNSEA depuis 2010.
Xavier Beulin préside la FNSEA depuis 2010. - © Sophie Chatenet

Vous sentez-vous soutenu par le ministre de l’agriculture ?

X.B. : Ca a été un peu long à venir mais je crois que maintenant oui. Par tous les contacts que j’ai eu ces jours-ci, il y a une solidarité gouvernementale pour dire maintenant ça suffit.

 

L’agriculture a été dernièrement sous les feux des projecteurs dans le cadre du SIA. On a le sentiment que les français sont attachés à leur produit de terroir et qu’en même temps, il y a toujours une forme de suspicion à l’égard des pratiques des agriculteurs qui sont pourtant les artisans de ces produits. Comment expliquez-vous ce décalage ?

X.B. : On a besoin d’une communication renforcée, pas forcément en quantité car il se fait déjà beaucoup de choses. En cumulant tous les budgets «com» qui se font autour de l’agriculture, on arrive à des chiffres colossaux de l’ordre de soixante à quatre-vingts millions d’euros par an. Avec au final, un résultat qui pourrait être sans doute meilleur. D’où l’intérêt de rendre nos actions plus cohérentes et convergentes. Il nous faut être plus pédagogues face au citoyen-consommateur qui souvent est très paradoxal dans ses a priori concernant l’alimentation. A la fois, il veut de l’origine, de la traçabilité, de la sécurité, de la qualité et en même temps, il veut un prix mondial. C’est une première difficulté. Par ailleurs, il y a une sorte de confusion aujourd’hui qui consiste à penser que tout ce qui est petit est bon et tout ce qui est plus optimisé et industriel est mauvais. Les médias sont nombreux à véhiculer ce type de messages. Très attachés aux traditions, à l’excellence, aux terroirs, certains citoyens refusent toute forme de modernité. Quand on évoque l’innovation au service de l’agriculture, il y a toujours une forme de réticence. Et pourtant nous sommes convaincus que c’est par l’innovation, la recherche et le développement que nous rendrons notre agriculture plus performante du point de vue économique, social et environnemental.

 

Le poids des régions dans la gestion des affaires agricoles devrait à l’avenir être de plus en plus important. Au niveau syndical, la fusion des régions impliquera-t-elle une modification de votre organisation territoriale ?

X.B. : Avant même d’avoir connaissance de la future carte régionale et des compétences dévolues aux collectivités, la FNSEA avec tout son réseau avait lancé le projet «Archimède». L’objectif étant de nous remettre en question sur notre propre organisation, à la fois en terme structurel et en terme de services aux adhérents. Il est important qu’au regard de cette réforme territoriale et de la loi sur les compétences des régions, nous soyons en mesure d’être les interlocuteurs des futurs échelons régionaux. Sur l’offre de services, la FNSEA et son réseau disposent de compétences importantes en matière technique, juridique, sociale qui actuellement ne sont pas suffisamment valorisées. Derrière tout cela, il y a évidemment la question du financement du syndicalisme qui est posée. Nous devons trouver notre place dans le concert des organisations professionnelles agricoles au service des agriculteurs.

 

Dans quelques jours se dérouleront les élections départementales. On l’a vu lors des précédents scrutins, le vote FN gagne du terrain dans les campagnes. Quel message souhaitez-vous adresser aux paysans face à cette tentation de l’extrême droite ?

X.B. : Ce n’est pas notre propos d’être partisan au sens politicien du terme, en revanche notre devoir c’est aussi de rappeler les enjeux derrière tout ça. Quand on évoque la question européenne et que la réponse se résume à repli sur soi et fermeture de nos frontières, nous di-sons que la solution n’est pas là. Ces sujets ne peuvent pas être traités par des propos populistes qu’ils émanent du Front national ou d’autres.

Pour autant ce n’est pas parce qu’on défend une politique agricole commune européenne ambitieuse, que cela nous empêche d’être critique vis-à-vis d’une technocratie bruxelloise.

 

Justement sur la Pac, estimez-vous que les choix français relatifs à l’application de la Pac sont cohérents avec les ambitions affichées par le Chef de l’Etat, à Cournon en 2013 ?

X.B. : Nous sommes assez critiques sur la mise en œuvre de cette nouvelle Pac. Les engagements du Chef de l’Etat pris en 2013 sont fortement contrariés par des règlements qui ne nous vont pas. Sur les ICHN, il y a une remise en cause sur les conditions d’éligibilité historiques. On a un souci de technocratie. Les fonctionnaires par les actes délégués ont repris d’une main ce qui avait été donné de l’autre. Mais nous sommes mobilisés pour faire évoluer les curseurs dans l’intérêt des agriculteurs.

 

La journée de la femme a permis de remettre en lumière un fait : un tiers des agriculteurs sont des agricultrices. Pourtant en matière de représentativité syndicale nous sommes encore loin du compte…

X.B. : Il y a eu une première évolution dans l’accès au métier. Sur la prise de responsabilités, le discours simpliste consisterait à dire que c’est aux hommes de faire la place. Mais il y a encore certaines réticences et il faut que nous soyons précautionneux. Souvent lorsqu’une femme arrive aux responsabilités, on lui demande d’être un peu partout et c’est un peu décourageant. Les femmes doivent rentrer en plus grand nombre dans nos conseils d’administration. C’est à chacun d’entre nous de favoriser leur implication.

(1) Les manifestants ont été évacués vendredi en fin de journée par les forces de l’ordre.

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